31 mars 2009
Intérieur et extérieur 1
Critique de l'idée d'intériorité
Quand ils s'appliquent à décrire un objet et son contenu, les mots "intérieur" et "extérieur" décrivent une réalité a peu près exacte: par exemple les livres sont à l'intérieur de la bibliothèque, l'eau est à l'intérieur de la bouteille. Entre l'extérieur et l'intérieur doit exister une frontière matérielle (ici les portes en verre et en bois quand elles sont fermées, là une paroi de verre).
Il en va tout différemment lorsque ces mots d'intérieur et d'extérieur sont appliqués à notre vie personnelle.
Il y a bien si l'on veut un intérieur du corps mais est-ce là mon intérieur? Quel est le statut de cet intérieur du corps ? Mon foi, mes intestins, et même l'intérieur de mes intestins, le sang...etc font-ils partie de l'intérieur du moi? Tous les organes du corps ne sont-ils pas plutôt à l'extérieur du moi? En tant qu'ils sont dans le corps sous la peau ils sont bien intérieurs au corps mais puis-je dire que les intestins (pour prendre l'exemple le plus étonnant)et leur contenu font partie de ce que je suis ?
Il est clair que l'intérieur du corps ne peut constituer mon intérieur. Je ne suis pas dans le corps. Si mon lecteur a encore des doutes, je lui suggère de se poser très sincèrement les questions suivantes:
-Suis-je dans mon corps?
-Si oui, où cela?
-Suis-je dans mes intestins?
-Suis-je dans mon pouce gauche?
-Si oui, dans quelles parties? Sous mon ongle? dans l'os? Entre la peau et l'os?
ETC...
L'illusion de l'intériorité provient d'une identification au corps. On prétend que la peau nous séparerait de l'extérieur mais cette idée est absurde, car la peau du corps recouvre un objet du monde, et nous ne sommes pas un objet.
Cette illusion d'un moi intérieur au corps disparait aussitôt que le moi s'examine lui-même avec attention. L'illusion de l'intériorité ne peut pas résister à l'attention qui fait s'évanouir et l'extérieur et l'intérieur en même temps comme si une porte s'ouvrait déchirant le voile qui masque la réalité. C'est là une expérience bouleversante car elle brise les repères habituels de notre vie. La vie du JE se déroule alors sans dedans et sans dehors mais comme dans une unité continue, sans frontière et sans limite.
Aucune frontière ne nous sépare des choses ; la conscience est une vaste ouverture qui accueille le monde, les couleurs, les formes et les sons.
Pas de dehors, pas de dedans, juste l'UN. Comme une fenêtre ouverte ,mais infinie, qui s'ouvre par un regard sans observateur. Oh miracle.
29 mars 2009
Entretien avec Douglas Harding
Le revue 3ème millénaire vient de publier, dans son numéro de printemps 2009, un entretien de 2005 entre Douglas Harding et moi-même.
N° 91 - Printemps 2009 |
| Thème : Eveil, Illumination... Y a-t-il une pédagogie ? |
| Sommaire |
| Jean Bouchart d'Orval : Le dynamisme lumineux Albert Blackburn : Vivre avec Intelligence Man-Yan Hor : Comment s'unir au Tao Marina Borruso : L'éveil spirituel est là, maintenant Karl Renz : Tu es pure lumière Joëlle Maurel : Une pédagogie de l'éveil est-elle possible ? Yolande : La vie se charge de nous 3e millénaire : L'éveil au Soi De la jouissance à la félicité 3e millénaire : L'Éveil, l'Illumination La pédagogie chez Jean Klein Christian Jourdain : L'anthitérapie, une mise en lumière de notre liberté Marigal : Quand la conscience s'éveille, ... l'Éveil EST Jean-Paul Beaudoin : Zen, la voie sans voie Père Lazaré : Veiller !? Stephen Jourdain : Hommage Douglas Harding et José Le Roy : Vivre et partager l'éveil Nicole Montineri : Un seul élan suffit Ken Wilber : Passer l'enfer Sylvia Garance : L'intégration du moi limité dans le Soi illimité |
28 mars 2009
Le vijnana bhairava : texte du shivaisme du cachemire
Voici un des textes fondamentaux du Shivaïsme du Cachemire, pour ceux qui ne l'auraient pas encore lu.
Vijnâna Bhairava Tantra
Traduction Lilian Silburn
Chargée de recherches au CNRS
Membre du collège France
La Déesse dit :
Ô Dieu, tout ce qui tire son origine du Rudrayâmalatantra m'a été intégralement révélé. C'est le Trikabheda, la triple différenciation obtenue en extrayant la quintessence de la quintessence.
