William Blake
Au fil de mes lectures ce matin je suis tombé sur cette phrase de Blake:
« Si les portes de la perception s'ouvraient, tout
apparaîtrait tel qu'il est : infini.
Car l'homme s'est enfermé lui-même et voit toutes choses à travers les étroites
fissures de sa caverne. »
Le Mariage du Ciel et de L'Enfer ( 1793)(En français, taduit par Alain Suied paru aux éditions Arfuyen)
“If the
doors of perception were cleansed, evertything would appear to man as it is,
infinite.
For man has closed himself up, till he sees all things thro' narrow chinks of
his cavern.”
Ces deux phrases sont célèbres, bien sûr (voir Huxley et les Doors).
Voici comment je les comprends:
L'homme croit voir le monde à travers deux yeux, deux petites ouvertures étroites, et les choses lui apparaissent dès lors limitées et à distance.
En réalité, nous ne voyons pas le monde à partir de petites ouvertures, deux petites fissures mais à partir de l'espace infini.
Quand on s'éveille à cette vision sans voyant, alors les choses sont unes avec l'infini et deviennent elles-mêmes l'infini.
Et c'est la libération.
Voir un exercice ici: exercice du troisième oeil.
josé le roy
La voie de la Beauté
Vivaldi RV 717, Jaroussky, Spinosi
La musique n'est entendu par personne, mais résonne dans un espace de silence frémissant d'allégresse et de liberté.
J'ai toujours trouvé que la musique baroque exprimait le silence et me le révélait avec tant de grâce...
La philosophie de la non-dualité
Les grandes thèses de la philosophie de la non-dualité me semblent être les suivantes:
-Il y a dans tous les hommes, et tous les êtres vivants, la même essence. Celle-ci portent des noms différents suivant les lieux et les époques :Christ, Atman-Brahman, l'Un, Tao, Nature de Bouddha, Rigpa, Shiva...etc, mais ces différentes appellation renvoient à une même réalité
-Dans son essence véritable, l'individu n'est autre que l'Absolu.
-les expériences de l'absolu sont identiques chez tous les hommes, même si les formes d'expression de cette expérience sont différentes.
-Il n'y a qu'une seule réalité
-les chemins pour reconnaitre cet absolu sont multiples. Aucun ne peut prétendre être la seule voie.
-Ultimement, il n'y a aucune voie : il suffit de prendre conscience que nous sommes déjà l'absolu.
jlr
Cafe éveil à Dijon
Guy va animer un café éveil à Dijon, de manière hebdomadaire et GRATUITE (la vraie spiritualité est gratuite) où il présentera des auteurs comme Douglas Harding, Francis Lucille, etc...
Longue vie à cette aventure non-duelle!
jlr
Les animaux, Narcisse et l'éveil
Dans un précédent message sur Narcisse, j'évoquais l'erreur de Narcisse qui s'identifie à son reflet dans son miroir.
La plupart des animaux, eux, ne commettent pas cette erreur comme le montrent les vidéos ci-dessous, même si certains grands singes et dauphins semblent reconnaitre leur apparence dans la glace.
Un singe
Un chat
Un chien
Mais les grands singes se reconnaissent dans le miroir
Cependant, la conscience chez l'homme après être passée par cette étape d'identification peut ensuite se distinguer de cette apparence et se reconnaitre comme pure conscience. C'est l'éveil.
Les animaux et les petits enfants vivent à partir de leur vraie nature, qui est aussi la nôtre, mais sans le savoir. Ils ne sont pas encore identifiés vraiment à un individu. Ils ne disent ni ne pensent : "moi", "mien".
Les hommes vivent aussi à partir de leur vraie nature mais s'imaginent être un individu. Ils pensent : " moi" "mien" et se vivent comme des entités séparées.
L'éveillé vit également à partir de sa vraie nature ; il reconnait son apparence dans le miroir, mais sait qu'il n'est pas cela. Et il sait aussi que tous les êtres sont lui, car tous vivent à partir de l'espace, et il n'y a aucune différence.
Dans mon livre S'éveiller à la Vacuité, j'écrivais ceci :
"Les quatre étapes de la vie
Notre vraie Nature est donc le « Je Suis », la Première Personne,
et nous nous sommes à tort identifiés à la troisième personne.
L'identification de la Première Personne à la troisième personne est un
processus temporel, qui est en fait inévitable et même nécessaire. Nous avons
tous commencé notre vie en étant Première Personne (le « Je Suis »),
Espace vide, illimité pour accueillir le monde. Les petits enfants ne se
prennent pas pour un individu ; ils ne s'identifient pas à l'image que leur
renvoie le miroir et certainement pas à leur corps ; ils ne prétendent pas que
leur apparence – un petit garçon ou une petite fille – constitue leur essence,
leur vrai moi. C'est seulement à travers un processus temporel que les enfants
finissent par croire aux contes des adultes : tu es ce que tu parais être.
