En 2009, Catherine Harding était venu faire un stage à Paris.

J'avais enregistré son introduction dont voici un extrait.

Catherine Harding a commencé la séance en faisant référence à un conte : le prince qui est transformé en grenouille et cherche à redevenir prince.

jlr

"Catherine Harding : Le but de l’atelier c'est de nous faire redécouvrir notre véritable identité, ce que nous sommes en réalité. Tous nos exercices visent à cela. En fait,  nous avons deux identités : une identité pour les autres, une identité publique comme disait Douglas Harding, une identité publique, c’est-à-dire une petite personne que voient les autres, qui est la grenouille, avec un corps humain, une tête qui fonctionne comme les autres ; ça c’est la grenouille. Mais nous avons une identité privée, intime, qui est ce que nous sommes pour nous-mêmes à zéro centimètre de nous mêmes qui est le Prince.

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Fermez les yeux et dites-moi si vous avez la moindre forme sur l’évidence de l’instant présent. Est-ce qu’il y a un point où vous vous arrêtez dans l’espace ? Y a-t-il une interface entre vous et le monde ? Ou bien pour vous mêmes, n’êtes-vous pas absolument infini ? Le Prince ou la Princesse sans limite, grand ouvert.

Ouvrez les yeux. Est-ce qu’il y a une raison pour que cela change ? N’êtes-vous pas toujours au centre de vous-mêmes à partir de votre centre l’espace grand ouvert pour les autres, pour le monde. Cette conscience infinie, cet espace conscient, infini, sans limite d’accueil pour tout ce qui s’y produit  à chaque instant, votre nature de Prince ou de Princesse, immense, claire, consciente. Rien à voir avec cette petite personne, qui est précieuse ; la petite grenouille est très précieuse. Elle est pour les autres, elle est pour nous pour fonctionner, c’est elle qui va et vient dans ce monde manifesté.

Mais sans le Prince ou la Princesse, elle n’existe pas. Donc tout ce que nous avons à faire, c’est sans cesse, sans cesse revenir à zéro centimètre de distance de nous-mêmes pour voir qu’ici il n’y a qu’un espace d’accueil pour le monde et pour notre petite grenouille, pour toutes les grenouilles y compris la nôtre. Et toutes ces manifestations, elles existent pour être aimées. Car dès qu’on rentre ici, au centre de soi-même, on trouve l’amour.

Faites le tout le temps, revenez  au contact de cette source qui est en chacun de nous, la seule vraie lumière qui illumine le monde. Vous ne trouverez nulle part ailleurs cette conscience. Vous pouvez soulever tous les cailloux que vous voulez, vous ne trouverez pas la conscience, vous ne la trouverez qu’ici.

C’est tout ce que nous avons à faire : rentrer ici, dans la conscience infinie qui n’est que lumière et source de lumières. Si le mot « lumière » vous dérange parce qu’il est déjà une image, utilisez le mot conscience ou transparence, accueil infini. Et j’ajouterai source de l’amour, car l’amour jaillit de cette source. Les grenouilles n’ont qu’à savourer l’amour qui jaillit du cœur de la Princesse ou du Prince.

Serge Durand : Princesse vient du latin Princeps, qui veut dire Principe. Ici au centre nous trouvons le Principe.

Catherine : Bien sûr le Prince ou la Princesse tranformé en grenouille ce n’est qu’une histoire, mais amusante je trouve. Il ne faut jamais oublier que « amour » et « humour » riment. Douglas disait Dieu n’est pas sérieux, seul le diable est solennel. Alors c’est pour cela que j’aime bien cette histoire.

José Le Roy : Les grenouilles sautent. Nous aussi nous faisons un saut dans la mare de la vacuité. Dans la grande mare. C’est instantané. Hop ! C’est pas long comme chemin, un saut. Dans un texte zen on dit, « Le saut dans l’au-delà fait entrer directement dans l’état de Bouddha »(Le shodoka de Yoka Daïshi commenté par Deshimaru.)"

 

Et il y a aussi ce poème de Bassho :

Vieille mare :

 grenouille plonge

 bruit de l'eau

 

Bashô

 Et celui-ci d'Emilie Dickinson

"Je ne suis personne! Qui êtes-vous?
Vous n'êtes personne?
Alors nous ferons la paire - chut, ne le répétez Pas!
Ils nous banniraient, savez-vous.

Etre quelqu'un, quelle tristesse!
Avoir un statut public, comme une grenouille,
Et livrer son nom tous les jours de sa vie
A l'admiration d'un marais!"

Emily Dickinson.