voici un livre singulier qui vient de paraitre en anglais.

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J.C. Amberchele est prisonnier à vie dans une prison du Colorado et un jour, en découvrant un live de Douglas Harding il s'est éveillé.
C'est l'histoire de cet éveil qui est raconté ici.

Voici un extrait déjà publié sur le site www.visionsanstete.com

"Quelles que soient   les idées que j'ai pu avoir sur la manière dont le monde fonctionne,   aucune ne m'a amené bien loin, si l'on considère que j'ai passé   plus de vingt ans en prison. Je tiens la plupart de mes croyances de mon père   et de John Wayne, et tout ce qui pour moi n'était pas ultra-dur et ultra-cool   était ultra-gênant. En fait, je vivais dans un état de gêne   quasi perpétuelle, ne parvenant jamais à vivre à la hauteur   de ces standards ridicules que j'avais adoptés sans réfléchir,   et que personne, y compris moi-même, ne pouvait atteindre : comment je   devais agir, de quelle manière les autres devaient me traiter, ou se   comporter en ma présence, de quelle faÇon les jours, les mois,   les années devaient se dérouler en ma faveur.

Inutile de dire   que je suis devenu l'idole des accros du contrôle à travers le   monde. Et comme tous les accros au contrôle, je trimballais sous une faÇade   d'une grande force un sentiment de vide et d'échec entretenant constamment   la guerre entre celui que je pensais devoir être et celui que je pensais   être. Pris dans une tourmente, je ne cessais de m'auto-détruire   entraînant d'autres personnes avec moi.

Et puis, il y a   des années de cela, alors que je purgeais ma peine de prison depuis déjà   longtemps, j'ai vu par hasard à la télé une interview de   Joseph Campbell par Bill Moyers de la PBS et je décidai d'essayer la   méditation. C'était assez difficile au début avec les foules,   le bruit et la routine dans le quartier cellulaire, mais j'ai rapidement découvert   que durant la méditation j'avais peu d'attente à mon propre égard   ou même à l'égard d'autrui, comme s'il n'y avait personne   d'autre. C'était un lieu dénué d'exigence ou de gêne,   un refuge où je n'avais plus besoin d'affirmer ma volonté égarée.   Et à part de rares aperÇus sous l'emprise de la drogue ou dans   des situations de stress lorsque ma vie était en danger, c'était   la première fois que je prenais véritablement conscience de moi-même,   de cette attention nue au "Je suis" au centre de ma conscience, et   qui, je le découvrais maintenant, avait été là de   tout temps.

A partir de ce   moment-là, le mystère s'est transformé en interrogation   sur la manière dont ce "Je" se manifestait et sur le lieu à   partir duquel il ne cessait de surgir. L'ancienne manière de penser,   consistant à me considérer comme une conscience séparée   dans un esprit et un corps individuels, était bien trop douloureuse pour   être acceptée. J'avais été éduqué ainsi,   par mon père et par chaque personne à laquelle je m'étais   comparé; c'était là la voie de la contraction, de la confrontation   et de l'auto-mutilation sans fin. Il devait y avoir une autre explication.

S'ensuivirent six   années de lecture obsessionnelle. Je voulais approfondir l'intuition   que j'avais eue lors de ma période L.S.D. dans les années soixante,   qui s'était manifestée sous forme de peur et qui était   ressurgie lors de l'interview de Campbell : à savoir que toutes les grandes   religions portent en leur racine un message identique, si clair et si évident   qu'il n'est pas besoin de mots pour le réaliser. Je soupÇonnais   que ma perception du monde et ma soi-disant place en son sein était illusoire   et que la réalité ne correspondait pas à ce que moi et   la plupart du monde pensions. C'était comme si l'humanité était   le sujet d'un canular que l'univers avait manigancé pour se jouer un   tour à lui-même. Et il était clair que ma vie jusqu'à   présent avait été un combat contre la révélation   de cette connaissance, je m'accrochais autant que faire se pouvait aux mensonges   que l'on m'avait transmis, m'efforÇant envers et contre tout d'éviter   la vérité.

J'ai lu des textes   bouddhistes. J'ai lu Gurdjieff et Ouspensky. J'ai lu tout ce que j'ai pu trouver   sur les mystiques chrétiens. J'ai dévoré Hafiz et Rumi   puis ai plongé dans les travaux des grands Sages indiens. J'ai découvert   Wei Wu Wei, puis m'en suis retourné au bouddhisme pour y plonger profondément.   J'étais déterminé à découvrir ce qu'il en   était, à découvrir quel était ce mystère   au cœur de cette affaire.

Et puis, un jour,   j'ai lu un article de Douglas Harding au sujet de cette soi-disant "absence   de tête" et quelque chose à fait "tilt". Voir qui   l'on est, Harding remarquait, était élémentaire, si aisé   que nous ne le remarquions pas, et ne le reconnaissant pas, nous érigions   des systèmes philosophiques et religieux de proportions monumentales,   en ne le dissimulant que plus. Et pendant tout ce temps, il est Ici-même,   plus proche que le plus proche.

