Je reprends mes cours de philosophie pour adultes le

lundi 1er octobre à 19h30

Nous commencerons cette année par Pyrrhon (360, 275 av JC), le sceptique.

Pyrrhon est un penseur profondément original, assez proche de Nagarjuna. Pour lui, comme le montre Marcel Conche dans sa remarquable étude (Pyrrhon ou l'apparence) il y a juste l'apparence des choses, pas d'être, pas de néant non plus; pas de fondement au monde, mais juste la pure apparence absolue.

Pour la plupart des philosophes de l'antiquité, l'apparence des phénomènes est l'apparence d'un caché, d'un réel à connaitre au-delà du voile de l'erreur et de l'opinion. par exemple, le réel est pour Parménide l'Etre, pour Platon les Idées, pour Démocrite ce sont les atomes, pour les stoïciens le Logos etc...

"Pyrrhon soutenait qu’il n’y avait ni beau, ni laid, ni juste, ni injuste, que rien n’existe réellement et d’une façon vraie."

Ainsi pour Pyrrhon, il n'y a rien au-delà de l'apparence, aucune Réalité cachée qu'il faudrait chercher à connaître.

De plus, l'apparence n'est pas là pour un "sujet"; elle est au-delà même du" sujet" et de "l'objet."

Et de cette apparence , il n'y a rien à dire car les mots en réifiant, chosifiant le flux des apparences les transforme en autant d'étants réels.

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Voici un extrait du commentaire de Marcel Conche sur Pyrrhon

 

"L'opposition de l'apparent et du caché est une opposi­tion de sens commun, et les philosophies qui se bornent à la reprendre restent en cela dans la dépendance de proto­évidences du sens commun. Mais Pyrrhon met en question, de façon radicale, cette opposition même. Les apparences, qui, pour le sens commun, sont apparences sur fond d'être et de vérité, se résolvent en apparences pures. (...) L'opposition de l'apparence et de l'être ne peut se résoudre au profit de l'être, car l'apparence est inéliminable, mais elle peut se résoudre au profit de l'appa­rence, car l’ « être » n'est qu'un mot.

Il en résulte, évidemment, que la philosophie de Pyrrhon n'a rien à voir avec un relativisme ou un subjectivisme, car l'un et l'autre supposent maintenue, dans la sphère totale, la scission à laquelle Pyrrhon veut mettre fin. Les notions de « sujet », d'« état du sujet », d'« affection sub­jective », etc., ne servent qu'à nous séparer des choses mêmes, à nous maintenir dans la séparation d'avec la « vérité ». Mais il n'y a, chez Pyrrhon, aucune séparation telle que celle du « subjectif » et de « l’objectif ». Dès lors, en effet, que les apparences ne recèlent aucun fond caché, il n'y a rien en elles qui leur permettrait de se poser en « êtres », et il n'y a donc pas de « pôle » suscep­tible de correspondre, à titre d'« objet », à cet autre pôle que serait le « sujet ». Les apparences ne sont ni des apparences-de, ni des apparences-pour, mais des apparences en elles-mêmes. On dit bien : « telle chose m'apparaît », mais ce à quoi renvoie l'apparence se résolvant à son tour en apparences, l'apparence ne renvoie qu'à elle-même." Marcel Conche.

 

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