Eveil et philosophie, blog de José Le Roy

Ce blog présente la philosophie comme un chemin d'éveil à notre vraie nature. La philosophie n'est pas un simple discours mais une voie de transformation et de connaissance de soi.

11 juillet 2009

Le blog part en vacances

Le blog part en vacances et moins de textes seront publiés.

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Les vacances sont une occasion pour s'éveiller à la grande Vacance, qui se trouve juste au-dessus de nos épaules et dans laquelle le monde se produit maintenant.

Dans cette Vacance éternelle, éveillée, sans forme, tranquille et ouverte, les vacances sont toujours parfaites.

Amicalement

josé le roy

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10 juillet 2009

Un prisonnier libre grâce à l'éveil

voici un livre singulier qui vient de paraitre en anglais.

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J.C. Amberchele est prisonnier à vie dans une prison du Colorado et un jour, en découvrant un live de Douglas Harding il s'est éveillé.
C'est l'histoire de cet éveil qui est raconté ici.

Voici un extrait déjà publié sur le site www.visionsanstete.com

"Quelles que soient   les idées que j'ai pu avoir sur la manière dont le monde fonctionne,   aucune ne m'a amené bien loin, si l'on considère que j'ai passé   plus de vingt ans en prison. Je tiens la plupart de mes croyances de mon père   et de John Wayne, et tout ce qui pour moi n'était pas ultra-dur et ultra-cool   était ultra-gênant. En fait, je vivais dans un état de gêne   quasi perpétuelle, ne parvenant jamais à vivre à la hauteur   de ces standards ridicules que j'avais adoptés sans réfléchir,   et que personne, y compris moi-même, ne pouvait atteindre : comment je   devais agir, de quelle manière les autres devaient me traiter, ou se   comporter en ma présence, de quelle faÇon les jours, les mois,   les années devaient se dérouler en ma faveur.

Inutile de dire   que je suis devenu l'idole des accros du contrôle à travers le   monde. Et comme tous les accros au contrôle, je trimballais sous une faÇade   d'une grande force un sentiment de vide et d'échec entretenant constamment   la guerre entre celui que je pensais devoir être et celui que je pensais   être. Pris dans une tourmente, je ne cessais de m'auto-détruire   entraînant d'autres personnes avec moi.

Et puis, il y a   des années de cela, alors que je purgeais ma peine de prison depuis déjà   longtemps, j'ai vu par hasard à la télé une interview de   Joseph Campbell par Bill Moyers de la PBS et je décidai d'essayer la   méditation. C'était assez difficile au début avec les foules,   le bruit et la routine dans le quartier cellulaire, mais j'ai rapidement découvert   que durant la méditation j'avais peu d'attente à mon propre égard   ou même à l'égard d'autrui, comme s'il n'y avait personne   d'autre. C'était un lieu dénué d'exigence ou de gêne,   un refuge où je n'avais plus besoin d'affirmer ma volonté égarée.   Et à part de rares aperÇus sous l'emprise de la drogue ou dans   des situations de stress lorsque ma vie était en danger, c'était   la première fois que je prenais véritablement conscience de moi-même,   de cette attention nue au "Je suis" au centre de ma conscience, et   qui, je le découvrais maintenant, avait été là de   tout temps.

A partir de ce   moment-là, le mystère s'est transformé en interrogation   sur la manière dont ce "Je" se manifestait et sur le lieu à   partir duquel il ne cessait de surgir. L'ancienne manière de penser,   consistant à me considérer comme une conscience séparée   dans un esprit et un corps individuels, était bien trop douloureuse pour   être acceptée. J'avais été éduqué ainsi,   par mon père et par chaque personne à laquelle je m'étais   comparé; c'était là la voie de la contraction, de la confrontation   et de l'auto-mutilation sans fin. Il devait y avoir une autre explication.

S'ensuivirent six   années de lecture obsessionnelle. Je voulais approfondir l'intuition   que j'avais eue lors de ma période L.S.D. dans les années soixante,   qui s'était manifestée sous forme de peur et qui était   ressurgie lors de l'interview de Campbell : à savoir que toutes les grandes   religions portent en leur racine un message identique, si clair et si évident   qu'il n'est pas besoin de mots pour le réaliser. Je soupÇonnais   que ma perception du monde et ma soi-disant place en son sein était illusoire   et que la réalité ne correspondait pas à ce que moi et   la plupart du monde pensions. C'était comme si l'humanité était   le sujet d'un canular que l'univers avait manigancé pour se jouer un   tour à lui-même. Et il était clair que ma vie jusqu'à   présent avait été un combat contre la révélation   de cette connaissance, je m'accrochais autant que faire se pouvait aux mensonges   que l'on m'avait transmis, m'efforÇant envers et contre tout d'éviter   la vérité.