A ce moment-là   je pensais à l'ancienne histoire soufi du Mollah Nasruddin, très   agité, entrant en ville criant qu'il avait perdu son âne, jusqu'à   ce qu'on lui fasse remarquer qu'il était assis dessus.

Le message était   clair : "Nous ne pouvons Le voir parce que nous Le sommes" et les   implications faisaient voler l'esprit en éclats. Le terme d'illusoire   que j'avais utilisé pour décrire ma perception suspecte du monde   m'apparaissait soudain comme l'euphémisme suprême. Elle n'était   pas seulement illusoire, elle était à 100% sens dessus dessous;   s'il y avait quelque chose à l'intérieur d'une autre, c'était   l'univers qui était en moi, y compris tout concept au sujet d'un "moi",   corps et esprit. J'étais comme Harding l'avait dit, "Espace"   dans lequel le monde apparaissait. Un Espace qui participait activement à   la création de ce même monde! C'était renversant!

Demeurer dans cette   vision était une autre affaire. Comme tout le monde, j'avais été   conditionné à me considérer comme un individu séparé   avec une conscience séparée, une conscience qui émanait   mystérieusement de cette matière spongieuse à l'intérieur   de ma tête. Harding, je le réalisais maintenant, révélait   le contraire, comme tous les autres, y compris les fondateurs des grandes religions.   Et comme leurs fidèles, j'étais incapable de rester ouvert; je   ne pouvais m'empêcher de revenir aux supercheries que l'on m'avait enseignées   enfant. C'était comme si j'étais prisonnier de ma tête.  

Pas de doutes,   le combat était engagé. C'était clair : je pouvais m'asseoir   jambes croisées pendant toute ma vie, je pouvais vivre dans une grotte   de montagne au Tibet, je pouvais m'entraîner dans n'importe quelle lignée   de n'importe quelle religion et continuer à entretenir une vision fausse,   à me voir comme un individu regardant des objets. A présent, je   voulais abandonner le mensonge et revenir à la vérité.   Et j'étais mis au supplice, car je ne cessais d'oublier. Comment parvenir   à effectuer ce changement?

Je n'ai jamais   répondu à cette question, sauf pour penser qu'il peut ne pas y   avoir de changement. Et lutter contre cet état de fait ne semble en fait   que renforcer l'incompréhension. La solution réside, bien sûr,   dans la vision bouddhiste de l'identité du samsara et du nirvana, mais   je voulais la vivre et pas seulement y penser.

Et puis quelque   chose se produisit lors de l'une de nos réunions bouddhistes, ici, à   la prison. 1500 hommes vivent ici, seulement 9 d'entres nous se déclarent   bouddhistes et parmi nous à peine une demi-douzaine étaient là.   Ce qui était suffisant, toutefois, pour qu'un peu de magie prenne place.  

Nous venions de   terminer une courte méditation, et l'un des hommes avait lancé   la conversation sur le "vide", ce qui eut pour effet de nous plonger   dans l'habituel guêpier : une querelle débuta et se transforma   rapidement, du fait que nous sommes dans une prison, en un échange musclé.   Je pensais qu'il valait mieux revenir à la méditation, à   l'observation de notre respiration, mais personne n'en avait vraiment envie.   La dispute se poursuivait et j'ai eu envie de partir, puis je me suis souvenu   des mots de Harding au sujet de l'Espace Ici, Capacité même pour   une dispute et je me suis souvenu des exercices.

Les exercices sont   incroyablement simples et tellement radicaux. Le fait même qu'ils soient   simples et radicaux constitue pour moi la preuve de leur justesse, même   si, lorsque je les ais découvert pour la première fois dans les   livres de Harding, j'ai ri tellement je les trouvais loufoques. Et puis, finalement   j'ai compris, "pigé!", comme on dit, j'ai su qu'ils pointaient   dans la bonne direction et que le reste du monde se trompait.

Donc je me suis   levé et les autres m'ont regardé tandis que je commenÇais   une marche méditative autour de notre petit cercle de chaises, et bientôt,   les autres m'ont rejoint. Il s'agit de se taire et d'avoir le moins de pensées   possible en portant son attention sur la sensation dans ses pieds tandis que   l'on marche, mais cette fois-ci j'ai demandé à tout le monde d'oublier   tout ce qu'ils avaient jamais appris, comme s'ils venaient de naître dans   cette pièce et que tout était nouveau et étrange. Je leur   ai demandé de porter leur attention sur l'instant présent, l'instant   présent et encore l'instant présent, comme si le passé   et le futur étaient des pensées inaccessibles. Je me rappelais   Harding racontant comment, en voiture, il regardait les poteaux téléphoniques   se mouvoir tandis que lui était immobile et j'ai donc demandé   à chacun de faire de même, de prétendre que c'était   le tapis qui bougeait, pas eux, de voir les murs et les chaises défiler   et la pièce virevolter tandis qu'ils tournaient.

