31 octobre 2009
Attention et tension
L'attention à notre vraie nature, à la vacuité n'est pas une tension. Ce n'est pas une concentration, un effort de l"ego; c'est plutôt une détente dans l'espace.
Voici un extrait de mon livre "S'éveiller à la vacuité" où j'essaye d'en rendre compte:
"La vision libre du sujet
et de l'objet
Pour s'éveiller à la connaissance de soi, il faut en effet opérer un certain geste intérieur qui est tout simplement un désintéressement du monde. Ce désintéressement, je l'entends au sens kantien du terme, c'est-à-dire comme une sortie de l'emprise du moi sur la perception. Il faut libérer le regard du couple sujet/objet pour apprendre à nouveau à voir le monde et les objets sans projeter sur eux des désirs, des attentes, des peurs, des concepts.
Il faut que la conscience se débarrasse de ces couches conceptuelles et affectives comme on enlève de la buée sur des lunettes pour qu'elle puisse enfin être attentive à l'acte même d'être attentif, à l'expérience d'être conscient. Il s'agit de voir la vision, d'écouter l'écoute, ou mieux d'être la vision, d'être l'écoute et non plus un individu qui voit ou qui écoute. Maharaj parle de cette vision :
« Quand un objet est vu comme un objet, cela présuppose un sujet différent de l'objet. Dans la perception d'un être libéré, il n'y a ni sujet qui voit, ni objet qui est vu ; il n’y a que la "vision", le voir. En d'autres termes, la perception d'un être libéré est antérieure à toute interprétation des facultés sensorielles. (...) En bref, la vision de l’être libéré est vision totale, ou vision intégrée, ou vision intuitive, vision exempte de tout caractère objectif – et cela, c'est être libre de l'attachement. C'est cela que signifie ma phrase : "Je vois, mais je ne vois pas." »
Ce geste de la conscience, qui vide la perception du sujet et de l'objet, permet de retrouver ce regard neuf qui n'est pas un « regard prédateur » toujours prêt à saisir le réel dans les filets des concepts et des émotions individuelles. La perception est enfin libre de toutes interprétations subjectives et égotiques, sans but, sans intention.
Dans
ce regard, les choses n'existent plus au service de l'ego mais sont présentes
gratuitement; elles vivent uniquement pour elles-mêmes. Ainsi par exemple, la
rue n'est plus simplement vécue comme « une rue que je dois traverser pour
aller à mon travail », rue que rien ne distingue des milliers d'autres déjà
empruntées et des milliers de rues à traverser encore dans le futur. La rue
est, dans ce regard, non plus distraitement regardée à partir des soucis de la
forme-mentale égotique, mais enfin vue dans la transparence de la Vision, à partir de la
conscience vide, nue, sans but et sans pourquoi. La rue apparaît comme le
surgissement d'un être singulier, comme un événement unique explosant dans des
formes, des couleurs, des mouvements comme La Rue. Stephen Jourdain décrit magnifiquement ce
regard :
« Ça ne vous est jamais arrivé, de vous promener dans une rue, et puis tout à coup, ce n'est plus dans une rue que vous êtes, c'est dans La Rue, tout vous arrive précédé de l'article défini, et se met comme à briller, et un extra-ordinaire bonheur fondant et bourdonnant est là, avec l'impression qu'il y a des siècles que vous vivez cette seconde, qui durera toujours? »
Apprendre à
vivre cette attention globale, c'est libérer le regard de toute volonté de
propriété, de tout désir, de tout souci, de tout besoin; c'est vider le regard
de l'individu pour que la
Vision magique puisse apparaître comme un lever de soleil.
L'attention désintéressée est une percée dans un monde nouveau et frais
n'appartenant à personne, et qui se tient là immobile, gratuite, donné,
comme la simple présence de l'Être. Il faut accepter de mourir en tant que spectateur
individuel pour retrouver un spectacle dépourvu de spectateur. Le regard doit
se vider; il doit se creuser pour révéler son absolue vacuité, sa totale
liberté, son infinie impersonnalité. Personne ne regarde le monde et le monde
n'est pas regardé ; il n'y a plus de voyant et de vu, plus de sujet et plus
d'objet mais juste une vision, juste un étonnement, juste un silence et une
allégresse.
Les
meilleurs artistes, d'ailleurs, connaissent cette Vision qui est la source de
leur art où ils puisent la vérité et la beauté de leur inspiration. Giacometti
par exemple écrit :
«
Ce jour-là, je me souviens très exactement, en sortant boulevard Montparnasse,
d'avoir regardé le boulevard comme
je ne l'avais jamais vu. Tout était autre, et la profondeur et les objets, et
les couleurs, et le silence (...). Tout me semblait autre et tout à fait
nouveau (...). C'était, si vous voulez, une espèce d'émerveillement continuel
de n'importe quoi. (...) Ce jour-là la réalité s'est revalorisée pour moi, du
tout au tout : elle devenait l'inconnu, mais en même temps un inconnu
merveilleux. »

Il
est impossible, pour celui qui n'expérimente pas ce regard, de comprendre ou
d'imaginer ce dont il est question ici à savoir que le regard peut être vide de tout sujet;
car le moi pense, qu'avec ce regard, il verra, lui, le moi, les choses
différemment alors qu'en réalité le moi va disparaître dans la Vision où le spectacle se
donnera sans spectateur. Voici un autre témoignage contemporain d'une
telle révélation :
«
Un dimanche d'automne à la campagne. Quelques
amis sont venus passer le week-end et, le repas terminé, certains se préparent
à faire une promenade dans le bois, d'autres à passer l'après-midi à bavarder
devant le feu de cheminée. Je suis dans la cuisine pour effectuer quelques
rangements avant de les rejoindre lorsque, soudain, je prends conscience que
quelque chose est changé, différent. Tout est net, clair, limpide, immédiat,
comme si un voile avait été enlevé, comme si une vitre avait disparu. Je n'ai
plus l'impression de regarder autour de moi, le centre du regard a disparu,
"je" ne suis plus dans le regard.
Les
autres, le monde qui m'entoure, le personnage que je suis participent d'une
même vie, d'une même substance, sans séparation, sans rupture, dans un même mouvement
fluide et harmonieux. Les gestes coutumiers se déroulent d'eux-mêmes, simples,
faciles, portés par un silence intérieur intensément présent. Silence-amour
infini qui émane de sa propre Nature, irradie de lui-même et de toute chose.
L'apparence
du monde n'a pas changé, mais le monde vit autrement, habité par ce silence et
cet amour qui sont le coeur de toute chose et de toute vie. Le personnage (que
je suis) n'a pas changé, mais "je" n'est plus dans le personnage,
remplacé par ce silence et cet amour infini qui rayonne et chante à l'infini. »
Ce
récit de la révélation du regard montre très bien que « le centre du regard a
disparu », que « je ne suis plus dans le regard ». C'est en effet exactement la
structure réelle de l'attention éveillée qui n'est l'attention de personne mais
attention pure, Conscience impersonnelle, Vacuité immense, Espace transparent.
Cette
Vision dégage la perception de tout concept. Certes le concept ne disparaît
pas, mais il passe à l'arrière-plan de la perception, libérant du
même coup les sensations. L'impression est tout à fait semblable, comme nous
l'avons dit plus haut, à celle de l'enlèvement d'un voile gris et sale de
devant le regard. Le Regard du Soi est un Regard sans préhension car dépourvu
d'observateur. L'attention devient sans but, sans volonté de saisir quoi que ce
soit d'autre qu'elle-même. Cette attention de la Vision à elle-même est plus
un laisser-être qu'un faire. Il n'y a pas à créer cette Vision ; il suffit de
constater qu'elle est déjà là, précédant toujours toute conscience de l'ego.
D'une certaine façon il s'agit donc de retrouver une innocence non conceptuelle.
Alors le monde et le Vide s'unissent dans une Vision d'une incroyable et
saisissante beauté.
Cette
attention que j'ai appelée désintéressée, c'est-à-dire libre de l'emprise du
sujet et de l'objet, est en même temps et paradoxalement l'occasion d'un
intérêt nouveau et intense pour le monde et les objets qui apparaissent avec un
éclat et une précision bouleversants.