Douglas Harding décrit ce processus en quatre étapes :
– Le nouveau-né, pour lui-même, est une Non-Chose, sans visage, grand ouvert
pour recevoir le monde. Vu de l'extérieur, c'est une chose très petite, mais de
son point de vue, il est sans limite et sans forme. Il est Première Personne,
sans en avoir encore conscience.
– La deuxième étape correspond à l'enfance, étape bénie car l'enfant n'a pas encore
perdu l'accès à sa vraie Nature. Quand il est seul, quand il joue, il est
encore immense et sans forme, Espace infini qui accueille les autres visages et
le monde des couleurs et des formes encore chaotique. Il ne s'est pas identifié
à son apparence dans le miroir (ce petit garçon, cette petite fille); il est
libre du regard des autres mais il commence à prendre conscience, peu à peu,
que pour ses parents, pour ses proches il est un petit garçon ou une petite
fille.
– Puis vient la troisième étape, l'adolescence, dans laquelle l'enfant a oublié
sa vraie Nature pour s'identifier totalement à ce qu'il paraît, vu de quelques
mètres. Douglas décrit ainsi cet enfermement : « Mais à mesure que
l'enfant grandit, cette idée acquise de lui-même-vu-de-l'extérieur en arrive à
obscurcir et finalement à éclipser sa vision naturelle de lui-même
vu-de-l'intérieur. En fait, il rapetisse. Au début, il contenait son monde; à
présent, c'est son monde qui le contient, lui – enfin, le peu qu'il reste de
lui. Lorsqu'il s'agit de décrire ce qu'il est, là où il est, il croit tout le
monde sur parole excepté lui-même, et il n'est plus Première Personne. Les
conséquences sont de plus en plus tristes. Ayant été le Tout, on l'a fait
rétrécir jusqu'à n'être plus que ce petit fragment dérisoire, alors il devient
avide, haineux, craintif, refermé sur lui-même et fatigué. (...) Bref, il est à
côté de lui-même, ex-centrique, étranger à lui-même – alors tout va
mal. »Pour la plupart des gens, la vie, malheureusement, se passe jusqu'à
la mort dans cette troisième étape qui devient à la longue un enfer, une source
de souffrances.
– La quatrième étape correspond à l'éveil qui est la sortie de l'identification
avec ce que nous paraissons être. La conscience se délivre de toutes les
limitations imaginaires et retrouve sa nature d'Espace d'accueil infini.
Douglas écrit: « Totalement non-mystique (au sens populaire du terme),
c'est une expérience précise, radicale, c'est tout-ou-rien, il n'y a pas de
degrés de vision. La libération est instantanée et totale – aussi longtemps que
dure l'expérience. Ensuite commence la partie vraiment astreignante du travail
: vous devez continuer à voir votre Absence/Présence à tous moments et où que
vous soyez, autant que possible, jusqu'à ce que la vision devienne tout à fait
naturelle (...) et constante ».
L'éveil correspond à la quatrième étape de notre vie qui est une redécouverte instantanée de la Première Personne et qui correspond à une libération du regard extérieur que je pose sur moi-même en me voyant du point de vue d'autrui."
José Le Roy
Le Soi aime le foot
Le foot n'est pas ma tasse de thé, ni mon verre de bière, mais vu ainsi, cela devient très interessant...C'est la vacuité, le Soi qui joue au football !
Vous êtes Rien. C'est tout!
Pour faire écho aux peintures bouddhistes précédentes, voici un extrait d'un profond petit livre de Lama Denys:
"UNE EXPÉRIENCE LIBÉRATRICE FONDAMENTALE ET PRIMORDIALE
Vous vivez dans l'illusion et l'apparence des choses. Il
y a une réalité mais vous ne la reconnaissez pas.
Quand vous la réalisez, vous voyez que vous n'êtes rien.
Et n'étant rien, vous êtes tout. C'est tout !
Le processus libérateur dissout les voiles tissés par l'illusion pour que se révèle la présence de la réalité nue. Le déploiement des qualités éveillées et la dissolution des obstacles à l'éveil sont simultanés. Le dharma nomme ce double mouvement le développement-dévoilement.
