j'ai lu récemment un très bon article de Fabrice Midal sur la question de la nature de Bouddha dans le bouddhisme.La nature de Bouddha ou le Tatagatagharba a été introduit par Asanga au IV ème siècle ap JC, et surtout 7 siècle après la mort du Bouddha. Beaucoup de bouddhistes considèrent que cette nature de Bouddha corrompt l'enseignement de Nagarjuna sur le non-soi et la vacuité de l'égo. Ne revient-on pas à l'atman du vedanta avec cette notion?

En voici un extrait :

 

"Pour les tenants du Madhyamaka, la nature de Bouddha pose problème. En effet, cette notion leur semble risquer de remplacer l'idée d'âme. Ne risque-t-on pas ainsi d’induire des affirmations comme : « tous les êtres ont la nature de Bouddha = ils ont en eux-mêmes une étincelle de Dieu ». Et très facilement, cette idée peut se cristalliser en une sorte de soi permanent. Les images que nous avons données, celle du Bouddha caché dans des tissus sales ou de la sculpture en or enfouie dans la terre, pourraient donner l'impression qu’il existe en nous une identité plus profonde que celle de l'ego mais néanmoins une identité à peu près fixe.
Le Bouddhisme qui insiste tant sur la non-existence des phénomènes récuse une telle affirmation et c’est lui être fidèle que de se méfier de la notion de tatagatagarbha.
On retrouve, sous de multiples formes, ce reproche que l’on pourrait résumer ainsi : le Tatagatagarbha étant présenté comme immuable est  semblable au Soi permanent et tout puissant, créateur de tous les phénomènes dont parlent les religions théistes. Cette doctrine est donc contraire à l’enseignement du Bouddha et reste prisonnière de conceptions qui ne permettent pas de se libérer de la confusion.

Pour éviter ce danger, Tsonkhapa, fondateur de l’école Guélougpa résolument Madhyamaka, affirme que la nature de Bouddha est simplement la vacuité de la personne. Ce qui veut dire que la possibilité de s'éveiller, de devenir Bouddha, réside dans le fait que la personne n'existe pas de façon permanente. Dès qu'on comprend que dans ce corps et dans cet esprit on ne trouvera jamais une essence quelconque, une substance réelle permanente, on s'est libéré de la façon erronée de penser selon laquelle : "moi je suis comme ça et je serai toujours comme ça". On commence à savoir que notre être est une potentialité plutôt qu'un état. Il n’est pas nécessaire de rajouter la notion de « nature de Bouddha » pour faire comprendre ce point qui est le seul qui compte.

Pour les tenants du Madhyamaka, on comprend bien mieux les enseignements du Bouddha en se passant de cette notion. La vacuité est l’essentiel de la  doctrine, la meilleure manière de pointer le fait que l’ego n’existe pas et d’expliquer ainsi la délivrance et le chemin qui y conduit.


Mais les partisans du Tatagatagarbha expliquent que cette nature n’est pas imputée mentalement, elle est au-delà de la saisie. Elle est la qualité même de la vacuité. Selon le maître Jamgon Kongtrul III : « La nature en soi, c'est-à-dire le mode d’existence en tous les phénomènes, l’ainsi ou encore la nature de Bouddha , a un sens extrêmement subtil et profond. Elle n’est donc pas un objet d’écoute. Ceci signifie qu’on ne peut pas la réaliser uniquement en l’entendant décrire par des mots. En outre, comme elle est le niveau ultime de la réalité, elle ne peut pas être réalisée par la réflexion et l’analyse intellectuelle. L’analyse intellectuelle se situe au niveau relatif. La nature en soi, l’ainséité, est le niveau ultime. L’analyse intellectuelle n’est pas l’outil adéquat pour permettre de la réaliser. » Fabrice Midal, Le non-moi au sein du Mahayana et du Vajrayana

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