Un lecteur du blog me demande

"Une question

Bonjour José Le Roy, J'ai découvert la vision sans tête depuis peu de temps à travers vos ouvrages et ceux de Douglas Harding. Cela a été une révélation car cette voie simple et directe me donne l'impression d’avoir synthétisé tous les enseignements que j’ai explorés et plus ou moins digérés dans le zen, le vedanta et la gnose chrétienne.

Je me permets de vous écrire car votre dernière réponse du 1er février à une question posée a fait surgir un éclair de compréhension et en même temps cela a suscité une interrogation. La partie de votre réponse « Portez attention à une sensation suffit en effet à prendre conscience de la vacuité. Mais ne cherchez pas à localiser la sensation, à lui donner une forme. Ne vous dites pas : c'est une sensation de jambe, car alors déjà il y a identification avec le corps. Laissez l'inconnu de la sensation se révéler à vous. Voyez que la sensation apparait dans l'espace sans forme et sans limite et qu'elle n'a elle-même aucune forme ni aucune limite. » m’a fait ressentir que tout est en Moi dans la Conscience car j’avais l'habitude de vouloir localiser les pensées, les émotions, les sensations par rapport au corps et là c’est devenu clair : « sans direction ». (Tout apparait et disparait dans cet Espace).

Mais une question se pose, bien que cet espace infini soit présent, le sentiment de la personne est toujours présent. Je souhaitais savoir si ce sentiment-impression fini par disparaitre ou reste t-il apparent comme le corps-mental lorsque l'on est stabilisé de manière permanente dans la vision ? Cette dichotomie me trouble énormément au quotidien. Je vous remercie de votre attention. Cordialement. "

En effet, avec cet enseignement direct, on pointe droit vers le centre de toutes les traditions. Douglas Harding a su trouver un racourci pour répondre à la question "Que suis-je?". Toutes les grandes traditions cherchent aussi à nous éveiller à ce que nous sommes vraiment; et toutes les traditions disent que c'est simple, alors pourquoi chercher midi à 14h?

D'autre part, la question sur le rapport entre personne et vacuité est importante et  a déjà donné lieu à des échanges nombreux sur ce blog; par exemple ici :

http://eveilphilosophie.canalblog.com/archives/2010/03/16/17145636.html

http://eveilphilosophie.canalblog.com/archives/2011/09/25/22140835.html

http://eveilphilosophie.canalblog.com/archives/2011/11/06/22594424.html

http://eveilphilosophie.canalblog.com/archives/2010/03/18/17269350.html

http://eveilphilosophie.canalblog.com/archives/2010/03/20/17296549.html

http://eveilphilosophie.canalblog.com/archives/2010/03/20/17299770.html

etc...

Le sentiment de la personne est toujours présent, dites-vous?

De quel sentiment parlez-vous, Celui de l'individu ou de celui du "Je suis"? Le sentiment du "Je suis" est toujours présent, vaste et illimité. Il est comme le parfum de la vacuité ; il apparait dans la vacuité ; Il est l'Être apparaissant sur le non-être. C'est un "je" qui ne s'oppose à rien, et qui a le monde pour corps.

Mais parfois, il me semble qu'il n'y a pas même de "je". Juste Cela, sans-nom, au-delà de tout.(d'où d'ailleurs les différentes expressions des traditions qui insistent soit le vide, soit sur le Je)

Le sentiment de l'individu (le sentiment de José par exemple) demeure aussi, mais à la périphérie. Il y a encore ce corps, cette histoire, ces désirs propres à l'individu, mais ils apparaissent dans la vacuité, comme un décor, une vibration, un jeu de formes. Souvent, dans le silence, l'individu n'est plus là. Et avec la vision de la vacuité, à chaque instant, il est transcendé

Aucune raison d'en être troublé. Il n'est pas nécessaire de lutter contre ce sens de l'individu ; il ne pose aucun problème , au contraire, il est une expression de la source. Si vraiment, on parle de non-dualité, alors il n'y a pas de dualité entre le vide et les formes, y compris cette forme individuelle. Elle une vibration de l'Un. Ne fuyez pas votre forme humaine ; elle est précieuse ; elle est unique; simplement, elle n'est pas tout votre être; vous êtes plus vaste qu'elle.

L'expérience est un paradoxe, elle est à la fois personnelle et impersonnelle , et si c'est ce paradoxe qui vous trouble, alors sachez qu'il me trouble depuis 20 ans, c'est un mystère vivant. Et en même temps, cette énigme trouve réponse dans l'instant, dans la joie, dans l'étonnement.

Platon disait que l'étonnement était l'origine de la philosophie; je pense que c'en est aussi la fin.

Cordialement