J'ai lu des textes   bouddhistes. J'ai lu Gurdjieff et Ouspensky. J'ai lu tout ce que j'ai pu trouver   sur les mystiques chrétiens. J'ai dévoré Hafiz et Rumi   puis ai plongé dans les travaux des grands Sages indiens. J'ai découvert   Wei Wu Wei, puis m'en suis retourné au bouddhisme pour y plonger profondément.   J'étais déterminé à découvrir ce qu'il en   était, à découvrir quel était ce mystère   au cœur de cette affaire.

Et puis, un jour,   j'ai lu un article de Douglas Harding au sujet de cette soi-disant "absence   de tête" et quelque chose à fait "tilt". Voir qui   l'on est, Harding remarquait, était élémentaire, si aisé   que nous ne le remarquions pas, et ne le reconnaissant pas, nous érigions   des systèmes philosophiques et religieux de proportions monumentales,   en ne le dissimulant que plus. Et pendant tout ce temps, il est Ici-même,   plus proche que le plus proche.

A ce moment-là   je pensais à l'ancienne histoire soufi du Mollah Nasruddin, très   agité, entrant en ville criant qu'il avait perdu son âne, jusqu'à   ce qu'on lui fasse remarquer qu'il était assis dessus.

Le message était   clair : "Nous ne pouvons Le voir parce que nous Le sommes" et les   implications faisaient voler l'esprit en éclats. Le terme d'illusoire   que j'avais utilisé pour décrire ma perception suspecte du monde   m'apparaissait soudain comme l'euphémisme suprême. Elle n'était   pas seulement illusoire, elle était à 100% sens dessus dessous;   s'il y avait quelque chose à l'intérieur d'une autre, c'était   l'univers qui était en moi, y compris tout concept au sujet d'un "moi",   corps et esprit. J'étais comme Harding l'avait dit, "Espace"   dans lequel le monde apparaissait. Un Espace qui participait activement à   la création de ce même monde! C'était renversant!

Demeurer dans cette   vision était une autre affaire. Comme tout le monde, j'avais été   conditionné à me considérer comme un individu séparé   avec une conscience séparée, une conscience qui émanait   mystérieusement de cette matière spongieuse à l'intérieur   de ma tête. Harding, je le réalisais maintenant, révélait   le contraire, comme tous les autres, y compris les fondateurs des grandes religions.   Et comme leurs fidèles, j'étais incapable de rester ouvert; je   ne pouvais m'empêcher de revenir aux supercheries que l'on m'avait enseignées   enfant. C'était comme si j'étais prisonnier de ma tête.  

Pas de doutes,   le combat était engagé. C'était clair : je pouvais m'asseoir   jambes croisées pendant toute ma vie, je pouvais vivre dans une grotte   de montagne au Tibet, je pouvais m'entraîner dans n'importe quelle lignée   de n'importe quelle religion et continuer à entretenir une vision fausse,   à me voir comme un individu regardant des objets. A présent, je   voulais abandonner le mensonge et revenir à la vérité.   Et j'étais mis au supplice, car je ne cessais d'oublier. Comment parvenir   à effectuer ce changement?

Je n'ai jamais   répondu à cette question, sauf pour penser qu'il peut ne pas y   avoir de changement. Et lutter contre cet état de fait ne semble en fait   que renforcer l'incompréhension. La solution réside, bien sûr,   dans la vision bouddhiste de l'identité du samsara et du nirvana, mais   je voulais la vivre et pas seulement y penser.

Et puis quelque   chose se produisit lors de l'une de nos réunions bouddhistes, ici, à   la prison. 1500 hommes vivent ici, seulement 9 d'entres nous se déclarent   bouddhistes et parmi nous à peine une demi-douzaine étaient là.   Ce qui était suffisant, toutefois, pour qu'un peu de magie prenne place.  

Nous venions de   terminer une courte méditation, et l'un des hommes avait lancé   la conversation sur le "vide", ce qui eut pour effet de nous plonger   dans l'habituel guêpier : une querelle débuta et se transforma   rapidement, du fait que nous sommes dans une prison, en un échange musclé.   Je pensais qu'il valait mieux revenir à la méditation, à   l'observation de notre respiration, mais personne n'en avait vraiment envie.   La dispute se poursuivait et j'ai eu envie de partir, puis je me suis souvenu   des mots de Harding au sujet de l'Espace Ici, Capacité même pour   une dispute et je me suis souvenu des exercices.