Il y eut quelques   rires étouffés, et après une minute ou deux, nous nous   sommes assis et j'ai demandé au groupe de pointer un doigt en direction   du plafond et de noter ce vers quoi leur doigt pointait, en l'occurrence les   carreaux du plafond et les lampes. Puis nous avons pointé en direction   du mur, du sol, de nos genoux, de notre poitrine, remarquant à chaque   fois qu'il s'agissait d'un objet (notre main) pointant en direction d'autres   objets, avec leurs diverses qualités. Enfin, nous avons pointé   en direction de ce à partir de quoi nous regardions et j'ai répété   les questions qu'Harding posait : "Si vous laissez de côté   vos conditionnements, si vous oubliez tout ce que vous avez appris et vous basez   sur l'évidence présente, en direction de quoi pointez-vous en   ce moment : un objet opaque, rond, séparé et solide, ou pointez-vous   en direction d'un Espace pour ces objets, d'une Capacité? Cet espace   n'est-il pas sans limite, immaculé et totalement transparent et cette   capacité sans limite n'accueille-t-elle pas la pièce et tout ce   que vous regardez? N'est-elle pas éveillée et trouverez-vous jamais   la Conscience ailleurs qu'Ici?

Personne ne dit   rien. Nous n'avions pas de miroirs, de cartes avec des trous ou des sacs de   papier pour les autres exercices, mais avant qu'ils ne me tombent tous dessus,   je pensais que nous pouvions supporter un peu de confrontation - chose à   laquelle nous autres prisonniers sommes habitués - en nous mettant par   deux et nous asseyant face à face. L'exercice d'Harding, "face-à-non-face",   se pratique à l'aide d'un sac de papier dont le fond a été   coupé de telle sorte que les deux bouts sont ouverts. Un des partenaires   place son visage à l'une des extrémités du sac, le second   partenaire fait de même à l'autre bout et l'idée communément   admise est que les deux partenaires se confrontent à l'intérieur   du sac, face-à-face. C'est notre manière habituelle d'entrer en   relation avec autrui. Mais les questions d'Harding nous révèlent   le contraire : "Oubliez tout ce que l'on vous a dit à présent,   et selon l'évidence présente, combien y a-t-il de visages dans   le sac? êtes-vous face-à-face, ou y a-t-il un visage là-bas   et un Espace Ici? êtes-vous opposé à cette personne, ou   n'êtes-vous pas, ici, Capacité pour cette personne, et n'est-il   pas vrai, qu'il n'y a rien ici, pas le moindre atome de poussière pour   empêcher cette personne d'être Ici? N'êtes-vous pas infini,   transparent, vide de ce côté du sac, et en même temps, n'êtes-vous   pas plein de cette personne face à vous, de telle sorte que vous êtes   pour ainsi dire mort de votre côté et êtes ressuscité   en tant que cette personne-là? Ne sommes-nous pas construit de cette   faÇon, pour mourir en faveur de l'autre et n'est-ce pas le fondement   de l'amour?"

Vous pouvez facilement   imaginer ce que j'attendais de mes chers codétenus, mais ils me surprirent.   J'ai entendu des "Waow!" et des éclats de rire, et encore des   "Waow!" Je ne sais pas s'ils ont accroché, mais quelque chose   s'est passé dans cette salle, même si ce n'est que pour moi, ou,   devrais-je dire, à l'Espace de ce côté-ci, à la Capacité   qui est toujours Ici et toujours pleine de ce qui est là. J'ai quitté   cette réunion avec la certitude expérimentale que Qui Je Suis   Vraiment est toujours là, à disposition, à portée   d'un exercice.

Finalement j'ai   rejoint ma cellule en observant les trottoirs, les poteaux, et les constructions   défiler, tandis que je demeurais immobile comme je l'ai toujours été.   Je n'ai qu'à pointer mon doigt pour me souvenir de regarder à   partir de quoi je regarde et j'ai seulement besoin de l'image d'un visage pour   savoir que la fin de la confrontation se trouve Ici. Et en quittant cette réunion   : tout ce qui défilait n'était rien d'autre que ce que Je Suis;   je marchais, incroyablement, en Moi-même, intimidé et plein de   révérence à chaque pas.

Je veux donc remercier   Douglas Harding. Je remercie sa sagesse, qui, bien sûr est ma sagesse   et la sagesse de tous, que nous le réalisions ou pas. Je remercie pour   tout ce qui arrive, qui passe, se présente et pour tous les visages en   faveur desquels je suis construit pour disparaître. Y compris celui, étrange,   que je vois là, dans le miroir." J.C.Amberleche