Et cependant, O Maître suprême ! mon doute n'est pas encore dissipé. Quelle est, O dieu, en réalité absolue, l'essence qui consiste en énergie fragmentatrice de l'ensemble des sons ? Ou encore, comment peut-elle résider sous l'aspect différencié d'une nonuple formule dans la forme distincte de Bhairava ? Ou encore, comment est-elle différenciée en un Dieu à trois têtes ? Ou comment donc consiste t-elle en une triple énergie ? Comment à nouveau est-elle faite de nâdabindu ? Qu'est-ce que les phases subtiles de l'énergie phonématique, la demi-lune et l'obstruante ? Ou encore comment est-elle la consonne sans voyelle ( anacka ) qui réside sur la roue des phonèmes ? Comment donc a-t-elle pour nature propre l' Énergie ?
Ou encore comment tout est composé, soit de l'énergie transcendante-et-immanente et à la fois de l'énergie immanente seule, et encore à la fois de l'énergie purement transcendantale ? La transcendance, en vérité, ne saurait être différenciée en phonèmes et en corps, car elle ne peut se trouver en tant que nature indivise dans ce qui est composé.
O Seigneur accorde-moi ta grâce et dissipe entièrement mon doute.
Bhairava répond :
Bien ! Bien ! O Très aimée ! ta question forme la quintessence des Tantra. Ce sujet est extrêmement ésotérique, O Bienheureuse ! pourtant je te l'expliquerai, Déesse. Tout ce qu'on déclare forme composée appartenant à Bhairava doit être considéré comme une fantasmagorie, une illusion magique, un rêve, le mirage d'un château dans le ciel, du fait de son manque de substance.
Du point de vue absolu, ce bhairava n'est ni la nonuple formule, ni l'ensemble des sons. Il n'est pas non plus le Dieu à trois têtes. La triple énergie ne constitue pas son essence. Il ne consiste pas non plus en nâdabindu , ni en candrardha ni en nirodikhâ (ensemble d'énergies de plus en plus subtiles) et ne s'associe pas au cours de la Roue cosmique. L'énergie ne forme pas son essence, car ces conceptions ne sont que des épouvantails à l'usage des enfants et des hommes à la pensée non encore éveillée, elles jouent le même rôle que la douceur qui cache le médicament. Leur description n'a d'autre but que de faire progresser l'aspirant.
La félicité éprouvée comme sienne au plus profond de soi n'est pas soumise à la pensée dualisante. Elle échappe aux exigences de temps et de lieu ainsi qu'aux spécifications de l'espace. Dans l'ordre de la vérité absolue, elle ne peut être suggérée et demeure ineffable. Telle est l'expression de la plénitude, la Bhairavi , l'énergie du Soi de Bhairava . En vérité on doit discerner cette Merveille immaculée qui emplit le cosmos. A un tel degré de réalité qui donc est adoré et qui se plait à l'adoration ? Cette condition de Bhairava qu'on célèbre de la sorte est attestée comme suprême. C'est elle que sous sa forme la plus lointaine, on déclare ‘Déesse suprême'.
Puisqu'il ne peut jamais y avoir aucune distinction entre énergie et détenteur d'énergie, ni entre substance et attribut, l'énergie suprême est identique au Soi suprême. Comme on n'imagine pas d'énergie consumante distincte du feu, la distinction entre énergie et porteur d'énergie n'apparaît pas lorsqu'on s'absorbe dans la Réalité de la connaissance absolue.
Si celui qui pénètre dans l'état de l'énergie réalise qu'il n'en est pas distinct, son énergie divinisée assume l'essence de Shiva et on la nomme alors ‘ouverture'. De même que, grâce à la lumière d'une lampe ou aux rayons du soleil, on prend connaissance des diverses portions de l'espace, de même O Bien Aimée ! c'est grâce à son énergie que l'on peut connaître Shiva .
La Déesse dit :
O dieux des dieux ! Toi qui portes l'emblème du trident et as pour ornement la guirlande des crânes, dis-mois par quels moyens on peut apercevoir l'état qui a forme de plénitude propre à Bhairava , qui échappe au temps et à l'espace et défie toute description ? En quel sens dit-on la suprême Déesse est l'ouverture qui lui donne accès ? Instruis-moi O Bhairava , afin que ma connaissance devienne parfaite.
Bhairava répond :
Il faut exercer une poussée ascentionnelle sur la suprême Énergie formée de deux points ( Visarga ), que sont le souffle expiré en haut et le souffle inspiré en bas. La situation de plénitude provient de ce qu'ils sont portés ou maintenus, sur leur double lieu d'origine.
Si l'on s'exerce sans interruption sur le couple des espaces vides interne et externe des souffles inspirés et expirés, ainsi O Bhairavi : la merveilleuse Forme de Bhairavi et de Bhairava se révèlera.
L'énergie sous forme de souffle ne peut ni entrer ni sortir lorsqu'elle s'épanouit au centre en tant que libre de dualité, par son entremise on recouvre l'essence absolue.