Le
regard sans spectateur est la clef qui ouvre cet Espace vide où l'intérieur et
l'extérieur s'épousent dans une noce d'allégresse. Il faut apprendre à «
regarder sans regarder » pour que cette Vision dévoile le vrai moi, le noumène
au delà des phénomènes. L'attention demande donc un apprentissage ; elle
accompagne le cheminement intellectuel vers le vrai de soi-même.
L'attention doit donc
savoir s'abandonner à l'instant présent, mais, en même temps, elle doit rester
alerte, éveillée, vive, curieuse de l'Être qui se donne à elle. L'attention est
une invitation à jouir de l'Être, des formes, des couleurs, des sons, des
odeurs, du mouvement mais sans saisie conceptuelle."
30 octobre 2009
L'attention au Soi
Le Soi est évident et pourtant peu de gens le voient et en sont pleinement conscients. Il y a là comme un paradoxe.
Comment peut-on ne pas voir le Soi si largement et si parfaitement clair? Comment peut-on être aveugle à ce qui regarde en nous?
C'est que notre attention est focalisée sur les objets du monde et néglige la source du regard. Ainsi l'attraction des objets nous retient dans les choses et le monde. Il faut réussir à inverser la flèche de l'attention pour la ramener à sa source.
J'ai déjà évoqué l'attention dans d'autres messages : ici et là ou encore là
Voici une vidéo (que peut-être vous ne connaissez pas encore) qui montre assez bien qu'il n'est pas si facile d'être attentif.
Dans la vidéo, vous devez compter le nombre de passes que se font les joueurs de l'équipe blanche.
Dans ce petit film, il s'agit d'une attention au monde ; mais on voit bien là qu'il n'est pas si aisé de voir ce qui nous est donné à voir.
Exercice d'attention: mettez vous devant un miroir et comptez le nombre de visages que vous voyez dans l'instant présent.
Un ou bien deux?
Si vous comptez deux, vous n'êtes pas attentif.
Si vous comptez un et seulement un -celui qui apparait dans le miroir- alors vous voyez qu'au-dessus de vos épaules il n'y a rien. Voilà l'attention juste. Voilà l'attention à la Source.
josé le roy
28 octobre 2009
Le rien 2
Je suis amoureux du rien, de la vacuité que je découvre en moi.
Le rien me libère quand je m'identifie à une pensée, à une mémoire, à une émotion, à un corps. Grâce à ce Rien, je ne suis jamais prisonnier dans une chose ; je m'éveille à la non-chose.
Le rien me permet d'être toutes choses, car si je suis quelque chose, je ne suis que cette chose. En étant rien, je deviens tout.
Le rien me repose car en lui je trouve le centre immobile. Dans les pensées et les émotions, dans les choses et les êtres, je deviens excentré et agité. Ici, dans le rien, je deviens le Pôle autour duquel le monde tourne et danse.
Le rien m'étonne car en disparaissant en lui, je m'éveille à ma vraie nature spatiale.
Le rien me divinise car ce rien est la source lumineuse de tout.
C'est ce Rien que je trouve quand je vois la vacuité au-dessus de mes épaules.
C'est dans ce désert que je me trouve en me perdant.
Ô adorable rien, source et mystère.
josé le roy
Voici quelques citations de Maitre Eckhart, un autre amoureux de la vacuité :
« Si tu pouvais t’anéantir toi-même, ne fût-ce qu’un instant ou même moins qu’un instant, alors tout ce que cela est en soi-même t’appartiendrait en propre » Maitre Eckhart, Sermon 38
« Il y a quelque chose dans l’âme qui dépasse l’essence créée de l’âme, quelque chose que rien de créé ne touche, quelque chose qui n’est rien » Maitre Eckhart, Sermon 38
"Si l'âme entre alors dans la Lumière sans mélange, elle est transportée en son Rien, et dans ce Rien, elle est tellement loin de son moi créé que sa puissance propre ne suffit plus à la ramener à son moi créé. Mais alors Dieu, lui qui n'est pas créé, saisit le rien de l'âme et accueille cette âme en lui-même. " p. 120. Maître Eckhart, Traités et sermons, éditions d'aujourd'hui, Paris, 1943, traduits de l'allemand par F.A. et J.M. avec une introduction de Candillac, 270 pages.
« Paul ouvrant les yeux vit rien, et ce rien, ce néant était Dieu » Eckhart, Sermon 71
27 octobre 2009
Les mystères de Jésus
Je viens de lire un livre passionnant sur les origines du christianisme. Les auteurs soutiennent la thèse que Jésus n'est pas un personnage historique, mais un mythe païen ancien adapté par les juifs, mythe déjà présent en Grèce, en Egypte et ailleurs, le mythe de l'Homme Dieu. Selon les auteurs(Timothy Freke et Peter Gandy), les premiers chrétiens étaient des gnostiques, des mystiques, des pneumatiques qui cherchaient à nous faire expérimenter l'union mystique avec le Christ intérieur. Par la suite à partir du IVème siècle, le christianisme devint une religion alors qu'il avait commencé par être une spiritualité.
Les auteurs appellent à une rédécouverte de la signification mystique et gnostique des Mystères de Jésus : une résurrection spirituelle qui a lieu maintenant pour celui qui s'éveille à sa vraie nature.
Je ne sais pas si tout ce que contient ce livre, apparemment bien documenté et bien informé est exact, mais j'ai trouvé sa lecture vraiment enrichissante.
jlr
Les Mystères de Jésus, Ed. Aléthéia, 2007.
Voici un extrait du livre, le chapitre 1:
"LES MYSTERES DE JESUS
Jésus est-il un dieu païen ?
Par Timothy FREKE et Peter GANDY
Ce livre est dédié au Christ en vous
Chapitre 1
UNE IDEE IMPENSABLE
« Jésus dit : Je dis mes mystères à ceux qui en sont dignes. »
Sur le site du Vatican actuel se dressait jadis un temple païen(Dans cet ouvrage, le terme de païen désigne les prétendus «
polythéistes » des régions méditerranéennes aux premiers siècles de
notre ère et siècles antérieurs, comme l’Egypte, la Grèce, l’Empire
romain, le Moyen-Orient, par opposition au peuple juif et aux chrétiens
strictement fidèles à l’Eglise romaine dite catholique (NDT)).
. Les prêtres y pratiquaient des cérémonies si déroutantes pour les premiers chrétiens qu’ils s’efforcèrent d’effacer toute preuve de leur existence. Qu’étaient-ce que ces rites choquants ? Sacrifices horribles ou orgies obscènes ? C’est ce qu’on nous a fait croire, or la vérité est bien étrangère à ces fictions.
Là où, aujourd’hui, les croyants rassemblés vénèrent Jésus Christ, leur Seigneur, les anciens adoraient un « homme-dieu » qui, de même que Jésus, était né miraculeusement le 25 décembre devant trois bergers. Dans cet antique sanctuaire, des congrégations païennes rendaient gloire à un sauveur païen dont on disait qu’il était monté au ciel, comme Jésus, et d’avoir promis de revenir à la fin des temps pour juger les vivants et les morts. Là même où le Pape dit la messe catholique, les prêtres païens célébraient un repas symbolique de pain et de vin en mémoire de leur sauveur qui, tout comme Jésus, avait déclaré : « Celui qui ne mangera pas de mon corps et ne boira pas de sang afin de s’unir à moi et moi à lui, ne sera pas sauvé. »
Quand nous avons commencé à découvrir des ressemblances extraordinaires entre l’histoire de Jésus et les mythes païens nous en avons été stupéfaits, élevés que nous avons été dans une civilisation qui dépeint le christianisme et le paganisme comme totalement antagonistes. Comment alors expliquer des ressemblances si étonnantes ? Très intrigués, nous avons commencé notre recherche ; or plus nous cherchions, plus nous trouvions de concordances. Pour rendre compte des multiples témoignages découverts nous avons été obligés de revoir complètement nos vues sur la relation entre christianisme et paganisme, de mettre en question des croyances qu’auparavant nous regardions comme incontestables, et d’imaginer des faits qui avaient semblés jusqu’alors impossibles. Des lecteurs trouveront nos conclusions choquantes, ou hérétiques, mais, pour nous, elles permettent, le plus simplement et clairement possible, de confirmer les preuves amassées.
