Voici un nouveau livre de Daniel Morin, paru chez l'excellent Jean-Louis Accarias :

 

Maintenant ou jamais

 

Le livre est composé notamment d'entretiens avec Alexandre Jollien. Daniel Morin a longtemps exercé des responsabilités auprès d'Arnaud Desjardins.

Il n'y a pour DAniel Morin aucun chemin réel ; tout est ici et maintenant.

EXTRAIT

"UN SEUL EXERCICE

 

Alexandre Jollien - Tu parles parfois de "plonger dans le pot de l'être". De quoi s'agit-il ?

D - Il s'agit de tout lâcher au bout d'un expir, s'oublier un instant en tant que moi possesseur, ne plus rien vouloir, ne plus rien tenir, se vider de tous les concepts, et mourir à soi-même pour n'être plus rien de spécial, hormis être. Ce simple geste, acces­sible à tous ceux qui cherchent dans cette direction, aide à retrouver la conscience de l'inséparabilité entre le Tout et la partie.

J'ai conscience en te disant cela de donner l'im­pression qu'il faudrait faire quelque chose pour trou­ver un état spécial. Les mots sont bien impuissants à traduire tout cela... Certains vont être inspirés pour faire l'exercice, d'autres non, et encore une fois ce n'est ni bien, ni mal.

A-Tu te rappelles la première fois que tu as plongé dans ce pot de l'être ?

D - Non, parce que ça a été progressif. On le fait tous naturellement quand on soupire, mais ça reste assez superficiel. Le "faux moi" reste là parce qu'il n'y a pas d'abandon total. Il ne s'agit pas de vider simplement ses poumons ou sa tête, mais de tout vider, toute sa substance, et au bout, il y a une joie acausale. Chaque expir est une mort, et chaque ins-pir est une naissance. C'est un geste d'humilité abso­lue qui exprime : je me rends à El'inconnaissable, je me rends à Dieu.

A - Quand tu allais au travail, tu le faisais ?

D - Oui, sur mon vélo à 4 heures du matin, tout seul dans la ville, en appuyant sur les pédales...

A - Et comment tu appelais ça ?

D - Je ne l'appelais pas, je le faisais, c'est tout.

A - Qu'est-ce qui contrarie cette posture au quotidien ?

D - Rien, puisque cette pratique n'a rien à voir avec le temps ! Quand tu parles de maintenant, tu le penses. Dès que tu le penses, tu n'y es plus. Il y a toujours un léger décalage, car on ne peut pas définir maintenant. La mauvaise façon de s'y prendre serait de se demander : Comment je vais faire pour arriver à vivre le moment présent d'une façon perma­nente ? Ce qui reviendrait à projeter la présence dans le futur !

La seule possibilité de faire cet exercice, c'est maintenant. Si tu le fais une fois, tes actes auront une qualité d'être durant plusieurs heures. Tu seras en relation avec l'être et non avec l'avoir. La prati­que, ce n'est pas obtenir quelque chose, c'est mourir, là, tout de suite.

Où est le problème, là, maintenant ? Où ?"

 

Daniel Morin est né à Blois en 1944. Ouvrier dans la métallurgie pendant plus de trente ans, il a travaillé aux côtés d’Arnaud Desjardins entre 1995 et 2008 et vit aujourd'hui à Montpellier. Il a publié Éclats de silence, l’indicible simplicité d’être.

Quatrième

Ce qui est commun à tous les êtres humains, c’est l’envie de connaître un sentiment de plénitude qui dure face aux manques vécus dans la vie courante. Or ce sentiment de plénitude, de non-manque, n’apparaît que par la dissolution de la croyance à ce qui est appelé ici “l’entité séparée”.
Nous vivons  en effet une histoire fictive que nous ne remettons jamais en doute et qui consiste à croire à un personnage réel autonome (le moi séparé), qui pense pouvoir gérer sa vie. Cette illusion première acquise comme vraie est à l’origine de nos illusions et de nos insatisfactions.
Pour Daniel Morin, l’unique racine de toutes les croyances est l’interprétation fausse que nous sommes une individualité “étanche” qui se croit propriétaire de son corps, ayant une faculté de libre arbitre.
Ce livre n’a pas pour finalité de proposer une nouvelle recette en vue d’obtenir plus tard une amélioration de notre condition personnelle et relationnelle. L’auteur propose un retournement, une position radicalement opposée à l’idée de progression, qui consiste à vivre l’immédiateté comme étant l’expression exacte et impersonnelle de la Vie telle qu’elle est perçue. La dissolution de l’entité séparée n’est pas un but à atteindre dans le futur, car la vision de l’illusion d’être une entité autonome n’est possible que maintenant.
Tout en remettant radicalement en cause nos espérances, Daniel Morin redonne de la valeur à notre humanité et réhabilite l’ordinaire. Il nous invite à “oser être vraiment soi-même”, dans la présence à l’instant.
La seconde partie de l’ouvrage est un entretien amical avec Alexandre Jollien.

La vie commence maintenant. La vie finit maintenant.