Qu'on pratique la rétention du souffle lorsqu'on expire ou encore lorsqu'on inspir. A la fin de cet exercice, on nommera cette énergie du souffle retenu, ‘apaisée' et grâce à cette énergie se révèle l'essence apaisée.
Qu'on se concentre sur cette énergie du souffle resplendissante de rayons de lumière et dont l'essence est subtile entre les choses subtiles, quand elle s'élève de la base jusqu'à ce qu'elle s'apaise au centre supérieur. Voilà l' Éveil de Bhairava .
De centre en centre, de proche en proche, l'énergie vitale, tel un éclair jaillit jusqu'au sommet du triple poing, tant qu'à la fin le grand Éveil se produit.
Les douze modalités successives correspondent exactement à la distinction en douze phonèmes. S'étant libéré graduellement des conditions matérielle, subtile, et suprême, en dernier lieu, on s'identifie à Shiva même.
Ayant rempli le sommet du crâne de l'énergie du souffle et projeté celle-ci rapidement à l'aide du pont établi par une contraction des sourcils, si l'on a libéré la pensée de toute dualité, grâce à cette énergie, on deviendra omnipénétrant dès qu'on accède à ce qui est au delà de toute chose.
Si l'on médite sur le quintuple vide, en prenant pour support les cercles bariolés des plumes du paon, on s'abîme dans le Cœur, l'incomparable Vide.
Vide, mur, réceptacle suprême, quel que soit l'objet sur lequel on doit se concentrer en suivant un tel ordre, l'excellente Bienfaitrice se résorbe en elle même.
Ayant fixé la pensée à l'intérieur du crâne, se tenant les yeux fermés, peu à peu, grâce à la stabilité de la pensée, qu'on discerne l'éminemment discernable.
Le canal médian est ce qui tient au Centre. Quant on médite sur lui sous forme de cette Déesse qui, semblable au filament d'une tige de lotus, est identique au firmament intérieur, alors le Dieu se révèle.
Dès que l'on a bouché les ouvertures des sens à l'aide de l'arme défensive que forme les mains les obstruant, et qu'on perce le centre entre les sourcils, le bindu une fois perçu disparaît peu à peu, alors au milieu de cette disparition, voilà le suprême séjour.
Si l'on médite dans le cœur et au sommet de la mèche de cheveux sur le bindu , point semblable à la marque rouge, ce feu subtil que produit une certaine effervescence, à la fin, lorsque celle-ci a disparu, on s'absorbe dans la Lumière de la Conscience.
Il accède au brahman suprême celui qui baigne dans le brahman-son , l' anâtha logé dans le réceptacle de l'oreille, son ininterrompu, précipité comme un fleuve.
Si l'on récite la syllabe sacrée AUM ou toute autre formule et qu'on éprouve le vide qui se trouve à la fin du son protracté, au moyen de cette éminente énergie du vide, O Bhairavi, on atteint la vacuité.
Il faut se concentrer sur la fin ou le commencement de n'importe quel phonème. Par la puissance du vide, cet homme devenu vide prendra la forme du vide.
En suivant attentivement les sons prolongés d'instruments de musique, à cordes ou autres, si l'esprit ne s'intéresse à rien d'autre, à la fin de chaque son, l'on s'identifiera à la forme merveilleuse du firmament suprême.
Mais aussi à l'aide de la succession ordonnée de phonèmes grossiers d'une formule quelconque d'un seul bloc, sous la poussée du vide propre aux phases subtiles d' ardhendu , bindu , et nadâbindu on deviendra Shiva .
Qu'on évoque l'espace vide en son propre corps dans toutes les directions à la fois. Alors, pour qui jouit d'une pensée libre de dualité, tout devient espace vide.
On doit évoquer en même temps le vide du sommet et le vide de la base. Du fait que l'Énergie est indépendante du corps, la pensée deviendra vide. Qu'on évoque de manière simultanée le vide du sommet, le vide à la base et le vide du cœur. Grâce à l'absence de toute pensée dualisante, alors se lève la Conscience non-dualisante.
Si l'on évoque, rien qu'un instant, l'absence de dualité en un point quelconque du corps, voilà la Vacuité même. Libéré de toute pensée dualisante, on accèdera à l'essence non dualisante.
O Belle aux yeux de gazelle ! Qu'on évoque intensément toute la substance qui forme le corps comme pénétrée d'éther. Et cette évocation deviendra alors permanente.
On doit considérer la différenciation de la peau du corps comme un mur. Celui qui médite sur son corps comme s'il ne contenait rien à l'intérieur, adhère bientôt à l'au-delà du méditable.
O Bienheureuse ! les sens anéantis dans l'espace du cœur, l'esprit indifférent à toute autre chose, celui qui accède au milieu de la coupe bien close des lotus atteindra la faveur surprême.
Du fait que la pensée est absorbée dans le dvâdasantâ , chez un homme dont l'intellect est ferme et dont le corps est pénétré de toutes parts de Conscience, se présente alors à lui la caractéristique de la Réalité bien affermie.