Les voiles de l'illusion sont comparables à un écran nuageux masquant et déformant la clarté solaire et l'ouverture de l'espace. Au fur et à mesure que les nuages se dissipent, l'ouverture et la clarté du ciel se révèlent dans leur immensité lumineuse. La comparaison met aussi en évidence l'idée qu'il ne s'agit pas de fabriquer un nouvel état, la clarté et l'ouverture étant déjà foncièrement présentes. Le développement-dévoilement représente ainsi une illumination de l'esprit-expérience, appelée naissance à la claire lumière. Dans l'image traditionnelle, la double qualité de la lumière solaire, claire et chaude, correspond par analogie à la clarté de l'intelligence et à la chaleur de la compassion"
Un peu de beauté : le Bouthan
J'ai visité aujourd'hui l'exposition consacré au Bouthan au Musée Guimet à Paris : Arts sacrés du Bouthan
Et vraiment, on y voit des chefs-d'oeuvres, notamment des thangkas exceptionnels de finesse et de beauté.
Bouddha et les 16 arhat, 19 ème siècle
Le miracle de çravasti: la multiplication des images
Manjusri blanc : 18 ème siecle
Tao-Te King
Le Tao-Te King est un texte fascinant en particulier parce qu'il accorde une importance fondamentale au vide. Dans mon livre S'éveiller à la Vacuité, j'avais rappelé que Dürkheim s'était éveillé simplement en écoutant un passage du texte.
Voici comment Dürkheim raconta ce qu'il appelle « la Grande Expérience » :
« Cela se passait dans l'atelier du peintre Will Geiger. Ma future femme, qui était de ses amies, avait ouvert par hasard le Tao Te King. Elle commença à lire le onzième aphorisme:
Trente rayons se rencontrent dans le moyeu,
Mais c'est le vide en lui qui crée la nature de la roue.
Les vases sont faits d'argile.
Mais c'est le vide en eux qui fait la nature du vase.
Et cela survint. En entendant le onzième aphorisme, je fus frappé d'un éclair. Le voile se déchira : j'étais éveillé. J'avais éprouvé cela. Tout le reste était et cependant n'était pas, était de ce monde et en même temps transparent à un autre. Moi-même aussi j'étais et à la fois n'étais pas. J'étais comblé, captivé. De l'autre côté et en même temps tout à fait présent. Heureux et comme vide de sentiments, très loin et pourtant profondément dans les choses. J'avais éprouvé cela, net comme un coup de tonnerre, clair comme un jour de soleil, cela, qui était totalement incompréhensible. La vie continuait, la vie d'avant, et pourtant ce n'était pas la même. »Karlfried Graf Dürkheim, Pratique de l'expérience spirituelle, Ed. du Rocher, 1985, Rééd. Pocket, 1994, p. 35.
Dans un précédant commentaire, quelqu'un demande comment comprendre ce passage :
XLVIII
Celui qui s'adonne
à l'étude
Augmente de jour en jour.
Celui qui se consacre au
Tao
Diminue de jour en jour.
Diminue et diminue encore
Pour
arriver à ne plus agir.
Par le non-agir
Il n'y a rien qui se
fasse.
C'est par le non-faire
que l'on gagne
l'univers
Celui qui veut faire
ne peut gagner l'univers
Lao
TSEU . le tao-to king
D'excellentes remarques ont été déjà faites par Greg, Vincent ou Duc.
S'éveiller consiste à voir la vacuité, c'est-à-dire à disparaître, à diminuer, à n'être rien et moins que rien. « Diminuer et diminuer encore » : encore et encore revenir à la vacuité. Celui qui s'adonne à l'étude enfle son ego, enfle sa mémoire, enfle ses opinions et s'éloigne de la simplicité du vide (ou en tout cas risque de le faire).
Dans l'espace de l'ouverture, on trouve l'immobilité, le stable, le rien faire; mais ce rien est dynamique, créatif car l'univers surgit du vide et y retourne. Dans l'espace, le monde apparaît. Dans la vacuité, on perd son moi mais on gagne un monde.
Ce passage me rappelle un texte des Evangiles qu'on trouve dans Luc, Mathieu et Jean
« Car celui qui voudra sauver sa vie la perdra, mais celui qui la perdra à cause de moi la sauvera. »
Diminuer, perdre sa vie, disparaître dans la vacuité : c'est gagner sa vie, gagner le monde. C'est perdre le moi et gagner le Tao, ou le Royaume.
vive la Vacance
la Grande Vacance est toujours ouverte, ici, au-dessus des épaules.
Un enfant pour nous est petit, mais pour lui-même il est vaste comme l'espace.
Rester centré dans la vacuité est un bonheur
Je me repose dans la vacuité et je disparais
Plage de Batz, près de La Baule, la semaine dernière