Les exercices sont   incroyablement simples et tellement radicaux. Le fait même qu'ils soient   simples et radicaux constitue pour moi la preuve de leur justesse, même   si, lorsque je les ais découvert pour la première fois dans les   livres de Harding, j'ai ri tellement je les trouvais loufoques. Et puis, finalement   j'ai compris, "pigé!", comme on dit, j'ai su qu'ils pointaient   dans la bonne direction et que le reste du monde se trompait.

Donc je me suis   levé et les autres m'ont regardé tandis que je commenÇais   une marche méditative autour de notre petit cercle de chaises, et bientôt,   les autres m'ont rejoint. Il s'agit de se taire et d'avoir le moins de pensées   possible en portant son attention sur la sensation dans ses pieds tandis que   l'on marche, mais cette fois-ci j'ai demandé à tout le monde d'oublier   tout ce qu'ils avaient jamais appris, comme s'ils venaient de naître dans   cette pièce et que tout était nouveau et étrange. Je leur   ai demandé de porter leur attention sur l'instant présent, l'instant   présent et encore l'instant présent, comme si le passé   et le futur étaient des pensées inaccessibles. Je me rappelais   Harding racontant comment, en voiture, il regardait les poteaux téléphoniques   se mouvoir tandis que lui était immobile et j'ai donc demandé   à chacun de faire de même, de prétendre que c'était   le tapis qui bougeait, pas eux, de voir les murs et les chaises défiler   et la pièce virevolter tandis qu'ils tournaient.

Il y eut quelques   rires étouffés, et après une minute ou deux, nous nous   sommes assis et j'ai demandé au groupe de pointer un doigt en direction   du plafond et de noter ce vers quoi leur doigt pointait, en l'occurrence les   carreaux du plafond et les lampes. Puis nous avons pointé en direction   du mur, du sol, de nos genoux, de notre poitrine, remarquant à chaque   fois qu'il s'agissait d'un objet (notre main) pointant en direction d'autres   objets, avec leurs diverses qualités. Enfin, nous avons pointé   en direction de ce à partir de quoi nous regardions et j'ai répété   les questions qu'Harding posait : "Si vous laissez de côté   vos conditionnements, si vous oubliez tout ce que vous avez appris et vous basez   sur l'évidence présente, en direction de quoi pointez-vous en   ce moment : un objet opaque, rond, séparé et solide, ou pointez-vous   en direction d'un Espace pour ces objets, d'une Capacité? Cet espace   n'est-il pas sans limite, immaculé et totalement transparent et cette   capacité sans limite n'accueille-t-elle pas la pièce et tout ce   que vous regardez? N'est-elle pas éveillée et trouverez-vous jamais   la Conscience ailleurs qu'Ici?

Personne ne dit   rien. Nous n'avions pas de miroirs, de cartes avec des trous ou des sacs de   papier pour les autres exercices, mais avant qu'ils ne me tombent tous dessus,   je pensais que nous pouvions supporter un peu de confrontation - chose à   laquelle nous autres prisonniers sommes habitués - en nous mettant par   deux et nous asseyant face à face. L'exercice d'Harding, "face-à-non-face",   se pratique à l'aide d'un sac de papier dont le fond a été   coupé de telle sorte que les deux bouts sont ouverts. Un des partenaires   place son visage à l'une des extrémités du sac, le second   partenaire fait de même à l'autre bout et l'idée communément   admise est que les deux partenaires se confrontent à l'intérieur   du sac, face-à-face. C'est notre manière habituelle d'entrer en   relation avec autrui. Mais les questions d'Harding nous révèlent   le contraire : "Oubliez tout ce que l'on vous a dit à présent,   et selon l'évidence présente, combien y a-t-il de visages dans   le sac? êtes-vous face-à-face, ou y a-t-il un visage là-bas   et un Espace Ici? êtes-vous opposé à cette personne, ou   n'êtes-vous pas, ici, Capacité pour cette personne, et n'est-il   pas vrai, qu'il n'y a rien ici, pas le moindre atome de poussière pour   empêcher cette personne d'être Ici? N'êtes-vous pas infini,   transparent, vide de ce côté du sac, et en même temps, n'êtes-vous   pas plein de cette personne face à vous, de telle sorte que vous êtes   pour ainsi dire mort de votre côté et êtes ressuscité   en tant que cette personne-là? Ne sommes-nous pas construit de cette   faÇon, pour mourir en faveur de l'autre et n'est-ce pas le fondement   de l'amour?"