Nous sommes dès lors convaincus que l’histoire de Jésus n’est pas la biographie d’un Messie historique, mais un mythe fondé sur des légendes païennes immémoriales. Le christianisme n’est pas une révélation nouvelle et unique, mais, en fait, une adaptation juive des anciens Mystères païens. C’est ce que nous appelons « La Thèse des Mystères de Jésus ». Elle pourrait paraître un peu trop alambiquée, comme elle nous a semblé au premier abord. Mais après les nombreux non-sens vides de toute substance qui ont été énoncés sur le « vrai » Jésus, toute théorie révolutionnaire doit être envisagée avec une bonne dose de scepticisme. Quoique celle proposée ici paraisse extraordinaire, ce livre est dépourvu de toutes fantaisies ou spéculations sensationnelles. Il est entièrement fondé sur les sources historiques disponibles et les toutes dernières recherches des spécialistes. Nous espérons l’avoir rendu accessible au grand public, mais nous y avons aussi inclus de nombreuses notes en référence aux sources, et de nombreux détails pour ceux qui désireraient vérifier nos arguments de façon plus complète.
Bien que les idées présentées paraissent encore aujourd’hui radicales et provocatrices, beaucoup sont en réalité loin d’être nouvelles. Dès la Renaissance, les mystiques et les érudits ont situé les origines du christianisme dans l’ancienne religion de l’Egypte. Au tournant du XIX siècle, des savants visionnaires ont fait des conjectures comparables aux nôtres. Plus récemment des universitaires ont signalé régulièrement des possibilités comme celles que nous avons considérées. Cependant, peu ont osé poser courageusement des conclusions aussi évidentes que les nôtres. Pourquoi ? Parce que le sujet est « tabou ».
Depuis deux mille ans, l’Occident est dominée par l’idée que le christianisme est unique et sacré, tandis que le paganisme est primitif et l’oeuvre du diable. Considérer qu’ils pourraient appartenir à la même tradition est simplement impensable. C’est pourquoi, bien que les véritables origines du christianisme aient toujours été évidentes, peu ont eu la capacité de les voir, car, pour ce faire, il faut briser radicalement avec le conditionnement imposé par notre civilisation. Notre contribution est d’avoir osé penser l’impensable et de présenter nos conclusions dans un livre accessible à tous plutôt que sous forme sèchement académique. Ce n’est certainement pas là notre dernier mot sur un sujet si complexe. Nous espérons, cependant, que c’est un appel important à revoir complètement les sources du christianisme.
LES MYSTERES PAIENS
Dans les tragédies grecques, le choeur dévoile les faits présentés par les protagonistes avant même que commence la pièce. Parfois, il est plus facile de comprendre un voyage si l’on en connaît d’avance la destination et l’itinéraire. Avant de plonger plus avant dans les détails, nous aimerions donc retracer le processus de notre découverte et donner ainsi un bref aperçu de notre ouvrage.
Depuis toujours nous étions obsédés par le mysticisme (Dans cet ouvrage, le terme de mysticisme fait plus allusion au mystère qu’à la mystique et au mysticisme proprement dits (NDT)=, ce qui nous conduisit à explorer la spiritualité du monde antique. La compréhension ordinaire, c’est inévitable, demeure loin derrière l’extrême pointe des recherches savantes et, comme beaucoup de gens, nous avions des vues inexactes et vieux jeu sur le paganisme. On nous avait fait croire qu’il s’agissait de toutes sortes de superstitions primitives avec adoration d’idoles et sacrifices sanglants ; ou bien de philosophes rébarbatifs drapés dans des toges blanches et trébuchant aveuglément sur ce qu’on appelle de nos jours la « science ». Certains mythes grecs, qui décrivaient la nature partisane et capricieuse des dieux et déesse de l’Olympe nous étaient familiers, mais, dans l’ensemble, le paganisme nous semblait primitif et fondamentalement étranger. Néanmoins, beaucoup d’années d’étude transformèrent nos conceptions.
La spiritualité païenne, en fait, se trouvait être le produit d’une civilisation hautement développée. Les religions d’Etat, comme celle des dieux olympiens de Grèce, n’étaient pas, de loin, que pompes et cérémonies. La spiritualité populaire.
réelle s’exprimait à travers les « religions mystiques et vibrantes des Mystères ». Au début, mouvements hérétiques et secrets, ces Mystères se répandirent et s’épanouirent dans toutes les antiques régions méditerranéennes, inspirant les plus grands esprits du monde païen qui se considéraient comme la vraie source de la civilisation.
La tradition comprenait des Mystères exotériques extérieurs, consistant en mythes connus du peuple et en rituels accessibles à ceux qui étaient désireux d’y assister. Il y avait aussi des Mystères intérieurs ésotériques sacrés, connus seulement de ceux qui avaient suivi un puissant processus d’initiation. Les initiés à ces Mystères intérieurs obtenaient la connaissance du sens mystique des rituels et des mythes des Mystères extérieurs, révélée au long d’un processus entraînant transformation personnelle et illumination spirituelle.
Les philosophes du monde antique étaient les maîtres spirituels des Mystères intérieurs. C’était des mystiques et des faiseurs de miracles plus comparables aux gourous indous qu’à des académiciens poussiéreux. On se souvient aujourd’hui du grand philosophe grec Pythagore, par exemple, grâce à son théorème de mathématique, mais bien peu de gens imaginent ce qu’il était vraiment : un sage plein de lumière, capable, croyait-on, d’apaiser miraculeusement le vent ou de ressusciter les morts.
Au coeur des Mystères, il y avait ce mythe d’un homme-dieu mourant et ressuscitant connu sous différents noms. En Egypte, c’était Osiris, en Grèce Dionysos, en Asie Mineure Attis, en Syrie Adonis, en Italie Bacchus, en Perse Mithra. Tous, fondamentalement, personnifiaient la même entité mythique. Comme depuis le IIIe siècle avant notre ère, nous employons ici le nom composé Osiris-Dionysos quand nous le désignons par sa nature universelle composite, et ses noms particuliers quand nous faisons référence à tel ou tel Mystère.
Dès le Vème siècle avant notre ère, des philosophes comme Xénophane et Empédocle ridiculisaient le fait de prendre les histoires des dieux et déesses au pied de la lettre. Ils les considéraient comme des allégories touchant des expériences spirituelles. On ne devait pas voir dans le mythe d’Osiris-Dionysos une suite de récits passionnants mais des symboles codés des enseignements mystiques des Mystères intérieurs. C’était la raison pour laquelle, bien que les détails en fussent adaptés à différentes cultures, ce mythe était resté essentiellement le même.
Les divers mythes relatifs aux différents hommes-dieux des Mystères présentent, selon le grand mythologue Joseph Campbell, ce qu’il appelle « la même anatomie ». Tout comme chaque être humain est physiquement unique, il est néanmoins possible de parler d’une anatomie générale du corps humain ; de même est-il possible de percevoir à la fois les particularités et les ressemblances des mythes. On peut faire la comparaison, par exemple, entre Romeo et Juliette de Shakespeare et West Side Story de Bernstein. Il s’agit, d’un côté, d’une tragédie anglaise du XVIe siècle touchant deux riches familles italiennes, de l’autre, d’une comédie musicale américaine du XXe siècle relative à des bandes opérant dans les rues. Ces deux pièces paraissent différentes à première vue, mais c’est essentiellement la même histoire. Pareillement, les récits relatifs aux hommes-dieux des Mystères païens sont absolument les mêmes, tout dissemblables qu’ils soient par la forme.
Plus nous faisions donc l’étude des différentes versions du mythe d’Osiris-Dionysos, plus il nous devenait évident que l’histoire de Jésus présentait toutes les caractéristiques de ce récit millénaire. Episode après épisode, nous découvrions la possibilité de reconstituer la prétendue biographie de Jésus à partir d’éléments mythiques appartenant antérieurement à l’histoire d’Osiris-Dionysos.
