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Question :  D'après le zen, le satori a un caractère explosif que je ne retrouvé pas dans la vision sans tête.

Douglas Harding :   A tous moments, on observe deux aspects qui s'opposent dans un contraste frappant : le Tronc dénudé et ses fruits savoureux, le Vide immuable et Son contenu kaléidoscopique, la clarté de la Source et les remous des eaux avoisinantes. Il faut avoir reconnu ce contraste pour que puisse se dissiper enfin une confusion tenace. A quoi ressemble le satori ? En lui-même, D. T. Suzuki nous l'assure, il est « non religieux » et « dépouillé d'émotions » ; il y a en lui « quelque chose qu'on pourrait appeler froid témoignage scientifique ou état de fait », et « tout est gris, nullement impressionnant, sans attrait ».

Qu'il soit accompagné d'une explosion émotive ou d'une expérience spirituelle sublime, cela dépend de la quantité d'énergie qui a été investie, soit délibérément par une longue pratique méditative, soit de façon involontaire par un stress psychologique. Dans notre expérience personnelle, toutes choses soigneusement observées, l'impact apparent de la première vision — quoique toujours soudain et parfois violent — ne nous permet pas de mesurer sa profondeur et, parmi les cas les plus discrets, certains se sont révélés comme les plus riches et les plus fidèles. Nous avons situé la première scène de ce livre dans les Himalayas (Vivre sans tête, ed. Courrier du Livre) ; cette circonstance, compte tenu des associations hautement religieuses qu'elle suscite, est de nature à nous induire en erreur et risque de nous faire oublier le caractère essentiellement neutre et ordi­naire de ce qui s'est produit là, il y a quelque trente années. La découverte de notre Visage Originel dans sa banale sim­plicité est aussi facile dans un patelin perdu ou dans une toi­lette publique, et nous aurons moins tendance à la prendre pour un exploit."