Vous pouvez facilement   imaginer ce que j'attendais de mes chers codétenus, mais ils me surprirent.   J'ai entendu des "Waow!" et des éclats de rire, et encore des   "Waow!" Je ne sais pas s'ils ont accroché, mais quelque chose   s'est passé dans cette salle, même si ce n'est que pour moi, ou,   devrais-je dire, à l'Espace de ce côté-ci, à la Capacité   qui est toujours Ici et toujours pleine de ce qui est là. J'ai quitté   cette réunion avec la certitude expérimentale que Qui Je Suis   Vraiment est toujours là, à disposition, à portée   d'un exercice.

Finalement j'ai   rejoint ma cellule en observant les trottoirs, les poteaux, et les constructions   défiler, tandis que je demeurais immobile comme je l'ai toujours été.   Je n'ai qu'à pointer mon doigt pour me souvenir de regarder à   partir de quoi je regarde et j'ai seulement besoin de l'image d'un visage pour   savoir que la fin de la confrontation se trouve Ici. Et en quittant cette réunion   : tout ce qui défilait n'était rien d'autre que ce que Je Suis;   je marchais, incroyablement, en Moi-même, intimidé et plein de   révérence à chaque pas.

Je veux donc remercier   Douglas Harding. Je remercie sa sagesse, qui, bien sûr est ma sagesse   et la sagesse de tous, que nous le réalisions ou pas. Je remercie pour   tout ce qui arrive, qui passe, se présente et pour tous les visages en   faveur desquels je suis construit pour disparaître. Y compris celui, étrange,   que je vois là, dans le miroir." J.C.Amberleche

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08 juillet 2009

Louis Lavelle : La présence de l'Etre

Louis Lavelle est un remarquable philosophe français du XXème siècle, le plus profond sans doute avec Bergson et Guénon.

Louislavelle
Dans ce texte, il nous invite à prendre conscience de la présence de l'Être.

"Il y a une expérience initiale qui est impliquée dans toutes les autres et qui donne à chacune d’elles sa gravité et sa profondeur : c’est l’expérience de la présence de l’être. Reconnaître cette présence, c’est reconnaître du même coup la participation du moi à l’être.

Personne sans doute ne peut consentir à cette expérience élémentaire, en la prenant dans sa simplicité la plus dépouillée, sans éprouver une sorte de frémissement. Chacun avouera qu’elle est primitive, ou plutôt qu’elle est constante, qu’elle est la matière de toutes nos pensées et l’origine de toutes nos actions, que toutes les démarches de l’individu la supposent et la développent. — Mais, cette constatation une fois faite, on passe vite : il suffit désormais qu’elle reste implicite ; et nous nous laissons attirer ensuite par les fins limitées que nous proposent la curiosité et le désir. Ainsi notre conscience se disperse ; elle perd peu à peu sa force et sa lumière ; elle est assaillie de trop de reflets ; elle ne parvient pas à les rassembler parce qu’elle s’est éloignée du foyer qui les produit.

Le propre de la pensée philosophique est de s’attacher à cette expérience essentielle, d’en affiner l’acuité, de la retenir quand elle est près d’échapper, d’y retourner quand tout s’obscurcit et que l’on a besoin d’une borne et d’une pierre de touche, d’analyser son contenu et de montrer que toutes nos opérations en dépendent, trouvent en elle leur source, leur raison d’être et le principe de leur puissance.

Mais il est difficile de l’isoler pour la considérer dans sa pureté : il y faut une certaine innocence, un esprit libéré de tout intérêt et même de toute préoccupation particulière. Savoir qu’elle existe, ce n’est pas encore en réaliser la plénitude concrète, ce n’est pas l’actualiser et la posséder.

La plupart des hommes sont entraînés et absorbés par les événements. Ils n’ont pas assez de loisir pour approfondir cette liaison immédiate de l’être et du moi qui fonde chacun de nos actes et lui donne sa valeur : ils la soupçonnent plutôt qu’ils ne la sentent ; elle n’est jamais pour eux l’objet d’un regard direct, ni d’une conscience claire ; et si parfois leur pensée vient à l’effleurer, ce n’est qu’un contact passager et dont le souvenir s’efface vite.