• Osiris-Dionysos est Dieu fait chair, le sauveur et le « Fils de Dieu »
• Son père est Dieu et sa mère une vierge mortelle.
• Il est né dans une grotte ou une humble étable le 25 décembre devant trois bergers.
• Il donne à ses fidèles l’opportunité de renaître au moyen du baptême.
• Il tourne miraculeusement l’eau en vin à une cérémonie de mariage.
• Il entre triomphalement dans une ville, monté sur un âne, tandis que le peuple agite des feuilles de palme pour l’honorer.
• Il meurt à Pâques en sacrifice pour les péchés du monde.
• Après sa mort, il descend aux enfers puis le troisième jour il ressuscite des morts et monte au ciel plein de gloire.
• Ses fidèles attendent son retour en tant que juge au Jugement dernier.
• Sa mort et sa résurrection sont célébrées au cours d’un repas rituel par du pain et du vin, symboles de son corps et de son sang.
Tels sont quelques détails semblables aux récits concernant Osiris-Dionysos et Jésus. Mais pourquoi ces similitudes frappantes sont-elles généralement ignorées ? Parce que, dès le début, l’Eglise romaine, nous l’avons découvert ensuite, fit tout ce qu’elle put pour nous les cacher. Elle détruisit systématiquement la littérature païenne sacrée selon un programme d’éradication brutale des Mystères, tâche qu’elle accomplit si complètement qu’aujourd’hui le paganisme est considéré comme une religion « morte ».
Chose surprenante pour nous maintenant : les écrivains des tous premiers siècles de notre ère considéraient ces similitudes comme parfaitement évidentes. Les critiques païens du christianisme comme le satiriste Celsus déplorait que le christianisme, cette nouvelle et récente religion, n’était rien de plus qu’un pâle reflet des antiques enseignements. Les premiers « Pères de l’Eglise » comme Justin le martyr, Tertullien et Irénée en furent évidemment troublés et proclamèrent désespérément que ces ressemblances étaient le résultat d’une « imitation diabolique ». Se servant d’un des plus absurdes arguments jamais avancés, ils accusèrent le diable de « plagiat par anticipation », ou de copie trompeuse anticipée pour induire les croyants en erreur ! Nous avons été frappés du fait que ces Pères de l’Eglise furent non moins trompeurs que le diable qu’ils espéraient incriminer.
D’autres commentateurs chrétiens ont maintenu que les mythes des Mystères étaient autant d’ « échos avant-coureurs » de la venue littérale de Jésus, quelque chose comme des prémonitions ou des prophéties. C’est une version plus généreuse que la théorie de l’imitation diabolique, mais elle ne nous en semble pas moins ridicule. Rien d’autre qu’un préjugé culturel nous fait percevoir Jésus dominant littéralement ses multiples précurseurs mythiques. Vue en dehors de toute partialité, son histoire n’apparaît que comme une autre version de la même histoire fondamentale.
L’explication qui saute aux yeux c’est que le christianisme des débuts devint le pouvoir dominant dans le monde païen et que les épisodes de la mythologie païenne furent greffés sur la biographie de Jésus, possibilité qu’avancèrent nombre de théologiens chrétiens eux-mêmes. La naissance virginale, par exemple, est souvent regardée comme une addition postérieure qu’il ne faut pas prendre littéralement. De tels détails ont été « empruntés » au paganisme, de la même manière que les jours des fêtes païennes furent adoptés par les chrétiens pour célébrer leurs « saints ». Cette théorie est commune parmi ceux qui recherchent l’« authenticité » de Jésus cachée sous l’accumulation des vestiges mythologiques.
Aussi attractive qu’elle apparaisse tout d’abord, cette explication ne nous a pas semblé adéquate. Nous avions collationné un nombre tellement significatif de similitudes qu’il ne restait presque aucun élément de la biographie de Jésus que nous ne retrouvions pas préfiguré dans les Mystères païens. Pour couronner le tout, nous découvrîmes que l’enseignement de Jésus lui-même, loin d’être original, était déjà celui des sages païens ! S’il y avait un « réel » Jésus sous-jacent à tout cela, nous devions reconnaître que nous étions dans l’incapacité absolue de le découvrir, car tout ce qui nous avions recueilli n’était qu’une accumulation de matériaux païens. Cette théorie semblait absurde. Il y avait certainement une solution plus élégante à cette énigme.
LES GNOSTIQUES
Tandis que nous cherchions à comprendre les faits que nous avions découverts, nous avons commencé à remettre en question l’image reçue de la primitive Eglise et à scruter nous-mêmes les témoignages. Nous avons alors découvert que, loin d’être une congrégation unie de saints et martyrs à laquelle l’histoire nous à fait croire, la première communauté chrétienne comprenait en réalité tout un spectre de groupes divers, qu’on pouvait classé en deux écoles. D’un côté, il y avait ceux que nous appellerons « littéralistes » parce que ce qui les caractérise est de prendre à la lettre l’histoire de Jésus pour une relation d’événements historiques. C’est cette école qu’adopta pour christianisme l’Empire romain au IVème siècle de notre ère, ce qui devint le Catholicisme romain et ce qui s’en suivit. D’un autre côté, il y eut aussi des chrétiens radicalement différents connus comme les Gnostiques.
Ces chrétiens oubliés furent ensuite exterminés par l’Eglise romaine littéraliste à telle point que, jusqu’à une date récente, nous ne connaissions presque rien d’eux excepté par les écrits de leurs détracteurs. Seul quelques textes gnostiques originaux avaient survécu dont nul ne fut publié avant le XIXe siècle. Mais la situation changea de façon spectaculaire avec une découverte remarquable quand, en 1945, un paysan arabe tomba sur une bibliothèque entière d’évangiles gnostiques cachée dans une grotte près de Nag Hammadi en Egypte. Les érudits eurent alors accès à de nombreux écrits qui circulaient au tout début du christianisme mais avaient été délibérément exclus du canon du Nouveau Testament : évangiles attribués à Thomas et à Philippe, Actes de Pierre et des douze Disciples, apocalypses attribués à Paul et à Jacques, etc.
Il nous semble extraordinaire que si peu de fidèles actuels de Jésus connaissent l’existence de cette découverte d’une bibliothèque entière du christianisme primitif contenant des enseignements du Christ et de ses disciples. Pourquoi tous les chrétiens ne se sont-ils pas précipités pour lire les paroles du Maître retrouvées récemment ? Pourquoi en restent-ils aux évangiles choisis pour être inclus dans le Nouveau Testament ? Il semble que depuis 2000 ans qu’a eu lieu la purge des gnostiques et que le Protestantisme ainsi que des milliers d’autres groupes se sont séparés de l’Eglise romaine, les gnostiques ne sont toujours pas considérés comme faisant légitimement partie de la chrétienté.
En examinant ces évangiles gnostiques, on découvre un christianisme tout à fait étranger à la religion qui nous est familière. Nous nous sommes nous-mêmes retrouvés en train d’étudier des traités au titre étrange comme L’hypostases des Archontes ; et La Voix de Noréa. C’était comme si vivions un épisode de « La guerre des étoiles » et dans un sens, c’était vrai. Les gnostiques furent vraiment des « psychonautes » explorant hardiment l’ultime frontière de l’espace intérieur en quête des origines et de la signification de la vie. Ces gens étaient des mystiques et de libres-penseurs créatifs. Nous avons compris nettement pourquoi ils furent en but à la haine des évêques et de toute la hiérarchie de l’Eglise « littéraliste » : c’était de dangereux hérétiques. Dans le vaste ensemble des ouvrages anti-gnostiques - témoignage involontaire du pouvoir et de l’influence du gnosticisme au début du christianisme - ils sont dépeints sous l’aspect de chrétiens revenus à l’état de natifs non évolués, contaminés par le paganisme ambiant et ayant perdu la pureté de la vraie foi. Par ailleurs, les gnostiques se targuaient d’être des chrétiens authentiques tandis que, pour eux, l’Eglise romaine n’était qu’une « imitation d’Eglise ». Ils prétendaient connaître le secret des Mystères intérieurs du christianisme, contrairement aux chrétiens « littéralistes ».
