Dans mon livre Le saut dans le vide, j'évoquais l'importance du son chez les maitres du Chan et du zen. Le son peut nous ramener très facilement à notre vraie nature, c'est-à-dire au silence.

Ce ne sont pas les oreilles qui entendent mais le silence. Le son n'est pas entendu à l'extérieur de nous mais au centre, à zéro centimètre.

Seule l'illusion nous conduit à projeter les bruits, loin de nous, là-bas dans la rue, ou le jardin.

Cette voiture est entendue en moi, pile au centre de la vacuité-silencieuse; cet oiseau qui chante chante dans la vacuité-que-je-suis ; cet enfant qui joue rit dans le coeur de la conscience sans forme.

N'imaginons surtout pas de dualité entre le silence et les sons. Le son est la vibration du silence, comme la vague est encore de l'eau.

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Voici un exemple d'éveil chez un maitre zen grâce à un bruit:

"Au troisième jour du troisième mois, alors que j'étais assis, mon attention correctement concentrée sur le mot "non", le chef des moines entra dans le hall pour brûler de l'encens. Il fit sonner le bol d'encens et cela fit un son : soudainement au son de ce coup, je sus que je m'étais trouvé et que j'avais capturé Zhaozhou (le maitre zen qui posa le koan "non")

Je récitai un vers :

 

Etonnamment la route s'arrête

Je l'ai renversée : les vagues sont l'eau

Le vieux Zhaozhou va au-delà de la foule

Son visage est juste ainsi."

 

Zhuhong, L'élan pou passer la porte du zen, Accarias, 2012

 

bol