Mais celui qui par contre a saisi une fois dans un pur recueillement et comme l’acte même de la vie la solidarité de l’être et du moi ne peut plus détacher d’elle sa pensée : le souvenir de ce contact en renouvelle la présence qui ne cesse plus d’ébranler son esprit et de l’éclairer. Que l’on ne dise pas que cette expérience est évidente et qu’elle doit être faite, mais qu’elle est stérile si on ne la dépasse pas aussitôt : elle contient en elle tout ce que nous pouvons connaître. Dès qu’elle est donnée, notre vie retrouve son sérieux essentiel en renouant ses attaches avec le cœur du réel, notre pensée, au lieu, comme on le croit, de s’appauvrir et de se vider, acquiert la certitude et l’efficacité en découvrant, dans chacune de ses démarches, l’identité de l’être qu’elle possède et de l’être auquel elle s’applique."Louis Lavelle; La présence totale

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07 juillet 2009

Vision Sans Tête et bouddhisme zen

Le livre de Douglas Harding Vivre sans Tête ,épuisé depuis longtemps, doit être republié dans les prochains jours aux éditions Le Courrier Du Livre. Voici un extrait de ce livre fondamental de Douglas.


"Sous tous les rapports, le bouddhisme zen a la réputation d'être difficile et pratiquement inaccessible pour les occidentaux, à qui on recommande souvent de rester fidèles à leur propre tradition religieuse. Dans mon expérience person­nelle, ce fut exactement le contraire. Enfin, après plus d'une décade de recherches généralement vaines, menées dans les directions les plus diverses, j'ai trouvé dans les paroles des maîtres zen de nombreux échos de l'expérience centrale de ma vie : ils parlaient mon langage et témoignaient en ma faveur. J'ai eu l'occasion de découvrir que beaucoup de ces maîtres avaient perdu leur tête (comme nous tous, en fait) ; mais en plus, ils avaient une conscience très vive de leur état et de sa signification immense, et ils recouraient à tous les moyens pour mener leurs disciples à cette même réalisation. Laissez-moi vous en donner quelques exemples.

 

Le Sutra du Cœur contient l'essence du bouddhisme mahayana et il se récite journellement dans les monastères zen. Au début, ce texte pose avec insistance que le corps est un vide absolu, puis il déclare qu'il n'y a pas d'œil, pas d'oreille, pas de nez. On comprendra aisément que cette déclaration abrupte ait laissé perplexe le jeune Tung-Shan (807-869) ; son professeur, qui n'était pas un zeniste, échoua lui aussi. L'élève considéra soigneusement le professeur, ensuite avec ses doigts il explora son propre visage. « Vous avez une paire d'yeux, protesta-t-il, et une paire d'oreilles, et le reste ; et moi égale­ment. Pourquoi le Bouddha nous dit-il qu'il n'existe pas de choses semblables ? » Son professeur répondit : « Je suis incapable de t'aider. Tu dois te faire instruire par un maître zen. » Le conseil fut suivi et finalement Tung-Shan devint lui-même un maître zen réputé.

 

 Manifestement, c'était bien le genre de savoir qu'un étudiant doué pouvait espérer obtenir après quelques années vécues aux côtés d'un maître zen — l'art de perdre complètement notre très humain et familier visage, le nez, les yeux, les oreilles... ; on pouvait le perdre et trouver en échange un vide absolu­ment pur de tous traits. En fait, environ un siècle avant cet incident, Hui-neng (637-712), le sixième patriarche du zen, avait donné sur le même sujet un conseil célèbre. Il donna pour ligne de conduite au moine Ming, son frère dans les ordres, de couper court à son besoin ardent de recherche et de réflexion, et de voir : « Vois, en ce moment précis, à quoi ressemble ton propre visage — le visage que tu avais avant d'être né. » L'histoire rapporte que, suite à ce conseil, Ming découvrit à l'intérieur de lui-même cette raison fondamentale de toutes choses que jusqu'alors il avait cherchée à l'extérieur. Il se trouvait là, soudain, pleurant des larmes de joie et comprenant tout. Il salua le patriarche et lui demanda quels autres secrets il lui restait à découvrir « Dans ce que je t'ai montré », répondit Hui-neng, « il n'est rien de caché. Si tu regardes en toi et si tu reconnais ton visage originel, le secret est en toi. »

 

Le « visage originel » de Hui-neng est la mieux connue et, pour beaucoup, la plus utile de toutes les anecdotes du zen : en Chine, à travers les siècles, on rapporte qu'elle s'est imposée comme l'approche la plus concrète et la plus directe de l'illumination. Mumon (xm" siècle) nous livre ce com­mentaire :

 Vous ne pouvez ni le décrire ni le dessiner, Vous ne pouvez l'apprécier à sa juste valeur, ni le perce­voir.

 Impossible de trouver un lieu où placer le visage originel ;

 Il ne disparaîtra pas, même si l'univers était détruit .