En scrutant les croyances et les pratiques des gnostiques, nous avons acquis la conviction que les « littéralistes » avaient raison au moins sur un point : les gnostiques étaient peu différents des païens. Comme les philosophes des Mystères païens, ils croyaient en la réincarnation, ils honoraient la déesse Sophia et s’immergeaient dans la philosophie mystique grecque de Platon. Gnostique signifie
« celui qui sait », nom acquis parce que, tel les initiés des Mystères païens, ils pensaient que leurs enseignements secrets avaient le pouvoir de leur conférer la Gnosis, l’expérience directe de la connaissance de Dieu. Et tout comme l’objectif d’un initié païen était de devenir un dieu, pour les gnostiques le but d’un initié chrétien était de devenir un Christ.
Nous étions tout particulièrement frappés de ce que les gnostiques n’étaient pas concernés par le Jésus historique. Ils le considéraient de la même manière que les philosophes païens percevaient les mythes d’Osiris-Dionysos : autant d’allégories cachant le code d’un enseignement mystique secret. Cette conception nous offrit une chance remarquable. L’explication des similitudes entre les mythes païens et la biographie de Jésus devait déjà nous crever les yeux depuis le début, mais nous étions tellement captifs des façons traditionnelles de penser que nous restions dans l’incapacité de la déceler.
LA THESE DES MYSTERES DE JESUS
La tradition historique léguée par les autorités de l’Eglise romaine est que le christianisme se développa à partir des enseignements d’un Messie juif et que le gnosticisme en fut une déviation. Nous nous sommes demandé ce qui arriverait si nous inversion cette image et considérions les gnostiques comme d’authentiques chrétiens, comme ils l’affirmaient. Pouvait-il se faire que le christianisme « littéraliste » fût une déviation plus tardive du gnosticisme, et le gnosticisme une synthèse du Judaïsme et de la religion des Mystères païens ? Cette idée marqua le commencement de la « Thèse des Mystères de Jésus ».
La conception hardie qui émergea fut la suivante : nous savions que la plupart des anciennes civilisations méditerranéennes avaient adopté les antiques Mystères, les adaptant au goût national en créant leur propre mythe de la mort et de la résurrection d’un homme-dieu. Se pouvait-il que quelques juifs eussent, de même, adopté les Mystères païens et en en composant leur propre version que nous connaissons maintenant sous le nom de gnosticisme ? Peut-être les initiés aux Mystères juifs avaient-ils adapté le symbolisme puissant d’Osiris-Dionysos en un mythe particulier dont le héros était l’homme-dieu Jésus mourant et ressuscitant ?
S’il en était ainsi, alors l’histoire de Jésus n’était pas une biographie mais un moyen de coder délibérément les enseignements spirituels des juifs gnostiques. De même que, dans les Mystères païens, l’initiation aux Mystères intérieurs devait révéler la signification allégorique du mythe. Sans doute que les non initiés aux Mystères intérieurs en étaient arrivés à prendre faussement le mythe de Jésus pour une relation historique et qu’ainsi émergea le christianisme littéraliste. Il se peut que les Mystères intérieurs du christianisme, qu’enseignaient les gnostiques mais qu’ignoraient les littéralistes, révélait que l’histoire de Jésus n’était pas le compte-rendu littéral d’une unique visite de la planète Terre par Dieu, mais une doctrine mystique destinée à aider chacun de nous à devenir un Christ.
La description de la vie de Jésus présente toutes les caractéristiques d’un mythe. Se pourrait-il qu’elle le soit vraiment ? Après tout, personne ne prend à la lettre les histoires fantasques des évangiles gnostiques nouvellement découverts, ils sont de suite pris pour des mythes. C’est uniquement la familiarité et les préjugés culturels qui nous empêchent de considérer le Nouveau Testament de la même façon. Si ces évangiles avaient été perdus pendant des siècles et exhumés récemment, qui, à la première lecture, croirait qu’il s’agit de l’histoire réelle d’un homme né d’une vierge, capable de marcher sur les eaux et ressuscité des morts ? Pourquoi prendre pour des fables l’histoire d’Osiris, Dionysos, Adonis, Attis, Mithra et autres sauveurs des Mystères païens et, tombant sur un texte rapportant la même histoire dans un contexte juif, croire qu’il s’agit de la biographie exacte d’un menuisier de Bethléem ?
Tous deux nous avons grandi en chrétiens et avons été surpris de découvrir que, malgré des années d’exploration spirituelle dans l’esprit le plus large possible, il
semblait quelque peu dangereux d’oser concevoir de telles idées. L’endoctrination dès la prime jeunesse atteint les profondeurs de l’être. Et nous étions effectivement en train de dire que Jésus était un dieu païen et que le christianisme était une hérésie païenne ! Cela paraissait scandaleux. Et pourtant cette théorie explique toutes les similitudes entre Osiris-Dionysos et Jésus Christ de façon simple et élégante. C’est le même mythe.
La thèse des Mystères de Jésus répond à beaucoup de questions embarrassantes tout en posant de nouveaux dilemmes. Existe-t-il des témoignages irréfutables de l’existence de l’homme Jésus ? Comment le gnosticisme pourrait-il être le christianisme de l’origine alors que St Paul, le tout premier chrétien que nous connaissions, se montre férocement anti-gnostique ? Et puis est-il crédible qu’un peuple étroit d’esprit et anti-païen comme les juifs ait adopté les Mystères païens ? Et comment se fait-il qu’un mythe délibéré ait fini par passer pour une histoire vraie ? Et si le gnosticisme figure le christianisme authentique, comment le christianisme « littéraliste », c’est-à-dire qui prend les évangiles au pied de la lettre, en est venu à dominer le monde comme la religion la plus importante de tous les temps ? Il faudra répondre de façon satisfaisante à toutes ces questions difficiles avant d’adhérer de tout son coeur à une thèse aussi radicale que celle des Mystères de Jésus.
LA GRANDE DISSIMULATION
Notre nouvelle position sur les origines du christianisme ne paraît improbable que parce qu’elle contredit les idées reçues. A mesure que nous avancions dans nos recherches, l’image traditionnelle commença à se déchirer complètement. Perdus dans l’embrouillamini des schismes, luttes de pouvoir, documents falsifiés, fausses identités, corrections et interpolations, destructions complètes des témoignages historiques, nous nous en sommes tenus formellement aux seuls faits dont nous pouvions être sûrs tels, des détectives près de résoudre un sensationnel polar, ou, plus justement, près de découvrir une ancienne erreur judiciaire inconnue. Car, sans répit, en faisant l’examen critique des témoignages authentiques, nous trouvions que l’histoire du christianisme léguée par l’Eglise romaine n’était qu’une grande distorsion de la vérité. En fait, les témoignages confirmaient entièrement la thèse des Mystères de Jésus. Il devenait de plus en plus évident que nous avions été délibérément trompés, que les gnostiques étaient réellement les chrétiens de l’origine, et que leur mysticisme anarchique avait été pillé par une institution autoritaire, qui en avait fait une religion dogmatique qu’elle imposa brutalement en se livrant à la plus grande dissimulation de toute l’histoire.
L’un des plus grands acteurs de cette dissimulation fut un personnage du nom d’Eusèbe qui, au commencement du VIe siècle, compila à partir de légendes, de faux et de sa propre imagination la seule histoire du christianisme qui existe encore aujourd’hui. Toutes les histoires suivantes durent se fonder sur les affirmations douteuses d’Eusèbe parce qu’il y avait très peu d’autres informations disponibles. Tout ce qui offrait une perspective différente du christianisme fut brûlé, supprimé totalement comme hérétique. C’est de cette façon que les falsifications compilées au IVème siècle sont parvenues jusqu’à nous en tant que faits établis.
