Le dernier numéro de la revue Les cahiers bouddhiques de l'Institut d'Etudes Bouddhiques contient un interessant article de Philippe Cornu sur le lien entre dzogchen et chan dans l'ancien Tibet.

"Dzogchen au tibet et Bouddhisme Chan: quel rapport et quelle différence?"

 

IMG_0001

Pour Cornu, le chan et le dzogchen présente des similitudes de méthode dont l'accès instantané à notre nature éveillé, mais

1-il n'y a pas de filiation entre le dzogchen et le chan, le dzogchen est autochtone au Tibet et se rattache à la religion Bön et au Vajrayana (et non au Mahayana chinois)

2-On ne trouve aucune trace des pratiques visionnaires (Thögal) dans le Chan; il n'est jamais question non plus du corps-d'arc-en-ciel dans le Chan.

 

Sur la méthode subitiste :

"Ce qui différencie le Chan et le rDzogs chen des autres voies dites graduelles, c'est « l'accès instantané » à l'esprit inconditionné, le mode nécessairement immédiat et complet de sa découverte. Le Chan proposera pour cela des dialogues (ch. wenda, jap. mondo) entre maître et disciple, puis la résolution de kôan (ch. gong'an), énigmes destinées à ébranler l'esprit conditionné pour déboucher sur l'esprit un. Le rDzogs chen s'appuie quant à lui sur des présentations directes au visage originel de l'esprit (ngo rang thog tu sprad pa, ngo sprod) où le maître montre au disciple un aperçu direct de sa propre nature éveillée, grâce à la « coïncidence silencieuse entre deux esprits ».

Le Chan comme le rDzogs chen récusent l'idée que l'on puisse progressivement faire cette expérience essentielle qui soit « se produit », soit « ne se produit pas » et ne peut donc survenir à moitié ou partiellement.

Et ils prévoient tous deux le cas où un être aux facultés supérieures pourrait, une fois cet état ultime découvert, y demeurer d'emblée et définitivement—ceux que le rDzogs chen appelle des cig char ba. Mais pour tous ceux qui auraient découvert et reconnu leur nature ultime mais ne pourraient y demeurer à cause des voiles conditionnants, ils ne nient pas la possibilité d'une pratique graduelle. Zongmi (780-841), grand maître chan et huayan, conclut à ce propos : « Éveil soudain suivi de culture graduelle ». Et nombre de maîtres chan, après avoir connu un Eveil soudain, ont passé de longues années en retraire pour stabiliser cet aperçu avant de devenir des maîtres qualifiés ».

De même, dans le rDzogs chen, notamment dans le Zhang zhung snyan rgyud bon po, il est question de trois types de pratiquants : les cig char ba qui s'éveillent soudainement et complètement, rares cela va sans dire ; les rim gyis pa ou « gradualistes » qui nécessitent une voie graduée après la présentation qui exige elle-même une préparation, les préliminaires ou des pratiques tantriques parfois ; et entre les deux, les thod rgai ba, « ceux qui sautent les étapes », qui progressent par bonds avec parfois des périodes de stagnation ou de recul avant de stabiliser leur réalisation. Le « subitisme » du Chan et du rDzogs chen, s'il est vivement une condition souhaitable, n'est donc nullement dogmatique et généralisé à tous comme leurs adversaires semblent le croire. De fait, un pratiquant « instantané » n'est, d'un point de vue bouddhique, qu'un pratiquant mûri par une pratique assidue dans des vies antérieures, et pour qui les derniers voiles tombent en cette vie.

En outre, dans le rDzogs chen, que ce soit dans la méditation du Sems sde ou dans celle du khregs chod du Man ngag sde, l'accès est direct et entier mais la stabilisation demande du temps. Et dans la pratique de la claire lumière ( 'od gsal gyi sgom pa) ou thod rgal, les visions obéissent le plus souvent à un déploiement graduel en quatre (Man ngag sde) ou cinq étapes (Zhang zhung snyan rgyud) selon la tradition observée, et c'est au terme de ces étapes que le pratiquant atteint la bouddhéité en Trois Corps dans cette vie ou au moment de sa mort II y a donc à la fois un aspect soudain et graduel dans la pratique du rDzogs chen, excepté pour les Cig char ba. » Philippe Cornu

A noter que nous allons publier chez Almora en avril deux livres sur le dzogchen

1)un livre d'introduction écrit par deux disciple de Namkhai Norbu

Le dzogchen, une école du bouddhisme tibétain

 

2)une anthologie de texte de Longchenpa

Longchenpa, une anthologie

J'en reparlerai ici lors de leurs publications.

 

jlr