Qu'on fixe sa pensée dans le centre supérieur, dvâdasantâ , de toutes manières et où qu'on se trouve. L'agitation s'étant peu à peu abolie, en quelques jours l'indescriptible se produira.
On doit intensément se concentrer sur sa propre forteresse comme si elle était consumée par le feu du Temps qui surgit du pied de ce Temps. Alors, à la fin, se manifeste la quiétude.
De même, après avoir médité en imagination sur le monde entier comme étant consumé par les flammes, l'homme dont l'esprit est indifférent à toute autre chose, accèdera à la plus haute condition humaine.
Si l'on médite sur les catégories subtiles ainsi que sur les catégories très subtiles, incluses dans son propre corps, ou bien sur celles de l'univers comme si elles se résorbaient les unes dans les autres, finalement la suprême Déesse se révèlera.
Si l'on médite sur l'énergie du souffle grasse et très faible dans le domaine du dvâdasantâ et qu'au moment de s'endormir, on pénètre dans son propre cœur; en méditant ainsi on obtiendra la maîtrise des rêves.
Il faut se concentrer par degrés sur l'univers sous forme de monde et autres cheminements, en le considérant dans ses modalités grossière, subtile et suprême, jusqu'à parvenir finalement à l'absorption de la pensée.
Après avoir médité sur la réalité Sivaïte selon la méthode des six cheminements, de façon exhaustive en y incluant l'univers entier, alors se produit le grand Éveil.
O puissante Déesse ! on doit se concentrer intensément sur tout cet univers comme s'il était vide et là même la pensée se résorbe. Alors on devient le vase d'élection de l'absorption en ce vide.
Qu'on fixe le regard sur un récipient, une cruche ou quelque autre objet en faisant abstraction de ses parois. Lorsqu'on parvient à s'absorber en ce vide, à cet instant précis et grâce à cette absorption, on s'identifiera à Lui.
Qu'on fixe le regard sur une région dépourvu d'arbres, de montagnes, de murailles ou d'autres objets. Dans l'état mental d'absorption on devient un être dont l'activité fluctuante a disparu.
Au moment où l'on perçoit deux choses, prenant conscience de l'intervalle entre elles, qu'on s'y installe ferme. Si l'on bannit simultanément toutes deux, alors, dans cet intervalle, la Réalité resplendit.
Que l'esprit qui vient quitter une chose soit bloqué et ne s'oriente pas vers une autre chose. Alors, grâce à la chose qui se trouve entre elles, la Réalisation s'épanouit dans toute son intensité.
En vérité, que l'on évoque parfaitement, de façon simultanée dans sa totalité, soit l'univers, soit son propre corps comme s'il était fait de conscience. Alors, à l'aide d'une pensée sans dualité, on obtiendra le suprême Éveil.
En pratiquant la friction des deux souffles, à l'extérieur ou à l'intérieur, le yogin deviendra à la fin le vase d'élection d'où surgit la connaissance suprême de l'Égalité.
Que le yogin considère soit l'univers entier soit son propre corps, simultanément dans sa totalité, comme rempli de sa propre félicité. Alors, grâce à son ambroisie intime, il s'identifiera à la suprême félicité. Comme par un procédé de magie, O Belle aux yeux de gazelle ! la grande félicité se lève subitement. Grâce à elle la Réalité se manifeste.
Lorsqu'on fait échec au flot tout entier des activités sensorielles par le moyen de l'énergie du souffle qui s'élève, peu à peu, au moment où l'on sent un fourmillement, le suprême bonheur se propage.
Mais qu'on fixe la pensée qui n'est plus que plaisir dans l'intervalle de feu et de poison. Elle s'isole alors ou se remplit de souffle et l'on intègre la félicité de l'Amour.
La jouissance de la Réalité du brahman qu'on éprouve au moment où prend fin l'absorption dans l'énergie fortement agitée par l'union avec une parèdre ( shakti ), c'est elle précisément qu'on nomme jouissance intime.
O Maîtresse des Dieux ! l'afflux de la félicité se produit même en l'absence d'une énergie (femme), si l'on se remémore intensément la jouissance née de la femme grâce à des baisers, des caresses et des étreintes.
Ou encore à la vue d'un parent dont on a été longtemps séparé, on accède à une félicité très grande. Ayant médité sur la félicité qui vient de surgir, on s'y absorbe, puis la pensée s'identifie à elle.
Grâce à l'épanouissement de la félicité qui comporte l'euphorie causée par la nourriture et la boisson, qu'on adhère de tout son être à ce état de surabondance et l'on s'identifiera alors à la grande Félicité.
Si un yogin se fond dans le bonheur incomparable éprouvé à jouir des chants et autres plaisirs sensibles, parce qu'il n'est plus que ce bonheur, une fois sa pensée stabilisée, il s'identifiera complètement à lui.