Eusèbe servait l’empereur Constantin qui fit du christianisme la religion d’Etat de l’Empire romain et donna au christianisme « littéraliste » le pouvoir de l’éradication finale du paganisme et du gnosticisme. Constantin voulait imposer « un seul Dieu et une seule religion » pour consolider ce qu’il revendiquait : « un seul Empire, pour un seul Empereur ». Il surveilla l’établissement des principes de la foi au concile de Nicée : les articles de foi de l’Eglise de nos jours. Les chrétiens qui s’y opposaient étaient bannis de l’Empire ou réduits au silence d’une autre manière.
En revenant de Nicée, cet empereur étrangla sa femme et assassina son fils. Il ne se fit baptiser que sur son lit de mort afin de pouvoir continuer ses atrocités et ce baptême lui conféra le pardon de ses péchés avec place garantie au ciel au dernier instant. Bien qu’Eusèbe, habile à débiter des histoires, lui arrangeât une obséquieuse biographie, en fait, c’était un monstre, comme beaucoup d’empereurs romains avant lui. Et est-il vraiment surprenant qu’une histoire des origines du christianisme composée par un fonctionnaire au service d’un tyran romain s’avère un tissu de mensonges ?
Elaine Pagels, une des premières autorités universitaires en ce qui concerne le christianisme des origines, déclare : « Ce sont les vainqueurs qui écrivent l’histoire... à leur façon. Il n’est donc pas étonnant qu’ils soient les premiers à en définir les termes, c’est-à-dire à se qualifier eux-mêmes d’« orthodoxes » et leurs opposants d’ « hérétiques » ; ensuite ils démontrent - à leur propre satisfaction - que « leur triomphe était historiquement inévitable ou, en termes religieux, qu’ils étaient guidés par le Saint Esprit. » Mais les découvertes des évangiles gnostiques à Nag Hammadi ont réouvertes les questions fondamentales. »
Oui, ce sont bien les vainqueurs qui écrivent l’histoire. Créer une histoire appropriée a toujours fait partie de l’arsenal des manipulations politiques. L’Eglise romaine composa l’histoire du triomphe du christianisme « littéraliste » de la même façon partisane que, deux mille ans plus tard, Hollywood créa celle des « cowboys et des Indiens » pour montrer comment « l’ouest fut conquise » et non « comment l’ouest fut perdue ». On ne raconte pas tout simplement l’histoire, on la crée. Idéalement, l’objectif est de donner des preuves historiques pour en arriver à une juste compréhension du présent déterminé par le passé. Trop souvent, cependant, l’histoire sert à justifier et glorifier le statu quo. Elle cache alors autant qu’elle révèle.
S’enhardir à remettre en question des faits historiques admis n’est pas facile. Il est ardu de croire que ce qu’on vous a appris depuis l’enfance est en réalité le fruit de la falsification et de la fantaisie. Il a dû être difficile pour les Russes élevés dans l’idée du bon « Oncle Joseph Staline » de reconnaître qu’il fût en réalité responsable de la mort de millions d’hommes. Quand les opposants au régime soutinrent qu’il avait fait assassiner beaucoup de héros de la révolution russe, cela aurait dû ébranler sa crédibilité. Il semblait même ridicule d’affirmer qu’il avait fait disparaître les photos de ses rivaux et entièrement inventés certains faits dits « historiques ». Et pourtant tout cela est vrai.
Il est facile de croire que quelque chose est vrai quand tout le monde y croit. Mais les choses ne viennent souvent en lumière que par la remise en question de ce qui ne pose aucune question, par le doute de notions auxquelles tout le monde adhère parce qu’on pense qu’elles vont de soi. La Thèse des Mystères de Jésus résulte d’une telle ouverture d’esprit. Quand elle nous est apparue, elle nous a semblé absurde et relevant du domaine de l’impossible. A l’heure actuelle, elle semble évidente et banale. Le Vatican a été construit sur le site d’un antique sanctuaire païen parce que ce qui est nouveau s’érige toujours sur ce qui est ancien. De la même manière, le christianisme est fondé sur la spiritualité païenne qui l’a précédé. N’est-il pas plausible d’envisager l’évolution graduelle des idées spirituelles, avec le christianisme émergeant des anciens Mystères païens en un semblant de continuum historique ? C’est seulement parce qu’on a cru, sur une vaste échelle et pendant si longtemps, à l’histoire conventionnelle que cette idée peut paraître hérétique et choquante.
RETOUR DU CHRISTIANISME MYSTIQUE
Comme la dernière pièce du puzzle trouvait sa place, nous sommes tombés sur une petite effigie insérée dans les appendices d’un vieux livre académique. C’est le dessin figurant sur une amulette du IIIe siècle de notre ère. Elle orne la couverture de ce livre. On y voit une personne crucifiée que la plupart des gens reconnaîtraient immédiatement comme celle de Jésus. Et pourtant l’inscription en grecque porte le nom : Orphée Bacchus, l’un des pseudonymes d’Osiris-Dionysos. Pour l’auteur du livre en question cette amulette était tout à fait anormale. A qui avait-elle pu
appartenir, était-ce une déité païenne crucifiée ou une sorte de synthèse gnostique du paganisme et du christianisme ? De toute façon, elle était extrêmement curieuse. Pour nous, elle était parfaitement compréhensible. C’était une confirmation inattendue de la Thèse des Mystères de Jésus. Ce pouvait être soit Jésus, soit Osiris-Dionysos. Pour l’initié, ce sont les deux noms d’un même personnage.
Cette découverte occasionnelle nous donna l’impression que l’univers lui-même nous encourageait à publier notre découverte. Sous différentes formes, au long des siècles, la thèse des Mystères de Jésus fut proposée par des mystiques et des spécialistes, mais elle est toujours tombée dans l’oubli. On sent aujourd’hui que c’est une idée qui vient au bon moment. Néanmoins nous avons eu des craintes en rédigeant cet ouvrage. Nous savions qu’il bouleverserait certains chrétiens, c’était inévitable, et nous ne le voulions pas. Sans doute était-il dur d’avoir été entouré constamment de mensonges et d’injustices sans éprouver quelque outrage à la façon négative et mensongère dont avaient été présentés les gnostiques, et de découvrir les grandes richesses de la culture païenne sans ressentir de la peine pour leur anéantissement immotivé. Et pourtant nous ne suivons aucune ligne anti-chrétienne, loin de là.
Les lecteurs de nos autres ouvrages savent que notre intérêt n’est pas de susciter des divisions mais de faire reconnaître l’unité que l’on trouve au coeur de toutes les traditions spirituelles. Dans ce sens, ce livre n’est pas une exception. Les premiers chrétiens « littéralistes » ont fait l’erreur de croire que l’histoire de Jésus était différente de celle d’Osiris-Dionysos parce que Jésus, seul, avait été un personnage historique et non mythique. Dans ces conditions, les chrétiens ont eu le sentiment que leur foi s’opposait à toutes les autres, ce qui est faux. Nous espérons que, grâce à la connaissance de ses vraies origines, au cours de l’évolution de la spiritualité humaine universelle, le christianisme aura le pouvoir de se libérer de l’isolement qu’il s’impose lui-même.
Il est clair que cette nouvelle thèse doit récrire une partie de l’histoire, sans miner la foi chrétienne mais en faisant entendre que le christianisme est en réalité encore plus riche que nous l’imaginions. L’histoire de Jésus est un mythe éternel doué du pouvoir de transmettre la Gnose salvatrice, de transformer chacun de nous en un Christ, et non pas seulement la relation d’événements survenus à quelqu’un d’autre il y a deux mille ans. La croyance en l’histoire de Jésus était, à l’origine, le premier pas à faire dans la spiritualité chrétienne, à l’entrée des Mystères extérieurs. Puis un maître éclairé devait en donner la signification quand l’esprit du chercheur avait mûri. Ces Mystères intérieurs donnaient une connaissance mystique de Dieu qui allait bien au-delà de la croyance dogmatique. Bien que beaucoup de mystiques chrétiens inspirés soient arrivés intuitivement à cette compréhension profonde des symboles, nous n’avons hérité que des Mystères extérieurs du christianisme. Nous avons gardé la forme extérieure mais perdu sa signification intérieure. Notre espoir est que ce livre joue son rôle en revendiquant le véritable héritage mystique du christianisme." T.Freke, P. Gandy
(« Je valide l’inscription de ce blog au service Paperblog sous le pseudo joseleroy ».)
