Demain, je continue le cours sur la liberté et la question si débattue du libre arbitre.

C'est à travers la philosophie de Bergson que nous allons reconsidérer le problème. Dans les Essais sur les données immédiates de la conscience, Bergson pose une critique originale du déterminisme qui nie la liberté humaine. On ne peut comparer dit-il la causalité physique déterministe de la nature avec la causalité psychique qui se déroule au sein même de la conscience, car la conscience n'est pas une chose, et les états de conscience ne sont pas des choses qui peuvent s'entrechoquer, comme une boule de billard pousse selon des lois physiques claires , une autre boule de billard.

La conscience dure, et chaque action est une création neuve que rien n'aurait pu prévoir avant. Ce qui surgit en ce moment de la conscience n'est pas le résultat d'antécédents, mais le libre surgissement d'un progrès.

Mais cette liberté n'est pas pour autant un libre arbitre car le libre arbitre s'imagine que nos actions auraient pu être différentes, qu'elles sont contingentes. En fait, mon action surgit aussi de ce que je suis, elles ne sont pas déterminées mais on ne peut dire qu'elles sont gratuites.

" Bref, nous sommes libres quand nos actes émanent de notre personnalité entière, quand ils l’expriment, quand ils ont avec elle cette indéfinissable ressemblance qu’on trouve parfois entre l’oeuvre et l’artiste. En vain on allèguera que nous cédons alors à l’influence toute-puissante de notre caractère. Notre caractère, c’est encore nous ; et parce qu’on s’est plu à scinder la personne en deux parties pour considérer tour à tour, par un effort d’abstraction, le moi qui sent ou pense et le moi qui agit, il y aurait quelque puérilité à conclure que l’un des deux moi pèse sur l’autre. Le même reproche s’adressera à ceux qui demandent si nous sommes libres de modifier notre caractère. Certes, notre caractère se modifie insensiblement tous les jours, et notre liberté en souffrirait, si ces acquisitions nouvelles venaient se greffer sur notre moi et non pas en lui. Mais dès que cette fusion aura lieu, on devra dire que le changement survenu dans notre caractère est bien nôtre, que nous nous le sommes approprié. En un mot, si l’on convient d’appeler libre tout acte qui émane du moi, et du moi seulement, l’acte qui porte la marque de notre personne est véritablement libre, car notre moi seul en revendiquera la paternité.”

Bergson, Essai sur les données immédiates de la conscience.

C'est dans la création de soi que l'homme est libre quand il est à lui-même sa propre cause et qu'il s'engage tout entier dans sa propre expression, comme l'artiste.

soleil-van-gogh

Reste que Bergson n'est pas très clair ici sur ce qu'il entend par un acte "qui émane du moi". Car s'il s'agit vraiment du caractère, alors qu'est-ce donc cette liberté qui me fait dépendre d'une donnée (le caractère) que je n'ai pas choisie?

Ne doit-on pas plutôt chercher la liberté au-delà du moi? Au-delà de tout caractère?

Pour ceux que cela interesse : cours demain lundi à 19h

rens ; josleroy@aol.com