Là ou la pensée trouve satisfaction, c'est en ce lieux même, qu'il faut river cette pensée sans fléchir; c'est là, en effet, que l'essence de la suprême félicité se révèle pleinement.
Lorsque le sommeil n'est pas encore venu et que pourtant le monde extérieur s'est effacé, au moment où cet état devient accessible à la pensée, la Déesse suprême se révèle.
Le regard doit être fixé sur une portion d'espace qui apparaît tachetée sous le rayonnement du soleil, d'une lampe etc… C'est là même que resplendit l'essence de son propre Soi.
La suprême fusion dans le Tout se révèle au moment de la perception intuitive de l'Univers, grâce aux attitudes suivantes : le repos de la mort, la fureur, la fixité du regard, la succion ininterrompue et la concentration sur l'éther.
Installé sur un siège moelleux, ne reposant que sur son séant, pieds et mains privés de support; par l'effet de cette attitude, l'intelligence intuitive la plus haute accède à la plénitude.
Confortablement installé sur un siège, les bras croisés ayant fixé la pensée au creux des aisselles, grâce à cette absorption on obtiendra la quiétude.
Ayant fixé les yeux sans cligner sur un objet à forme grossière et si l'on prive la pensée de tout support, l'on parviendra sans tarder à Shiva .
La bouche étant largement ouverte, la langue au centre, si l'on fixe la pensée sur ce centre en récitant mentalement le phonème Ha, l'on s'abîmera alors dans la paix.
Se tenant assis ou couché, un yogin, doit évoquer avec intensité son propre corps comme privé de support; dans une pensée qui s'évanouit, à l'instant même, ses prédispositions inconscientes s'évanouiront.
Ou encore si l'on se trouve dans un véhicule en mouvement, ou si l'on meut le corps très lentement, O Déesse ! jouissant alors d'une disposition d'esprit bien apaisée, l'on parviendra au flot divin.
Si contemplant un ciel très pur, on y fixe le regard sans la moindre défaillance, l'être tout entier étant immobilisé, à ce moment même O Déesse ! on atteindra la Merveille de bhairava .
Qu'on évoque tout l'espace-vide sous forme d'essence de bhairava , comme dissous dans sa propre tête. Alors l'univers tout entier s'absorbera dans la Réalité de l'éclat, expression même de Bhairava
Quand on connaît pleinement la forme de Bhairava dans la veille et autres états, c'est à dire : connaissance limitée et production de dualité quant à la veille, vision extériorisante quant au rêve et aussi ténèbres quant au sommeil profond, on est alors empli de la splendeur infinie de la Conscience. Une chose limitée étant connue, engendre la dualité. Telle est la lumière extérieure, qui équivaut aux ténèbres. D'autre part qu'on la perçoive comme pleine de la Lumière infinie de la Conscience, et l'univers entier, assumera la forme de Bhairava .
De même durant une nuit noire, à l'arrivée de la quinzaine sombre, ayant évoqué sans discontinuer la forme ténébreuse, on accèdera à la Réalité de Bhairava .
De même, tenant d'abord les yeux bien fermés, une couleur sombre apparaît. Si on les ouvre, tout grands en évoquant la forme de Bhairava , on s'identifiera à elle.
Qu'un obstacle s'oppose à l'exercice d'un organe quelconque ou que de soi-même on y fasse obstruction, si l'on s'enfonce dans le vide sans dualité, la même le Soi resplendit.
Si l'on récite le phonème A sans bindu ni visarga , le Seigneur suprême, ce puissant torrent de connaissance, surgit imprévisible O Déesse !
Qu'on fixe l'esprit sur la fin du visarga de n'importe quelle lettre pourvu de visarga et, par l'intermédiaire d'une pensée libérée de tout fondement, on entrera en contact avec l'éternel brahman .
Qu'on médite sur son propre Soi en forme de firmament illimité en tous sens. Dès que la conscience se trouve privée de tout support, alors l'Énergie manifeste sa véritable essence.
Après avoir perforé une partie quelconque de son corps avec un instrument pointu ou autre, si l'on tient alors son esprit appliqué à cet endroit précis, la progression éclatante, vers Bhairava se produira.
On doit se convaincre de l'idée, que les organes, les souffles, la pensée n'existent pas en moi. Grâce à l'absence de pensée dualisante qui en résulte, on transcende à jamais tous les vikalpa . (les notions duelles)
L'illusion est dite ‘la perturbatrice'. La fonction de kalâ , consiste en une activité fragmentatrice et ainsi de suite pour les autres cuirasses et limitations. Considérant qu'il n'y a là qu'attribut des catégories, qu'on ne s'en sépare pas.
Ayant observé un désir qui surgit soudain, qu'on y mette fin brusquement. Quelle que soit la source d'où il jaillit, que là même il s'absorbe.