26 octobre 2009
C'est l'Un qui se connait
Dans un de ses entretiens, Nisargadatta Maharaj dit que les Upanishads en réalité parlent de lui - Maharaj-, que le Brahman dont il est constamment question dans les textes n'est autre que lui, Nisargadatta Maharaj.
On pourrait être choqué d'une telle prétention, mais cela m'apparait en fait évident : ce que nous sommes vraiment est le Brahman, le Soi Ultime, l'absolu, et c'est de cela dont parlent en effet ces textes. Non pas bien sur de notre "moi" empirique et socialement déterminé mais de l'essence de notre être réel, de ce que je suis.
La Chandogya Upanishad le dit d'ailleurs : 'Tu es Cela".
Mais de plus, qui a écrit ses textes? Qui a écrit les Upanishads ? Qui est vraiment le Bouddha qui a mis en branle la roue du Dharma? Qui a parlé à Jérusalem sous le nom du Christ ? Qui a écrit tous ces textes inspirés où, sous des mots et des formes différentes, brille l'éclat de l'éveil ?
Vous. Et personne d'autre. C'est vous qui avez composé tous ses textes; c'est vous, vous saisissant dans votre pleine essence qui avez composé les Upanishads, et tous ces autres textes.
Car, dans l'absolu, il n'y a que l'Un. C'est l'Un qui se connait lui-même, et c'est l'Un qui témoigne de ce qu'il est.
Partout, toujours, quand un homme voit sa vraie nature, c'est moi qui me voit et personne d'autre.
N'est-ce pas ce que Maitre Eckhart dit, en chaire, dans un Sermon, qui lui valut bien des ennuis : "Je suis plus Dieu que moi-même"
"[…] comme le dit saint Augustin :
« L’amour nous fait devenir ce que nous aimons. »
Devons-nous dire à présent : quand l’homme aime Dieu, il devient Dieu ?
Voila qui sonne hérétique.
Dans l’amour que prodigue un homme, il n’y a pas Deux, mais Un et
Union : aussi, par l’amour, suis-je plus Dieu que je ne le suis en
moi-même. Écoutons le Prophète : « Je vous le dis, vous êtes des Dieux,
des enfants du Très-Haut. » (Psaumes, 82, 6). Voilà qui sonne
étrangement : que l’homme puisse devenir Dieu par l’amour ; c’est
pourtant la vérité, une vérité éternelle. Notre seigneur Jésus-Christ
le montre." Eckhart
"Beaucoup de gens s’imaginent, naïvement, qu’ils doivent « voir » Dieu : lui se tiendrait là, et eux ici. Mais il n’en est pas ainsi. Dieu et moi sommes un. Par la connaissance, je l’accueille en moi ; par l’amour, c’est moi qui entre en lui."Eckhart
25 octobre 2009
Le vrai message de Narcisse
On comprend mal le mythe de Narcisse, en le réduisant à la psychologie .
Que dit le Mythe?
Narcisse voit son reflet dans le miroir, cherche à l'embrasser et en meurt.
L'interprétation psychologique est possible mais tellement plate.
En réalité, cette interprétation est métaphysique et spirituelle.
En m'identifiant à mon visage dans le miroir, je meurs à moi-même. Or c'est ce que nous faisons à chaque instant. A chaque instant, qu'il y ait un miroir devant moi ou pas, je me réduis à un visage. C'est moi que je crois voir dans le miroir.
Or , je ne suis pas un corps ou un visage, je ne suis pas une chose.
Mourir à soi-même, c'est perdre de vue CE qui regarde en nous, qui n'est pas du tout un visage ou deux yeux.
Narcisse raconte une chute qui se produit pour tous en cet instant et qui n'est pas psychologique mais métaphysique.
Nous sommes endormis. Morts. Oublieux de nous-mêmes. Et nous devenons alors méchant comme une sorcière.
josé le roy
24 octobre 2009
Les lieux de l'advaita vedanta: Govardhanpeetham
Sankara, le grand maitre de l'advaita vedanta, a établi des monastères aux quatres coins de l'Inde dans des lieux sacrés: au Nord, au sud, à l'Est et à l'Ouest..
Celui de l'Est se nomme Govardhanpeetham et se trouve à Puri près du célèbre temple Jagannath
Voici un lien vers Govardhan
The Puri Jagannath Temple, dans l'Est de l'Inde, lieu de pèlerinage très important.
Vivecacudamani 7
Voici la suite du vivecacudamani, traduit du sanskrit par José Le Roy. Ce texte est attribué à Shankara
Le début du texte est ICI: Vivecacudamani
47
Par l’investigation sur l’objet du Vedânta, la suprême connaissance se produit.
Par elle, la destruction complète de la souffrance causée par le samsâra s’en suit.
48
Les moyens efficaces* qui sont : la confiance, la dévotion, la méditation sont les causes de la libération pour celui qui désire la libération, voilà ce que dit réellement la parole de la tradition.
Pour celui là, qui s’en tient à eux, il y a libération des liens du corps fabriqués par l’ignorance
Comm : je traduis, sur les conseils d’Alain Porte,
Yoga (shraddhâ-bhakti-dhyâna-yogân) non pas par yoga mais par moyens efficaces
49
Le disciple dit :
« Avec compassion, écoutez, Ô Swami, ma question :
Après que j’aurai entendu cette réponse de votre bouche, je serai satisfait par votre parole.
51
Qu’est-ce que l’esclavage ? Comment est-il venu ? Comment se maintient-il ? Comment atteindre la libération ? Qu’est-ce que le non-Soi ? Qu’est-ce que le Soi Ultime ? Comment faire la distinction entre les deux ? »
52
Le Maitre dit :
« Tu es heureux, tu as fait ce qu’il fallait faire. Ta famille grâce à toi est purifiée, puisque (yad) tu veux atteindre l’état de Brahman par la libération des liens causés par l’ignorance. »
53
Les facteurs de libération des dettes pour un père sont les enfants, mais le facteur de la libération des liens n’est personne d’autre que soi-même.
54
La douleur d’un fardeau écrasé sur la tête est enlevé par les autres,
mais la souffrance causée par la faim etc. (n’est enlevée) par personne sauf soi-même.
55
Le malade par lequel est fait (suivi) scrupuleusement le régime de médicaments , pour lui on observe la guérison pas par l’action faite par un autre.
56
La nature de la réalité peut être connue par son propre œil de l’éveil grand ouvert (sphuta-bodha-cakshusa) mais pas par l’érudit ; la nature de la lune peut être connue par son propre œil, comment est-elle perçue grâce aux autres ?
57
Ce lien qui enchaine du à l’ignorance, au désir, à l’action etc. , qui pourra le libérer sauf soi-même, même avec un milliards d’années ?
58
Pas par le yoga, pas par le samkhya, pas par les œuvres ni par le savoir ; c’est par l’éveil à l’unité de Brahman et de l’atman que la libération se produit et pas par une autre manière.
59
La beauté de la forme d’une vina ou l’excellence du son des cordes n’est là que pour le plaisir des gens, cela ne confère pas la royauté.
60
De même, la faculté de bien parler, le charme de la voix, l’excellence dans l’explication des textes, l’érudition des sages, tout cela est pour la jouissance mais pas pour la libération.
61
Quand la connaissance ultime n’est pas connue, la lecture des textes est inutiles, quand la connaissance ultime est obtenue, la lecture des textes est inutile.
62
La grande forêt, faites des filets de mots, est la cause de l’errance de la pensée. D’où, avec un effort intense, la réalité du Soi peut être connue par les connaisseurs de la réalité.
63
Pour celui qui a été mordu par le serpent de l’ignorance, sans le médicament qu’est la connaissance du Brahman,
A quoi bon les védas ?
A quoi bon les traités ?
A quoi bon les mantras ?
A quoi bon les remèdes ?
