"En cherchant à l'intérieur "Qui est celui qui voit?" j'ai vu l'observateur disparaitre et j'ai vu Cela seul qui demeure pour toujours".

"Enquiring within “Who is the seer?” I saw the seer disappearing and That alone which stands for ever."

Ramana Maharshi, Huit stances pour Arunachala

 

Quand j'inverse la flèche de mon regard de 180°, et que regarde avec attention vers l'intérieur, je ne trouve aucun individu qui voit, mais Cela, la pure conscience, l'immuable, immense comme l'espace.

Arunachala est une montagne sacrée dans le sud de l'Inde au pied de laquelle Ramana a passé toute sa vie. Elle représente pour lui la conscience éternelle du Soi. Achala signifie en sankrit "montagne" mais aussi "immobile", et ce mot est parfois attribué au Soi.

Quand nous découvrons ce Soi, nous devenons plus solide qu'une montagne et nous nous éveillons à une stabilité indéracinable, ainsi que le dit aussi l'Ashtavakra Gita (1:13)

"Après avoir abandonné l'illusion d'être l'âme individuelle et aussi les identifications à la fois externes et internes du Soi, considère avec conviction ton propre Soi comme la conscience non-duelle stable et massive comme le sommet d'une montagne".
 

jlr

arunacala

 

 

 

 

Huit Stances par Ramana Maharshi

1. Merveille ! Il est là comme une colline insensible. Mystérieuse est sa façon d’agir, au-delà de toute compréhension humaine. Depuis mon enfance innocente, l’immensité d’Arunachala avait brillé dans ma conscience. Mais même quand j’appris de quelqu’un que c’était comme Tiruvannamalai, je ne comprenais pas tout son sens. Quand il apaisa mon esprit et me tira vers lui, je vis, en m’approchant, qu’il était calme absolu.


2. « Qui est celui qui voit ? » Quand je cherchais en moi, celui qui voit disparut et je regardais ce qui restait. Aucune pensée ne vint pour dire « j’ai vu » ; comment alors penser « Je n’ai pas vu » ? Qui a le pouvoir d’expliquer cela avec les mots, quand même Toi sous la forme de Dakshinamurti, l’a transmis, de toute éternité, par le seul Silence ? Et juste pour révéler par le Silence Ton état transcendant, tu demeures là, maintenant, Colline resplendissante s’élevant jusqu’aux cieux.


3. Quand je T’approche, croyant que Tu as une forme, Tu apparais ici comme une Colline sur la terre. Si quelqu’un, qui Te pense sans forme, cherche à Te voir, c’est comme s’il errait de par le monde pour apercevoir l’éther présent partout et invisible. Quand je médite sans pensée sur Ta nature sans limite, ma forme à moi se fond comme un bonhomme en sucre dans la mer. Et quand je connais qui je suis, quelle existence ai-je autre que Toi, Ô, Toi qui demeure comme la puissante Colline d’Aruna ?


4. Rechercher Dieu sans Te connaître, Toi qui est là, Conscience resplendissante, c’est comme chercher les ténèbres, une lampe à la main. Pour Te révéler enfin comme Etre et Conscience, Tu investis des formes diverses dans toutes les religions. S’il est encore des gens qui ne parviennent pas à Te connaître, ils ne valent pas mieux que les aveugles qui ne connaissent pas le Soleil. Ô Aruna, montagne puissante, incomparable Bijou, demeure et brille, Toi unique et sans pareil, le Soi au fond de mon Cœur.


5. Comme le fil qui rassemble les pierres d’un collier, c’est Toi qui pénètres et unis la multiplicité des êtres et des religions. Si, tel un joyau taillé et poli, le mental qui se croit séparé est travaillé à la meule du pur Esprit universel, il recevra la lumière de Ta Grâce, et il brillera comme un rubis dont rien ne dénature l’éclat. Une fois exposée au soleil, une plaque sensible à la lumière peut-elle encore enregistrer une image ? Existe-t-il autre chose, à part Toi, Ô Montagne d’Aruna, lumineuse et propice ?


6. Toi seul existe, Ô Cœur lumineux, Conscience éternelle. En toi demeure shakti, force mystérieuse.D’elle se manifeste le mental qui répand ses brumes incertaines ; Ta lumière éclaire ces fantasmagories. En nous, elles semblent emportées dans les tourbillons de notre accomplissement d’ici-bas (prarabdha). Bientôt elles forment les univers du mental, le monde matériel et ses objets concrets. Au dehors, elles se projettent, amplifiées par nos sens, s’agitant comme les images d’un cinéma. Qu’elles soient visibles ou invisibles, Ô Montagne de Grâce, sans Toi, elles ne sont rien.


7. Sans la pensée « je » il ne peut y avoir aucune autre pensée. Quand d’autres pensées s’élèvent, à la demande « A qui viennent-elles ? » Arrive la réponse « A moi ». Celui qui poursuit sa quête demande « D’où vient ce « je » ? ». Il plonge en lui-même, arrive à la source du mental, dans le Cœur : il devient le Seigneur de l’Univers. Ô Arunachala, Océan infini de Grâce et de Lumière, Tu danses immobile dans la cour du Cœur. Disparus désormais, ces rêves de dualité, plus de dedans ni de dehors, ni raison ni tord, ni naissance ni mort, ni plaisir ni douleur, ni lumière ni ombre.


8. L’eau des océans s’élève en nuages, elle retombe en pluie, retourne en ruisselant vers la mer, rien ne peut l’empêcher de revenir à sa source. De même, l’âme (jiva) s’élève de Toi ; elle peut errer longtemps en chemin, mais on ne peut l’empêcher de revenir à toi. L’oiseau s’élève de la terre et monte vers le ciel : il ne peut trouver le repos sans revenir sur terre. Ainsi tous reviennent sur leurs pas, et quand la jiva trouve le chemin pour revenir à sa source, elle s’immergera en Toi, Ô Arunachala, Océan de Félicité."

Ramana