 L'un des successeurs de Hui-neng, le maître zen Shih-tou (700-790) choisit une approche légèrement différente. Il ordonnait : « Débarrassez-vous de votre gorge et de vos lèvres, et laissez-moi entendre ce que vous savez dire » ; un moine répliqua : « Je n'ai pas de choses semblables. » Il reçut cette encourageante réponse : « Alors, la porte est grande ouverte . » Et il existe une anecdote identique, celle d'un contemporain de Shih-tou, le maître Pai Chang (720-814) : il demanda à un de ses moines comment il s'y prenait pour parler sans gorge, sans lèvres et sans langue. C'est du Vide, évidemment que sort notre voix — du Vide dont Huang Po (t 850) écrit : « Il est beauté pure et omnipénétrante ; il est l'Absolu incréé et qui existe par lui-même. Dans ce cas, comment peut-on seulement trouver matière à discussion dans le fait que le vrai Bouddha n'a pas de bouche et ne prêche pas de Dharma. De même, l'ouïe véritable n'a pas d'oreilles, car qui pourrait l'entendre ? Ah ! C’est là un joyau hors prix. » Douglas Harding

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03 juillet 2009

Savoir et ignorance chez Nicolas de Cuse

Savoir et ignorance chez Nicolas de Cuse

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« Seigneur, tu es un oeil »

Nicolas de Cuse est un philosophe et théologien né en Allemagne en 1401 et mort en 1464.


expérience d'éveil

De l'aveu même de Nicolas de Cuse, c'est par une expérience radicale,  bouleversante et soudaine vécue par le philosophe lui-même à bord d'un navire qui le ramenait de Grèce, qu'il a accédé à une compréhension nouvelle de Dieu. Il écrit ceci dans l'envoi de son grand livre La Docte Ignorance :

« Reçois aujourd'hui, vénérable Père, ce que, depuis longtemps, j'ai désiré atteindre par les voies de diverses doctrines; mais auparavant je l'avais fait sans résultat ; puis, à mon retour de Grèce, sur mer, sans doute par un don du père des lumières, de qui vient tout don excellent, j'ai été amené à embrasser les choses incompréhensibles d'une façon incompréhensible dans la docte ignorance, en dépassant ce que les hommes peuvent savoir des vérités incorruptibles. »1


Le savoir véritable doit être expérimenté

  Cet événement marque la découverte par Nicolas de Cuse d'une lumière incompréhensible au delà de la raison discursive. Comme Augustin dans le jardin de Milan, comme Saint-Paul sur le chemin de Damas, il goûte enfin la saveur de Dieu:

« Tout savoir qui porte sur la saveur d'une chose qu'on n'a jamais goûtée reste vain et stérile, tant que cette saveur n'est pas sensiblement goûtée. Il en est de même de cette Sagesse que personne ne goûte par ouï-dire, mais seulement celui qui la reçoit en lui et la goûte du dedans. Son témoignage, en effet, ne vient pas du dehors mais de l'expérience même qu'il a faite de sa saveur. A qui recherche l'éternelle Sagesse il ne suffit pas d'apprendre ce qu'on peut lire d'elle. Il faut que l'entendement, ayant découvert où elle se trouve, la fasse vraiment sienne. »2

 

La vérité est au-delà de la raison discursive

  Ainsi, la vraie philosophie telle que la conçoit de Cuse, fidèle en cela à Platon, conduit par delà la raison jusqu'à l'intuition de l'Absolu, dans la coïncidence des opposés qui est pour la raison comme une ténèbre.

« De là, je fais l'expérience qu'il me faut entrer dans les ténèbres et admettre au-dessus de tout le pouvoir de la raison la coïncidence des opposés, puis chercher la vérité là où se rencontre l'impossibilité et, une fois atteint le sommet qui s'élève au-dessus de la vérité intellectuelle, je serai parvenu à ce qui est inconnu à tout intellect et à ce que tout intellect juge le plus éloigné de la vérité : c'est là que tu es, Seigneur, toi qui es la nécessité absolue. »3

 

ce savoir suprême est  ignorance

  Dans une lettre adressée aux moines de Tegernsee, il écrit de même:

« Il est donc nécessaire de s'élever au-dessus de toute intellection, et même de se dépasser soi-même, ce qui entraine par accident qu'on pénètre alors dans l'ombre et la ténèbre. Si la pensée, en effet, cesse d'entendre, elle se situe dans la ténèbre et l'ignorance, et quand elle prend conscience de cette ténèbre, c'est le signe alors de la présence de Dieu qu'elle cherche »4

