Voici un texte de Jeff Foster que je partage avec vous.
Douglas Harding disait aussi : quand vous perdez votre tête, vous trouvez votre coeur...

"S’EVEILLER DE L’EVEIL
J’ai cru des personnes comme l’enseignant spirituel britannique Tony Parsons qui disaient qu’après l’éveil (qui est vu comme un genre de rare et mystérieux non-événement ou changement de perspective), la personnalité ne change pas et qu’il n’y a pas nécessairement plus de joie, d’intimité ou de compassion dans la vie. En fait, après l’éveil, vous pouviez toujours être dépressif et suicidaire, ou violent, ou même être un tueur en série, disaient-ils !
Tout d’abord, cela a été un grand soulagement d’entendre ce message choquant et radical – il donnait l’impression que l’éveil était si simple, si terre-à-terre, si accessible, si… ordinaire. "Avant l’éveil, je suis un pauvre type, après l’éveil, je suis un pauvre type. Et je suis autorisé à être un pauvre type, à présent, car je suis libéré et personne ne peut me toucher. Oh, et au fait, il n’y a aucun moi ni aucun choix. C’est seulement la pauvretypitude qui se produit. Alors quoi ? Qui s’en soucie ? Passe à autre chose, triste chercheur." L’ego exultait – il avait maintenant carte blanche. Aucune responsabilité ! Aucune punition ! Libre règne ! Il n’y a personne ! Youpi ! La quête était finie !
J’en suis venu à voir que ce message "néo-advaita", ainsi qu’il est maintenant connu, est très unilatéral. Il est vrai en partie, délicieusement simple, mais il n’est en aucun cas la vision du tout (rien ne l’est !) et il peut être très dommageable si mal dit, mal entendu ou mal employé.
Dans l’absolu, s’éveiller ne change rien du tout, c’est très vrai. Qui vous êtes vraiment – la vie elle-même, la conscience, l’Etre, peu importe – ne change pas, étant tout ce qui est ou fut jamais. En ce sens, rien ne se passe. L’éveil est le zéro absolu. C’est un non-événement au-delà du temps. Il est de toute façon antérieur aux mots et peut seulement être suggéré.
Mais dans un sens relatif, s’éveiller change tout. Absolument. Puisqu’il n’y a plus de "personne" à défendre, puisque la vie n’est plus une tâche et que toutes les pensées et tous les sentiments sont profondément autorisés (sans effort) à émerger et à se dissoudre dans l’immensité que vous êtes, la résistance diminue naturellement. La Connaissance absolue s’infiltre dans chaque aspect de l’expérience vécue relative. La joie monte en surface. La peur de l’intimité s’effondre. Défendre des positions mentales, avoir raison, justifier toutes sortes d’images de soi, y compris l’image que vous êtes allé au-delà de toutes les images, ne vous intéresse plus. L’image n’est, de toute façon, pas qui vous êtes. La vie devient ce qu’elle a toujours été, une aventure. Passionnante. Vivante. Profondément enracinée. La compassion est naturellement là. Vous vous trouvez à écouter plus profondément que jamais auparavant, ceux que vous aimez, des inconnus, ceux qui ont des vues opposées, précisément parce qu’il n’y a aucun "vous" qui écoute. Vous cessez d’essayer de prêcher, d’enseigner ou de défendre des positions, même la position "non-duelle" ! Vous perdez intérêt à prouver combien vous réussissez, ou combien vous êtes drôle, ou éveillé, combien votre ego est absent ou combien vous êtes libre du "soi". Votre absence est l’éblouissante présence de la vie. Le monde afflue, et c’est vous, et c’est la fin de la violence et du conflit intérieur. Pour personne. Un paradoxe, c’est sûr. (Embrassez le paradoxe !)
Cet amour et cette aisance nouvellement trouvés ne sont pas tant un accomplissement ou un gain personnel que la suppression d’une incompréhension, l’écroulement de la guerre avec la vie.
Je respecte beaucoup ces enseignants néo-advaita, mais voyez leurs enseignements (pardon, leurs non-enseignements impersonnels sur personne !) comme souvent incomplets et unilatéraux, même s’ils nous sont présentés comme des Vérités immuables, absolues, sans compromis. Pleins de sagesse et de certitude mentale, oui, mais manquant de cet ingrédient essentiel : le cœur. Concentrés sur le rien, sur l’absence de la "personne" et sur l’illusion du libre-arbitre, mais niant subtilement le tout, la diversité de la vie, la profonde humanité, la compréhension humaine et la compassion pour la souffrance, sans lesquels nous sommes de simples robots, des marionnettes, des bêtes, et en fin de compte des tueurs. Dans l’amour "sans personne", oui, mais dépourvus de cette joie sans cause qui est la vraie substance, la vraie sève, la grâce inattendue du réveil.
Une fois de plus, je retourne à la formulation incroyablement équilibrée et intégrée de Nisargadatta Maharaj :
"La sagesse, c’est savoir que je ne suis rien.
L’amour, c’est savoir que je suis tout.
Entre les deux ma vie s’écoule."
Jeff Foster