L'esprit de l'abîme
"Au dedans, observe ton esprit :
Même s'il capte l'attention quand on n'y prend pas garde,
A l'examen, sa nature propre est introuvable;
Un rien qui se donne pour quelque chose, vide et transparent;
On ne peut le définir en disant : "C'est cela!"
ce quasi néant bouillonnant.
Regarde ce qui vient au jour
Dans chacun des dix orients :
Quel qu'en soit l'aspect,
La Réalité, son essence,
Est la vacuité, esprit de l'abîme.
Toutes choses étant de la nature du vide,
Puisque c'est le vide qui observe le vide,
Qui se videra ce qui est à vider?
(...)
Quoi qu'on fasse, cela est permis,
Et de quelque manière que l'on repose, ce bienheureux
Délassement est la spacieuse essence de l'esprit,
L'Idée de la grande et vaste sphère;
C'est le mode d'être de toutes choses.(...)
Profonde et dénuée de proliférations discursives,
Cette claire lumière inconditionnée
Surpassant l'entendement qui n'est qu'imaginations
Est le tréfonds de l'Idée des vainqueurs;
En elle, rien à ôter,
Rien qu'il faille ajouter.
C'est tout simplement la perfection
Qui se mire dans la perfection même.(...)
La vacuité est l'unique savoir qui libère toutes choses
Le suprême remède souverain
L'ambroisie qui ne connaît point la mort
La perfection spontanée dans l'oisiveté
L'Eveil sans s'y efforcer."
Nyoshül Khen Rinpoche (1932-1999), Le Chant de l'illusion, Traduit par Stéphane Arguillère, ed. Gallimard
Commentaires sur L'esprit de l'abîme
- Très joli poème mais malgré le respect que je dois à ce Maître certainement d'une très grande sagesse, je ne suis pas d'accord avec ce qui est écrit.

"C'est le vide qui observe le vide":
C'est la Conscience "qui observe".
C'est la Conscience consciente d'elle-même.
C'est la "Pure Conscience d'être".
"Cette claire lumière inconditionnée":
"Cette claire lumière" est celle de la Pure Conscience d'être ou Conscience plus simplement et c'est cette Conscience qui est "inconditionnée".
"La vacuité est l'unique savoir qui libère toutes choses":
C'est la conscience d'être Conscience qui libère.
"Le suprême remède souverain":
La vacuité peut être un "remède" mais la Conscience n'est pas un remède .
La Conscience peut être un "guide " tant qu'elle n'est pas "réalisée" mais elle est de toute façon ce que nous sommes vraiment. Nous sommes Cela, Pure Conscience d'être.
Celle-ci est Eternelle.
Ce n'est en aucun cas par manque de respect envers qui que ce soit que je note ici cette objection.
Je suis ni ceci, ni cela, mais "pure conscience d'être", ou Conscience, Tout est Un.
Dieu est Un. Dieu et "moi" sommes Un, et Dieu qui est Grâce m'a "révélé" ce qu'il a bien "voulu" pour me faire connaître cela. Dieu est le Maître et je lui donne mon amour et mon "obéissance" et fidèlité. D'ailleurs, je ne peux guère faire autrement!
Dieu est Pure Conscience d'être, pur Amour.
Cette Conscience ne m' appartient pas, il n' y a que Conscience. Je "partage" donc cette "connaissance" le plus simplement possible, d'autant plus que la VST a pris une grande part dans cette "réalisation" sans que je le sache vraiment.
Bien sûr , bien avant la découverte du site de la vision sans tête, je plaçais déjà toute ma confiance en la Conscience (Dieu, pour moi à l'époque), c'était mon "guide intérieur", même si je ne n'avais jamais entendu parlé de non-dualité, et elle m'a tellement donné! Tout en fait!
Avec sincérité et amour. - "Cette claire lumière inconditionnée":

"Cette claire lumière" est celle de la Pure Conscience d'être ou Conscience plus simplement et c'est cette Conscience qui est "inconditionnée".
Bonjour Isa,
Le phénomène de la lumière n'est-il pas conditionné à une noirceur ?
Je ne '' craque '' que pour le soleil et la pleine lune
Sincèrement ... - Une question se pose naturellement : Qui sont ces "je" se prenant pour quelqu'un de d'accord ou pas d'accord ?

Si Conscience consciente d'être est un concept, alors ce n'est pas Conscience sans objet.
Quelqu'un (Corian) a formulé : "Le véritable bonheur, c'est l'état de conscience sans référence à rien, sans objet, où la conscience jouit de l'immense absence qui la remplit".
"La pleine conscience est donc une simple présence - juste être là - mais si difficile à atteindre... " (Christophe André : Sérénité, 25 histoires d'équilibre intérieur, Odile Jacob)
Amourensemble - Oui voilà la conscience est inconditionnée, je suis un je qui s'exprime et qui répond, par le biais de la conscience que j'ai de moi-même et des personnes avec qui je suis en contact.

Chacun ( chaque je=ego en latin) étant la conscience inconditionnée, ou est la conscience inconditionnée? En moi, je suis la conscience inconditionnée. Qui sui-je? Qu'est-ce que la conscience inconditionnée?
La possibilité qu'il y ait une conscience .
C'est simple. Comment peut-il y avoir conscience, si, au préalable, il n'y a pas présence.
Ou en d'autre terme, conscience de la présence, implique présence mais pas forcément l'inverse...
Encore de av













Je reproduis ici une pauvre biographie, glaner sur un site publicitaire assez bien fait. On y apprend notamment, comme je m'en doutais un peu, des points communs avec la "folle sagesse" d'un Shögyam Trungpa Rinpoché, d'un Deshimaru ou même d'un Steven Jourdain...
Mais surtout la percussion des images, le rythme du poème lui-même, aussi bien que la profondeur du propos et sa subtilité....
Nyoshül Khen Rinpoché (né en 1932, décédé au cours de l'été 1999) était l'un des maîtres les plus estimés de la tradition de la Grande Complétude (Dzogchen) du bouddhisme tibétain ; il était aussi respecté pour sa parfaite connaissance des textes de cette école que prisé pour ses qualités proprement spirituelles et humaines et pour la facilité avec laquelle il savait inspirer à ses auditeurs de saisissants aperçus métaphysiques. C'est dans ce recueil du Chant d'illusion que l'on trouvera la plus vivante expression des lumières qu'il avait retirées d'une vie de contemplation. Le style même des poèmes est empreint de sa marque singulière, combinaison de la plus profonde humanité (jusqu'à l'humour le plus incongru, jusqu'à la familiarité la plus touchante) et d'une extrême élévation spirituelle. L'introduction de ce volume comporte, sur ce maître hors du commun et sur certains de ses prédécesseurs, des indications biographiques qui donneront au lecteur un aperçu du monde fascinant des ascètes et mystiques du Tibet. Quant à la pensée, riche mais parfois d'une haute densité, qui s'exprime dans les poèmes, un essai qui leur fait suite l'éclaire à la faveur d'un parcours au travers de plusieurs grands textes de la philosophie bouddhique tibétaine, à ce jour parfaitement inconnus en France. Le traducteur des poèmes et auteur de cet essai, Stéphane Arguillère, directeur de programme au Collège international de philosophie, fut élève de Nyoshül Khen Rinpoché durant les douze dernières années de la vie du maître, et personne n'était plus qualifié pour faire entendre, avec la plus scrupuleuse fidélité et la plus profonde intelligence des textes, la voix de l'auteur dans cette version française de ses poèmes.