Il n'y a rien là de vraiment original, Nicolas suit ici les leçons de Platon dans La République et de Denys L'Aéropagite car c'est dans l'obscure clarté qu'on trouve la vérité. Il écrit :

« Il faut donc que l'intellect devienne ignorant et qu'il se tienne dans l'ombre si'il veut te (Dieu) voir. »5

La raison discursive ne suffit donc pas  à atteindre l'absolu ; elle ne peut être adéquate à la vérité car:

« L'intelligence est à la vérité ce que le polygone est au cercle : plus grand sera le nombre des angles du polygone inscrit, plus il sera semblable au cercle, mais jamais on ne le fait égal au cercle, même lorsqu'on aura multiplié les angles à l'infini, s'il ne se résout pas en identité avec le cercle. »6

La raison est ainsi réduite à une suite d'approximations successives qui se rapprochent toujours de la vérité sans pouvoir lui devenir totalement conjointe.

Il faut ou une grâce ou un quelconque moyen habile pour permettre à la conscience de s'élever par dessus la pensée jusqu'au savoir ultime qui est à la fois, dans la coïncidence des opposés, non-savoir complet.

josé le roy

 

1Nicolas de Cuse, De la Docte Ignorance, Ed. Guy Trédaniel, Edition de la Maisnie, 1979, p. 225.

2Nicolas de Cuse, Le profane, Oeuvres choisies de Nicolas de Cues, Trad. Maurice de Gandillac, Ed. Aubier Montaigne, 1942, p. 227

3Nicolas de Cuse, Le Tableau ou la vision de Dieu, Trad. Agnès Minazzoli, Ed. La Nuit Surveillée, Cerf, 1986, p. 51.

4Nicolas de Cuse, Lettres à Tegersee, Oeuvres choisies de Nicolas de Cues, Trad. Maurice de Gandillac, Ed. Aubier Montaigne, 1942, p. 365

5Le Tableau, p. 59

6La docte ignorance, II, 12

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02 juillet 2009

Qu'est-ce que la philosophie ?

Spinoza   epictete  Schopenhauer  plotin  bergson

Spinoza, Epictete, Schopenhauer, Plotin, Bergson

J'ai assisté, il y a deux semaines, à la Sorbonne à une réunion de professeurs de philosophie du secondaire et du supérieur, rassemblés pour réfléchir sur des rapports et des mesures gouvernementaux qui semblent mettre en danger à court terme l'enseignement de la philosophie dans les lycées.

Je ne sais si ces menaces sont réelles ou supposées mais ce qui m'a frappé c'est la définition de la philosophie que les professeurs dans leur ensemble ont proposée : la philosophie est une problématisation de notions, "La philosophie n'est pas un savoir comme les autres, elle n'est pas un savoir mais une pratique de l'interrogation".  La philosophie ne peut donc enseigner aucun savoir puisqu'elle n'en possède aucun ; le professeur est celui qui permet à l'élève de réfléchir sur les notions du programme (liberté, justice, devoir...)

Une telle définition de la philosophie me laisse perplexe et je me demande quels philosophes parmi tous ceux que nous connaissons l'accepteraient ?

Certainement pas Spinoza qui  présente le savoir définitif de la philosophie  de manière démonstrative. Pas davantage Descartes qui identifie philosophie et science et considère que le savoir vrai se trouve dans ses livres, savoir qu'il défend avec humeur, d'ailleurs, contre tous ceux qui ne le comprennent pas (Gassendi, Hobbes, Bourdin...). Dans l'Antiquité, Epictète pense détenir le savoir philosophique dans son intégralité ; de même pour Platon ou Epicure ou Plotin. Plus près de nous, Fichte identifie philosophie et savoir (Wissenschaft). Schopenhauer ou Bergson pensent également détenir une science.

Je ne vois guère peut-être que l'école sceptique tardive de Sextus Empiricus pour souscrire à une telle option.

A part lui, aucun philosophe ne pourrait être d'accord avec nos éminents professeurs. Aucun.Cela signifie-t-il que le scepticisme est devenu sans le dire la philosophie officielle des professeurs et des inspecteurs de philosophie? Si c'est le cas, il faudrait nous le dire.

Bien sûr, une telle pratique de l'interrogation n'est pas inutile pour nos élèves : elle leur permet de prendre du recul par rapport à leurs préjugés, elle les conduit à se libérer des dogmes religieux , des opinions mal construites...etc, mais ce n'est pas là toute la philosophie, mais au mieux une propédeutique.

De même, rien n'a été dit du lien entre philosophie et sagesse : si la philosophie permet à nos élèves de mieux penser, ne doit-elle pas aussi permettre de les rendre plus heureux, plus maitres d'eux-mêmes et de leurs affects?