Quand ma volonté ou ma connaissance n'ont pas encore surgi, que suis-je, en vérité ? Telle est, dans l'ordre de la Réalité, la nature du Je. La pensée s'identifie à cela, puis s'absorbe en cela.
Mais une fois que la volonté ou la connaissance se sont produites, on doit y river la pensée au moyen de la conscience de Soi ; l'esprit étant indifférent à toute autre chose, alors jaillira l'intuition du Sens de la Réalité.
Toute connaissance est sans cause, sans support et fallacieuse par nature. Dans l'ordre de la Réalité absolue, cette connaissance n'appartient à personne. Quand on est ainsi totalement adonné à cette concentration. O Bien-aimée ! on devient Shiva .
Celui qui a pour propriété la Conscience réside dans tous les corps ; il n'y a nulle part de différenciation. Ayant alors réalisé que tout est fait de cette Conscience, il est l'homme qui a conquis le devenir.
Si l'on réussit à immobiliser l'intellect alors qu'on est sous l'emprise du désir, de la colère, de l'avidité, de l'égarement, de l'orgueil, de l'envie, la Réalité de ces états subsiste seule.
Si l'on médite sur le cosmos en le considérant comme une fantasmagorie, une peinture ou un tourbillon et qu'on arrive à le percevoir tout entier comme tel, le bonheur surgira.
On ne doit pas fixer la pensée dans la douleur ni la gaspiller dans le bonheur, O Bhairavi ! Veuille connaître toute chose au milieu des extrêmes. Eh quoi ! la Réalité seule subsiste.
Après avoir rejeté son propre corps en réalisant : « je suis partout » d'une pensée ferme et d'une vision qu n'a égard à rien d'autre, on accède au bonheur.
La discrimination ou le désir, ne se trouve pas seulement en moi mais apparaît aussi partout, dans les jarres et autres objets. Réalisant cela, on devient omnipénétrant.
La perception du sujet et de l'objet est la même chez tous les êtres nantis d'un corps. Mais ce qui caractérise les yogin c'est leur attention ininterrompue à l'union du sujet et de l'objet.
Que même dans le corps d'autrui on saisisse la conscience comme dans le sien propre. Se désintéressant de tout ce qui concerne son corps, en quelques jours on devient omnipénétrant.
Ayant libéré l'esprit de tout support, qu'on cesse de penser selon une pensée dualisante. Alors, O femme aux yeux de gazelle ! l'état de Bhairava réside dans le fait que le Soi devient le Soi absolu.
Quand on se renforce dans la réalisation suivante : ‘Je possède les attributs de Shiva , je suis omniscient, tout-puissant et omnipénétrant ; je suis le Maître suprême et nul autre, on devient Shiva .
Comme les vagues surgissent de l'eau, les flammes du feu, les rayons du soleil, ainsi ces fluctuations de l'univers se sont différenciées à partir de moi, le Bhairava .
Lorsque, physiquement égaré, on a tourné de tous côtés et en tout hâte au point de tomber à terre d'épuisement; grâce à l'arrêt de l'effervescence produite par l'envahissement de l'énergie, la condition suprême apparaît. Si l'on est privé de force ou de connaissance à l'égard des choses ou encore si la pensée se dissout dans l'extase, dès que prend fin l'effervescence produite par l'envahissement de l'énergie, la forme merveilleuse de Bhairava se révèle.
Écoute, O Déesse ! Je vais t'exposer tout entier cet enseignement traditionnel et mystique : il suffit que les yeux fixent sans cligner pour que ce produise aussitôt l'isolement.
S'étant bouché les oreilles ainsi que l'ouverture inférieure (anus), puis méditant sur la résonance sans consonne ni voyelle, qu'on entre dans l'éternel Brahman .
Se tenant au dessus d'un puits très profond, les yeux fixés sur le fond sans cligner, dès que l'intelligence intuitive du yogin est exempte de dualité conceptuelle, aussitôt la dissolution de la pensée se produira clairement en lui.
Partout où va la pensée, vers l'extérieur ou encore vers l'intérieur, O Bien-aimée ! là se trouve l'état shivaïte ; celui-ci étant omnipénétrant, où donc la pensée pourrait-elle aller pour lui échapper.
Chaque fois que par l'intermédiaire des organes sensoriels, la conscience de l'omniprésent se révèle, puisqu'elle a pour nature fondamentale de n'être que cela, à savoir pure conscience, grâce à l'absorption dans la Conscience absolue, on accède à l'essence de la plénitude.
Au commencement et à la fin de l'éternuement, dans la terreur et l'anxiété ou quand on surplombe un précipice, lorsqu’on fuit le champ de bataille, au moment où l'on ressent une vive curiosité, au stade initial ou final de la faim, etc ... la condition faite d'existence brahmique se révèle.
