Voici un récit tiré du Yoga-Vasishtha, dans lequel le roi Sikhidvaja et la reine Cudala décident de méditer jusqu'à atteindre l'éveil.

La reine y arrive rapidement; voici comment :

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Sikhidvaja et Cudala

“La jeunesse s’enfuit comme le cours d’un torrent.

L’existence frappée de décrépitude est pareille aux mirages du monde,

Et le bonheur s’enfuit comme les flèches décochées par un arc,

Les malheurs fondent sur le cœur comme un vautour s’abat sur sa proie,

Le corps ne dure qu’un instant, il est périssable

comme des bulles sur les eaux à la saison des pluies.

        

Y aurait-il ici bas quelque chose de stable, de vrai, de splendide,

Qu’on puisse atteindre sans que jamais plus le cœur

Ne se consume dans les épreuves de la vie ?”

 

Telles furent leurs réflexions à tous deux,

Et longtemps ils songèrent au traité en accord avec la réalité ultime

Qui les guérirait de la maladie du samsara˙,

Et quand ils eurent compris clairement que la peste

Qui porte le nom de samsara˙ ne s’apaise que par une seule chose,

La connaissance de l’atman,

Tous deux en firent leur but ultime, l’objet de leur esprit,

Ils y mirent toutes leurs forces, ils s’y vouèrent tout entiers,

Ils y consacrèrent tout leur savoir.

       

C’est ainsi qu’elle médita jour et nuit sur sa propre réalité,

Résolue à résoudre cette question par sa lucidité,

Peu importe qu’elle soit occupée ou non :

 

Cudala

“Je cherche uniquement ma vraie réalité,

Que suis-je ?, me dis-je par moi-même,

Qui est concerné par cette incertitude ? Comment a-t-elle surgi, et où ?

Le corps n’est qu’inertie, opacité, ce n’est pas moi, c’est clair.

Depuis l’enfance, c’est une réalité qui ne cesse d’habiter ma conscience.

       

Ce qui, réel ou irréel, apparaît dans l’unité de la conscience

Elle qui existe par elle-même, et perd sa propre forme,

Cela en vérité n’existe qu’un instant.

Ainsi cette forme que prend la conscience,

Pour s’être tournée vers les objets sensibles,

C’est l’âme du monde qui en révèle l’inertie, le vide, l’irréalité.”

 

C’est ce que Cudala se disait, qui se posa la question :

 

Cudala

“Par quoi la conscience s’illumine-t-elle ?”.

Et voici qu’au bout d’un long temps  elle s’éveilla :

    

Cudala

“Ah ! Voilà connue enfin la pure réalité

qu’une fois pénétrée, nul n’en est plus dépossédé.

       

Il n’existe ici bas qu’une vaste conscience,

On dit qu’elle est la suprême réalité.

       

C’est elle qu’on célèbre sous les noms de Brahman, de Param¡tm¡

Elle ne se divise pas en connaisseur, connaissance et connu.

C’est elle qui nous fait prendre conscience de notre propre lumière,

On la connaît sous le nom de Conscience originelle.

       

C’est par sa seule énergie qu’elle déploie les mondes,

Nul autre qu’elle ne s’incarne ici bas.

       

Il n’est pour l’atman ni mort ni naissance, ni être ni non être,

Partout semblable à un ciel qui ne serait que conscience,

Il n’est pour l’atman nulle fin.

Rien ne peut le briser, rien ne peut le brûler,

Il a pour soleil immaculé la Conscience.

Ah ! Me voilà au bout de si longtemps toute sérénité, enfin délivrée !

Ni l’univers, ni le moi, ni rien d’autre n’existent,

Il n’est ni vie ni mort,

Tout est sérénité,

Seule demeure l’ultime réalité.”

 

Toute entière absorbée par de telles pensées,

Son prodigieux éveil lui fit comprendre

Que ce monde tel qu’il est a pour réalité la Conscience Ultime.

Passions, peurs, doutes, ténèbres, dispersions, tout disparut,

Elle devint aussi sereine qu’un fin croissant de lune dans un ciel d’automne."

 

Traduction inédite du sanskrit Alain Porte