Très interessant numéro de la revue 3ème millénaire ce mois ci

3ememillenaire

 

N° 111   -   Printemps 2014

Thème :   Qui joue un rôle ?

Sommaire

3e millénaire : Le fil d'Ariane
David Ciussi : Être la métamorphose ou un rôle masqué
Francis Lucille : De l'ignorance à la liberté
Wayne Liquorman : Suis-je vraiment l'auteur de mes actes ?
Jean Bouchart d'Orval : Être concerné
Peter Brook : Jouer un rôle dans la vie
Didier Mouturat : La Vie derrière le masque
Nicole Vallet : Le sacré clown
France-Léa : A qui on joue ?
Gérard : L'abscence de moi
3e millénaire : Le double que “je” paraît dans la poésie française
Serge Pastor : Puis-je être libre de tout rôle ?
Connaissance des traditions spirituelles :
Douwe Tiemersma : L'enseignement de Nisargadatta
Littérature et Spiritualité :
Basarab Nicolescu : L'ombre de l’absence
Témoins d’Éveil :
Aline Macua : La vague à l'Âme
Patrice : Transpercé par l'éveil
BD :
Anna Guégan : Un ange mâche
Documents :
Jean-Paul Sartre : Pourquoi jouer un rôle ?
C. Stanislavski : L'Art de l'Acteur
J. Krishnamurti : Le rôle du moi

 

Extrait entretien avec Francis Lucille Si l'on n'est rien, on peut être tout

"Le premier rôle que nous jouons est celui d'être humain. Notre nature fon­cière n'est pas d'être un être humain ; elle est la conscience.
Au sein du rôle d'être humain que nous jouons existent des subdivisions. Tu parlais du rôle d'époux, de père ou de mère, d'individu exerçant un métier. Si nous nous identifions à l'homme, à la femme, à l'être humain, cette identification va se prolonger dans chacun des rôles que nous jouons. II en résulte une compartimentation de notre vie. Nous prenons souvent trop au sérieux chacun des rôles que la vie nous attribue. Cela entraîne une forme de rigidité, et de souffrance. Par exemple, cela nous empêche d'être l'ami de nos enfants puisque nous sommes le responsable, celui qui veille que l’on ne s'écarte pas du droit chemin, prêt à endosser le rôle du punisseur. La tradition du théâtre de l'Inde, le Katakali, est considérée comme une voie vers l'éveil spirituel. Le parfait acteur est celui qui s'est dépouillé de son identifi­cation première, celle à l'être humain. Ne s'identifiant à rien, il est libre de s'identifier à tout. Si je ne suis identifié à rien, je deviens infiniment flexible et cette flexibilité me permet, lorsque la situation l'exige, de passer instantanément du rôle d'ami à celui de père. Dans les circonstances de la vie, se souvenir que nous sommes la conscience universelle et rien d'autre génère cette flexibilité.

En même temps je l'oublie tout le temps...

Le seul fait de s'en occuper est déjà la voie vers la solution. J'ai pu constater moi-même l'ap­parition de cette flexibilité dans mes relations avec les autres. Si l'on n'est rien, on peut être tout. Il faut être rien de sorte que nous puissions être tout. Dans cette fluidité, nous occupons tout l'espace qui nous est offert mais sans l'encombrer, comme le ferait un gaz dans une pièce."