A la vue d'un certain lieu, qu'on laisse aller sa pensée vers des objets dont on se souvient. Dès qu'on prive son corps de tout support, le Souverain omniprésent s'avance.
Après avoir posé le regard sur un objet quelconque, qu'on l'en retire très lentement. Alors la connaissance de cet objet n'est accompagné que de pensée, O Déesse, et l'on devient le réceptacle du vide.
Cette sorte d'intuition qui, grâce à l'intensité de l'adoration, naît chez l'homme parvenu au parfait détachement, c'est l'énergie même du Bienfaisant. Qu'on l'évoque perpétuellement et l'on s'identifiera à Shiva .
Alors qu'on perçoit un objet déterminé, la vacuité s'établit peu à peu à l'égard des autres objets. Ayant médité en pensée sur cette vacuité même, bien que l'objet reste connu, on s'apaise.
Cette pureté qu'enseignent les gens de peu de savoir, apparaît dans la doctrine de Shiva comme une véritable impureté. Il ne faut pas la considérer comme pure, en vérité, mais comme polluée. C'est pourquoi s'affranchissant de pensée dualisante, qu'on parvienne au bonheur.
La réalité de Bhairava a partout son domaine y compris chez les gens du commun. Et l'homme qui prend conscience de ceci : « rien n'existe qui en soit distinct », accède à la condition Sans-second.
Étant le même à l'égard d'amis et d'ennemis, le même dans l'honneur et le déshonneur ; grâce à la parfaite plénitude du brahman , ayant compris cela, qu'on soit heureux.
L'inconnaissable, l'insaisissable, le vide et ce qui n'accèdera jamais à l'existence, imaginez tout cela comme Bhairava et à la fin de cette évocation, l'illumination se produit.
Ayant fixé la pensée sur l'espace externe qui est éternel, sans support, vide, omnipénétrant et dépourvu d'opération, qu'on se fonde alors dans le non-espace.
Quel que soit l'objet vers lequel la pensée se dirige, il faut à cet instant précis et à l'aide de cette pensée quitter l'objet complètement sans laisser un autre s'installer à la place. Alors on sera exempt de fluctuation.
Ainsi par la récitation ininterrompue du mot Bhairava , on devient Shiva .
A l'occasion d'affirmations comme ‘je suis, ceci est à moi', etc., la pensée accède à ce qui n'a pas de fondement. Sous l'aiguillon d'une telle méditation, on s'apaise.
Éternel, omniprésent, sans support, omnipénétrant, souverain de tout ce qui est. Méditant à chaque instant sur ces mots, on en réalise la signification conformément à l'objet signifié ( Shiva ).
Tout cet univers est privé de réalité à l'image d'un spectacle fictif. Quelle est la réalité d'un tel spectacle ? Si l'on est fermement convaincu de cette vérité, on acquiert la paix. Comment y aurait-il connaissance ou activité pour un Soi affranchi de toute modalité ? Les objets externes dépendent de la connaissance et partant de là, ce monde est vide.
Il n'existe plus pour moi de lieu, il n'y a plus pour moi de libération. Lien et libération ne sont que deux épouvantails à l'usage d'un être terrifié. Cet univers apparaît comme un reflet dans l'intellect à l'image du soleil sur l'eau.
Toute impression comme le plaisir, la douleur, etc .. nous parvient par l'intermédiaire des organes sensoriels. S'étant détaché de ces organes, on prend assise en soi-même, puis on demeure à jamais dans son propre Soi.
Toute chose se manifeste par la Connaissance et le Soi se manifeste par toute chose. En raison de leur essence unique, connaissance et connu se révèlent comme ne faisant qu'un.
Faculté mentale, conscience intériorisée, énergie du souffle, et soi limité aussi ; quand ce quatuor a complètement disparu. O Bien-aimée ! alors la forme merveilleuse de ce Bhairava subsiste seule.
Ainsi 112 instructions concernant le sans-houle viennent d'être brièvement exposées. O Déesse ! l'homme qui les connaît reçoit le nom de ‘familier de la connaissance'. Quiconque s'adonne à une seule de ces instructions ici décrites devient lui-même Bhairava en personne. Ses paroles se réalisent en actes et il confère bénédictions et malédictions.
O Déesse ! il ne vieillit pas, il ne meurt pas; il est doué d'attributs supranaturels comme les pouvoirs d'exiguïté et autres. Choyé des yoginis, il agit en maître au cours de toutes leurs réunions. Il est libéré bien qu'il demeure encore en cette vie et bien qu'il s'adonne à des activités ordinaires.
La déesse dit :
O Seigneur tout-puissant, si telle est la forme merveilleuse de la suprême énergie et qu'on la prenne comme règle génrale, O Dieu ! qui récite et quelle est la récitation ? Qui médite, O grand Maître ! qui adore et qui tire satisfaction de l'adoration ? Qui offre l'oblation et quel est le sacrifice, qui le fait et comment et pour qui ?
