J'ai assisté hier à une réunion à Paris organisée par la revue 3ème millénaire sur le thème de la connaissance de soi et de l'éveil.

3ememillenaire1 Dernier numéro : Crise et Conscience

Je m'y suis rendu venu pour soutenir l'équipe de la revue : Phillipe Muller, Philos, Christophe... Il sont tous bénévoles et éditent 4 fois par an la meilleure revue française consacrée à la spiritualité et à la non-dualité. En plus ce sont mes amis, donc ça méritait bien un déplacement.

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La petite salle était pleine à craquer, ce qui montre l'intérêt des gens aujourd'hui pour l'éveil.

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Philippe Müller

Voici ce que j'ai retenu de cette soirée :

Philippe Muller (le directeur) a d'abord rappelé que la clef de voute de la revue se trouve dans le thème de la connaissance de soi, entendu non dans un sens psychologique mais spirituel. La revue se rattache depuis 25 ans à un courant de conscience (et non de pensée) qu'on peut qualifier de non-dualité.

C'est surtout sur l'enseignement de Gurdjieff et de Krishnamurti que Philippe s'appuie. la connaissance de soi consiste à s'observer soi même afin d'arriver à un stade où il n'y a plus d'observateur dans l'observation. Cet état est paradoxal et nous conduit au-delà des mots qui ne doivent pas nous piéger. Immobilité et mouvement...etc, la non-dualité transcende les paradoxes. Philippe insiste pour rappeler que l'éveil consiste à observer la vérité relative et en même temps la vérité ultime. Cette vision simultanée n'est possible que dans l'éveil.

Je dois dire que j'ai été impressionné par la qualité d'écoute des participants, ainsi que par leur questions et leurs remarques souvent très justes.

Ainsi une dame plutôt agée, a fait remarquer, que pour atteindre cette connaissance du soi il n'y avait rien à faire: Le faire c'est l'enfer, a -t-elle précisé (je reprends la formule à mon compte)

Philippe a précisé que c'était aussi un aspect important de l'enseignement de Gurdjeff; comprendre qu'en effet ultimement il n'y a rien à  faire. mais Philippe a rappelé que de telles intuitions justes n'excluaient pas une "pédagogie de l'éveil" très important pour la revue.

Donc la soirée a été passionnante, d'un haut niveau, mais peut-être trop mentale à mon gout. Pourquoi ne pas avoir proposé une pratique dans la soirée pour sortir des mots justement?  Des participants ont d'ailleurs manifesté leur étonnement devant le mot "observation" qui peut sembler trop mental; on peut lui préférer "attention" ou même "être". Mais Philippe a rajouté que c'est de toute façon dans le non savoir que se trouve la libération. Un enseignement authentique ne donne pas des réponses, mais renvoie les gens à la source de l'interrogation.

Cependant, ce qui ressort de cette soirée et des questions des participants, c'est quand même que l'éveil est plutôt compliqué et difficile. Or je pense moi qu'il est simple et facile !

En tout cas, j'ai pu réaliser l'intérêt de beaucoup de personnes pour l'enseignement de Gurdjieff dont l'influence est encore forte sur la spiritualité.

Et longue vie à la revue 3ème millénaire.

180px_Georges_Gurdjieff Gurdjieff

Voici un extrait d'un livre d'Ouspenski, un disciple proche de Gurdjieff :

"Je suivais un jour la Liteyny dans la direction de la Perspective Nevsky et, en dépit de tous mes efforts, j’étais incapable de maintenir mon attention sur le “rappel de moi-même”. Le bruit, le mouvement, tout me distrayait. A chaque instant, je perdais le fil de mon attention, le retrouvais et le reperdais. Pour finir j’éprouvai envers moi une sorte d’irritation ridicule et je tournai dans une rue à gauche, fermement décidé, cette fois, à me rappeler moi-même au moins pour quelque temps, en tout cas jusqu’à ce que j’ai atteint la rue suivante. […] Je l’atteignis sans avoir cessé de me rappeler moi-même et je commençais déjà à éprouver l’étrange état émotionnel de paix intérieure et de confiance qui suit de grands efforts de cet ordre. […]

Deux heures plus tard, je me réveillai dans la Tavricheskaya, c’est-à-dire fort loin. J’allais en traîneau chez l’imprimeur. La sensation du réveil était extraordinairement vive. Je peux presque dire que je revenais à moi. Je me souvins aussitôt de tout […]

Néanmoins, tandis que j’étais ainsi englouti dans le sommeil, j’avais continué à exécuter des actions cohérentes et opportunes. […] Je parlai de mes observations et réflexions aux camarades de notre groupe, aussi bien qu’à mes amis écrivains et autres.

Je leur disais que c’était le centre de gravité de tout le travail sur soi ; que maintenant le travail sur soi n’était plus un mot, mais un fait réel, plein de signification, grâce auquel la psychologie devenait une science exacte, et en même temps une pratique.

Je disais qu’un fait d’une importance prodigieuse avait échappé à la psychologie occidentale, à savoir : que nous ne nous rappelons pas nous-mêmes, que nous vivons, agissons et raisonnons dans un profond sommeil qui n’a rien de métaphorique, mais qui est absolument réel ; et cependant que nous pouvons nous rappeler nous-mêmes si nous faisons des efforts suffisants – que nous pouvons nous éveiller. " Ouspensky, Fragments d’un enseignement inconnu, Stock, 1949.