La philosophie c'est d'abord et avant tout une voie de sagesse, et même d'éveil.

Pour illustrer ce débat voici une interview de Luc Ferry dont je suis proche sur ce point :

« Question : N'avez-vous pas peur que l'on vous fasse l'habituel reproche adressé aux philosophes d'aujourd'hui : faire de la philosophie une doctrine pratique pour pouvoir se réconcilier avec le réel ?

Je crois qu'il y a très peu de philosophes aujourd'hui. Il faut savoir que la classe de philosophie a été créée en 1806 par Napoléon dans une perspective très précise. Il s'agit en vérité, non pas de cours de philosophie, mais d'instruction civique pour permettre aux jeunes gens de devenir des citoyens. Un citoyen c'est d'abord quelqu'un qui vote. Que faut-il avoir comme qualité pour voter ? Etre capable de réfléchir, c'est-à-dire avoir un esprit critique, argumenter et comparer les opinions lors d'une campagne électorale. Je le dis clairement dans tous mes livres, cette activité d'esprit critique n'a strictement aucun rapport avec la philosophie. Le philosophe est évidemment quelqu'un comme tout le monde qui réfléchit, argumente et a un esprit critique. Mais son "job" consiste à répondre à la question de la "vie bonne" pour les mortels. Philosophia en grec signifie "l'amour de la sagesse". La sagesse, c'est la victoire sur les peurs qui nous empêchent de bien vivre. Le sage est celui qui a vaincu la peur de la mort. Je conteste totalement l'idée que la philosophie soit un art de la dissertation et de la réflexion critique comme on l'enseigne dans la plupart des classes de terminale. »

Et voici un point de vue opposé soutenu par une professeur de philosophie Hansen-Love:

« Il est faux de soutenir que la philosophie c’est l’apprentissage de la sagesse, ou du « bien vivre ». Ceci est la thèse de Luc Ferry, pas de tout le monde. Pour moi, la philosophie est recherche et amour de la vérité. A ce titre, elle implique la pratique de la pensée et l‘apprentissage d’une discipline que nous enseignons par le biais, entre autres, de la dissertation. Apprendre à penser par soi-même, montrer comment et pourquoi on doit se délivrer de la tyrannie de l’opinion, voilà ce que nous faisons en cours de philosophie. Ce n’est ni vain ni absurde. C’est extrêmement utile par les temps qui courent. «

C'est évidemment Ferry qui a raison. La philosophie est une voie d'éveil pas un art de disserter.

josé le roy

agrégé de philosophie

  

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01 juillet 2009

Vivecacudamani : 5

shankaraVidya shankara temple at Sringeri en Inde

Voici la suite de ce célèbre texte de Shankara, le vivecacudamani

le texte sanskrit est disponible ici : http://sanskritdocuments.org/all_pdf/viveknew.pdf

Le début de la traduction est ici : http://eveilphilosophie.canalblog.com/archives/2009/06/24/14198032.html

30

Mais celui dont le détachement et le désir de libération sont intenses,

en lui, en vérité, la tranquillité, et le reste des vertus seront réelles et fructueuses.

31

Là où il y a faiblesse du détachement et du désir de libération

là il n'y a qu'apparence de tranquillité comme de l'eau dans le désert.

comm: le désir de libération est essentiel sur la voie. L'eau dans le désert désigne un mirage.

32

Parmi toutes les causes de la libération, la dévotion en vérité est la plus importante; la réunion avec sa propre forme est appelée "dévotion" (bhaktih)

comm: la dévotion ne se tourne pas vers un Dieu extérieur mais vers soi-même, car c'est en soi-même que se trouve l'absolu

32

La communion avec la réalité de son propre soi, d'autres ont dit que c'était la dévotion.

comm: ce shloka semble dire que considérer sa propre forme comme le dit le shloka précédent, c'est encore apercevoir une dualité entre soi et sa nature, mais la vraie dévotion se tourne vers le Soi intérieur sans aucune dualité.

33

Celui qui désire connaitre la réalité du Soi et qui a réussi la pratique susdite

devra s'asseoir auprès d'un maitre éveillé grâce auquel il y a libération des liens.

34

Celui qui est versé dans les Vedas, celui qui est droit, non blessé par le désir, qui a la connaissance suprême du Brahman, qui trouve son repos dans le Brahman, est apaisé comme un feu sans combustible.

comm: c'est ici une description du maitre idéal.

35

Il est un océan de compassion sans cause; il est le parent des sages qui rendent hommage.

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