Deux façons de découvrir la vacuité selon Tenzin Wangyal

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"Bien que l'objectif des enseignements des sûtras soit le même que celui du Dzogchen, à savoir la découverte de la vérité absolue, les voies qu'ils empruntent pour y parvenir diffèrent. Lorsque les maîtres des sûtras parlent de l'obten­tion de la compréhension de la vacuité, il s'agit d'une com­préhension atteinte au moyen de l'esprit conceptuel, c'est-à-dire par la pensée. En effet, dans le système des sûtras, le pratiquant observe un objet pour en comprendre l'essence vide, ce qu'il fera grâce au concept de la vacuité. Ensuite, fort de cette compréhension intellectuelle, le pratiquant essaie de pénétrer dans une compréhension directe et non conceptuelle de la vacuité.

À l'opposé, au lieu de l'analyse intellectuelle d'un objet pour comprendre la nature vide de la réalité et l'aspect vide de l'état primordial, le Dzogchen utilise la transmission directe, l'introduction directe et immédiate dans la vacuité, alliée à diverses formes de shiné.

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Pour arriver à la compréhension de la vacuité, un prati­quant des sûtras examinera, par exemple, la vacuité inhérente d'un objet tel qu'une rose, en se livrant à une investigation approfondie de cet objet. Lorsqu'il voit la rose, son esprit forme un concept, l'image mentale d'une rose. Il expéri­mente donc l'idée générale « rose » et non la rose que ses sens perçoivent : il passe de la perception sensorielle au concept de la rose et projette l'idée générale « rose », formée par son esprit sur la vraie rose. Il projette alors l'idée générale « vacuité », formée par l'esprit sur l'idée générale « rose » et, par la logique, comprend la vacuité propre à la rose.

Mais selon le Dzogchen, cette compréhension intellectuelle de la vacuité de l'idée générale n'est pas nécessaire pour expérimenter la vacuité de la rose. Bien que l'objectif soit la perception directe de la vacuité, le pratiquant des sûtra peut rester des années à contempler le concept ou l'idée générale de la vacuité, sans jamais parvenir à la perception directe et à l'expérience immédiate, car il insiste davantage sur le concept de vacuité que sur son expérience directe. L'adepte des sûtras pratique shiné d'un côté, et de l'autre étudie pour comprendre la vacuité : il essaie de comprendre les deux vérités relative et absolue par la logique, puis s'efforce d'intégrer cette compréhension dans la pratique de concentration de shiné. C'est donc en développantla pensée de la vacuité que la compréhension devient plus claire, jusqu'au stade final où elle s'élève de la clarté sans pensée.

Cependant, cette compréhension ayant été obtenue au moyen de l'analyse conceptuelle qui part nécessaire­ment d'un point d'origine, elle est toujours liée à la pensée conceptuelle.

Ceci n'est pas la compréhension directe de la vacuité que l'on trouve dans le Dzogchen, atteinte par la pra­tique et sans l'intermédiaire de la pensée. En fait, selon le Dzogchen, la pensée : « Maintenant je connais la vacuité » n'est pas la compréhension véritable, ce n'est qu'une autre pensée. Dans le Dzogchen, la compréhension directe de la vacuité n'a ni sujet ni objet et ne fait référence à aucun point central.

La façon dont la tradition des sûtra amène progressive­ment le pratiquant à une expérience de la vacuité en utili­sant le concept de la vacuité démontre la perspective gra­duelle de la voie des sûtra. Le Dzogchen, à l'opposé, est une voie non graduelle où, dès le départ, l'enseignement du maître invite le pratiquant à trouver par la pratique de shiné une compréhension directe et non conceptuelle de la vacuité. En utilisant l'esprit qui est au-delà de la pensée et des concepts, nous atteignons la présence non distraite et la compréhension de l'inséparabilité de la vacuité et de la clarté. La compréhension de la vacuité ne survient donc pas par l'intermédiaire de l'esprit producteur de pensées, mais directement au travers de la clarté.

Cette manière d'atteindre la connaissance est unique au Dzogchen. Certains pratiquants des sûtra sont choqués lorsque nous leur disons que dans le Dzogchen l'expé­rience de la vacuité est immédiate et obtenue sans l'usage de la logique, au travers d'une perception directe. Ils répon­dent que c'est impossible. Mais le Dzogchen soutient qu'il y a deux façons d'accéder à la connaissance : par la déduc­tion logique et à travers l'expérience. Selon le Dzogchen, la meilleure façon de comprendre la vacuité n'est pas d'uti­liser la pensée, car la compréhension ainsi obtenue ne peut dépasser le niveau conceptuel. L'esprit logique comprend le concept logique de la vacuité, mais la vérité de la vacuité est au-delà des pensées et des concepts, au-delà de l'esprit logique. La véritable vacuité ne peut être appréhendée par l'inférence logique parce que la pensée, l'esprit concep­tuel, ne peut concevoir que l'idée générale de la vacuité et non percevoir directement la vacuité elle-même.

Qui donc alors comprend la vacuité? C'est la vacuité qui se discerne elle-même au moyen de sa propre clarté, clarté qui rend possible la compréhension par une percep­tion directe. La compréhension n'est pas séparée de la vacuité. La vacuité se comprend et s'illumine elle-même, à l'exemple de la lampe à beurre. Là réside l'inséparabilité de la vacuité et de la clarté : le discernement spontané est la clarté naturelle ou présence spontanée." Tenzin Wangyal

 

Pour découvrir directement la vacuité, regardez dans la direction de ces deux doigts :

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