64
La maladie ne disparait pas sans boire (le médicament), (simplement) à partir du mot « médicament » ; (de même) sans expérience directe, on ne se libère pas par le mot « Brahman »
65
Sans avoir fait la disparition du visible*, sans avoir connu la réalité du Soi, par les sons à l’extérieur, d’où, pour les hommes, viendrait la libération par le mot Brahman dont le fruit n’est que parole ?
Comm : *Faire
disparaitre le visible (drishyam) signifie ne plus voir le visible comme un objet
face à un sujet, mais voir le monde comme Brahman.
66
Sans avoir écarté tous ses ennemis, sans avoir la richesse de la terre entière, en prononçant le mot « je suis un roi », on ne mérite pas d’être u nroi.
67
Ainsi, un trésor (nikshepah) nécessite un avis compétent, l’action de creuser, le fait de tirer vers le haut la pierre posée dessus, l’appropriation mais, en effet, il ne sort pas par des paroles.
De même (tadvad) c’est par l’enseignement, la réflexion, la contemplation etc. qu’un connaisseur de Brahman perçoit la réalité immaculée mise à l’écart par les actions de Mayâ et non par de faux raisonnements.
68
C’est pourquoi pour la libération des liens de l’existence, un effort doit être fait avec la totalité de ses propres moyens.
21 octobre 2009
La simplicité de la grande perfection
Patrice me rappelle dans un commentaire sur le Miroir au sens limpide de l'existence d'un autre livre de James Low sur le dzogchen, traduit par Nathalie Koralnik et Patrice Sammut : La simplicité de la grande perfection aux éditions du Rocher;
Voici un extrait de cet excellent ouvrage , p. 112
"1. La base
Considérons d'abord la condition naturelle de la base. La
condition naturelle de notre propre esprit est primordiale, non entravée, et
elle survient sans effort. Elle n'est pas faite par la méditation des bouddhas
et elle n'est pas affectée par la stupidité des êtres sensibles. La nature
originelle de l'esprit ne dépend pas de causes et de conditions. Elle est vide,
sans substance propre inhérente, et elle est libre d'élaboration conceptuelle.
Au début, l'esprit lui-même est sans origine, aussi est-il vide. Au milieu, il
est sans demeure, aussi est-il vide. À la fin, il n'a pas de destination, aussi
est-il vide. L'essence de l'esprit ne peut être saisie comme étant ceci ou
cela, aussi est-il vide. Puisqu'il est sans forme, sans couleur, il est vide.
Cette vacuité n'est pas néant, car la clarté naturelle de l'esprit est pure et
pénètre toute chose.
L'esprit est lui-même le créateur de tout le samsara et de
tout le nirvana. Immuable, il survient sans effort. Toute chose peut
apparaître, mais sans qu'il y ait une quelconque substance propre inhérente.
L'esprit est profond, précis, et au-delà de toute mesure. Il peut paraître
exister mais, en vérité, il est vide de par [la nature des] entités et des
signes. Il peut paraître ne pas exister, cependant il montre de nombreuses formes illusoires. La nature originelle de l'esprit est
au-delà de la pensée et ne devient pas un objet de pensée. Il est impossible de
dire à quoi elle ressemble. Au-delà de la pensée, c'est inexprimable.
Elle n'est touchée par aucune faute ou bonne qualité, quelles qu'elles soient.
La nature originelle de l'esprit n'est obscurcie par aucune des bonnes ou
mauvaises conditions karmiques. Elle n'est pas souillée par toutes les
impuretés de la croyance en des signes. Les noms de tous les phénomènes du
samsara et du nirvana ne peuvent lui être appliqués.
La nature originelle de l'esprit est libre de toute limitation
dualiste telle que permanent et impermanent, espoir et doute, refréner et
encourager, rejeter et accepter, bien et mauvais, grand et petit, haut et bas,
lié et libre, joyeux et triste, etc. La nature originelle de l'esprit n'a été
faite par personne. On ne peut lui assigner aucune taille ni dimension. Elle
est libre de toute partialité. Elle est au-delà du fait d'être quelque chose
pouvant être désignée par : « C'est cela. » Depuis le tout début, elle est
parfaitement pure et demeure dans la grande équanimité vis-à-vis de tout ce qui
est dans le samsara et le nirvana. Pour ceux qui réalisent cela, elle est le
fondement ou la base (gZhi) de la bouddhéité. Pour ceux qui ne réalisent pas
cela, elle est la base d'être des êtres sensibles. C'est pourquoi on l'appelle
la base de tout (Kun-gZhi)."
18 octobre 2009
Le miroir au sens limpide
Les éditions Almora (dont je dirige les collections) vont dans quelques jours publier un texte dzogchen fondamental, un trésor de Nuden Dorjé, commenté par James Low et traduit par Nathalie Koralnik. Le livre s'appelle :
Il s'agit d'un ensemble d'instructions fondamentales pour s'éveiller à sa vraie nature. Texte remarquable et commenté avec profondeur et humour par James Low.
"Quatrième de
couverture
Le Miroir au Sens Limpide est un texte dzogchen du grand maitre tibétain Nuden Dorjé (XIXème siècle) ici commenté par James Low.
Il traite de la vue et de la pratique du dzogchen, la grande perfection naturelle, voie directe permettant de s’éveiller sans effort à la nature essentielle de l’esprit, de manière immédiate et radicale, grâce à des pratiques très puissantes et originales.
Rares sont les textes authentiques du dzogchen disponibles dans des langues occidentales ; la publication de celui-ci en français est un événement pour tous ceux qui s’intéressent au bouddhisme, ou plus largement qui cherchent des voies vers l’éveil.
Nuden Dordjé est considéré comme une incarnation de Kyétchoung Lotsa, l’un des principaux disciples de Padmasambhava auquel ce dernier transmit cet enseignement du Miroir au Sens Limpide. Nuden Dordjé vécut dans l’est du Tibet, au XIXe siècle, principalement au monastère de Khordong.
James Low a commencé à étudier et à pratiquer le bouddhisme tibétain, en Inde, en 1960. Il enseigne maintenant en Europe les principes du dzogchen et a publié plusieurs traductions et commentaires de ces textes.
James Low a su présenter cet enseignement profond de manière moderne, vive et même impertinente ce qui rend le livre accessible à tous, qu’on soit bouddhiste ou non."
Extrait:
Chapitre 2
« En
utilisant cette instruction secrète, on peut voir son propre visage, sa
conscience éveillée, qui est Samantabhadra éveillé dès l'origine. La voie
unitive primordialement pure de la conscience et de la vacuité se déploie en
tant que la sagesse spontanée dépourvue de toute condition relative. »
James Low :
Ce premier verset est extraordinaire, parce que ce
qu’il dit, c’est que dès le tout début cette présence naturelle, ou conscience
éveillée* est complètement mêlée à la vacuité. Et la nature de cette fusion de vacuité et
de conscience éveillée est totalement pure. Chacun de ces termes a de
nombreuses significations, et je vais commencer à les analyser un petit peu. Lorsqu’on parle de conscience et vacuité, rigtong (Rig sTong), ce rigpa (Rig Pa) ou conscience éveillée est
notre simple « êtreté », quand nous sommes simplement assis ici –
quelqu’un est là. Avant même que nous sachions que nous sommes ici, ce
quelqu’un qui est simplement ici nous donne le début de la saveur de ce terme
conscience éveillée, ou rigpa. Nous
pourrions prendre un instant pour nous observer nous-mêmes. Nous sommes assis
ici, quelle que soit la façon dont nous sommes assis, quelle que soit la façon
dont notre corps est positionné. Nous n'avons pas besoin d'être assis dans une
posture particulière pour observer cela. Quelqu'un est ici. Sans penser à qui
vous êtes, en train d’être ici, essayez simplement d'avoir la sensation de ce
qu'est cette présence que vous êtes. Restez avec cela durant quelques minutes."
*L’expression « conscience éveillée se réfère à rigpa, qu’il est impossible de définir par des mots mais qui a fait l’objet de nombreuses descriptions. Voir, entre autres, La liberté naturelle de l’esprit, de Longchenpa, présenté et traduit par Philippe Cornu, Éditions du Seuil (NdT).