Bhairava répond :
O femme aux yeux de gazelle ! cette pratique ici mentionnée est extérieure et ne relève que des seules modalités grossières. En vérité cette Réalisation qu'on expérimente encore et encore à l'intérieur de la suprême réalité, voilà ce qu'est ici la véritable récitation. De même, on doit considérer ce qui est récité comme une résonance spontanée consistant en une formule mystique.
Un intellect inébranlable, sans aspects ni fondements, voici, en vérité ce que nous appelons méditation. Mais la représentation imagée de divinités nanties de corps, organes, visages, mains, etc. n'offre rien de commun avec la vraie méditation.
L'adoration véritable ne consiste pas en une offrande de fleurs et autres dons, mais en une intelligence intuitive bien établie dans le suprême firmament de la Conscience, exempt de pensée dualisante. En vérité, cette adoration se confond avec l'absorption en Shiva issue de l'ardeur mystique.
Le Soi, en vérité a pour moelle autonomie, félicité et Conscience. Si l'on plonge intégralement son propre soi dans cette essence, c'est là ce qu'on appelle le ‘bain rituel'.
Le transcendant et l'immanent que l'on honore précisément avec des offrandes et qui en tirent satisfaction ; celui aussi qui les offre; tous ne forment qu'un. Où est l'adoration véritable, sinon là ?
Que le souffle exhalé sorte et que le souffle inhalé entre, de leur propre accord. La Kundalini dont l'aspect est sinueux retrouve son essence dressée. C'est la grande Déesse immanente et transcendante, le suprême Sanctuaire.
Lorsqu'on prend de fermes assises dans le rite de la grande félicité et qu'on suit attentivement la montée de cette énergie, grâce à cette Déesse, étant bien absorbé en elle, on atteindra le suprême Bhairava .
En émettant le phonème SA, il se dirige vers l'extérieur par le souffle, en énonçant le phonème HA, il entre à nouveau. C'est ainsi que l'individu répète inlassablement cette formule hamsa, hamsa. 21600 fois jour et nuit, cette récitation est prescrite comme celle de la suprême Déesse. Très facile à accomplir, elle n'apparaît difficile qu'aux ignorants.
O Déesse ! je viens ainsi de t'exposer cette suprême ambroisie que rien ne surpasse, mais qu'il ne faut jamais révéler à quiconque est disciple d'un autre ordre, est un méchant, un cruel, ou manque de dévotion envers le Maître spirituel. Par contre, qu'on la dévoile, aux intelligences intuitives que n'effleure jamais aucun doute, aux héros, aux magnanimes, à tous ceux qui vénèrent la lignée des Maîtres. A tous ceux-là, qu'on dispense sans hésiter. O belle aux yeux de gazelle ! village, royaume, ville, pays, fils, parent, tout ce dont on peut s'emparer, il faudra l'abandonner complètement ! A quoi bon ces choses évanescentes, O Déesse, seul ce suprême trésor est permanent !
O Dieu des dieux, grand Dieu ! me voici parfaitement satisfaite, O Seigneur ! Maintenant j'ai reconnu avec certitude la quintessence du Rudrayâmalatantra et maintenant aussi j'ai perçu intuitivement le Cœur de toutes les énergies différenciées.
Après avoir proféré ces paroles, la Déesse, pleine de béatitude, tenant Shiva embrassé, s'identifia à Lui.
27 mars 2009
191 définitions de l'étonnement d'être
Voici quelques aphorismes d'Alexandre Quaranta, un ami philosophe. Pour rentrer chez soi. Etonnant.Et tonnant.
Aphorismes paradoxaux et naïfs pour l'accès à la pure conscience de soi.
191 Définitions de l'étonnement d'être
Aphorismes abrupts et parfois absurdes pour un eurêka éclair même fugitif.
Tout effort pour être est un non-sens et trouve son aboutissement et son fruit dans sa cessation. Tout effort pour être nous détourne du fait que nous sommes déjà. Tout effort en vue d'être, de s'étonner d'être, de se donner naissance est une plaisanterie paradoxale et indispensable. Toutefois, les plaisanteries les plus courtes sont les meilleures...
*
Tout désir et un désir d'être, de coïncidence avec notre essence conscience. Nous sommes déjà. Nous sommes lorsque nous prenons conscience que le désir jaillit de nous-mêmes et que c'est nous-mêmes que nous rencontrons lorsqu'il se résorbe après avoir été satisfait et épuisé ou bien après avoir été reconnu comme jaillissant de nous-mêmes.
*
Que ce passe t-il après l'étonnement d'être ? Et bien, on n'a pas nécessairement la ligne directe avec Dieu, mais il nous appelle de temps et temps parce qu'il nous aime et puis on sait où le rejoindre en cas d'urgence...
*
Où est ce que JE peux bien passer quand JE dors ?
*
Les impressions des 5 sens sont les anges du présent pur.
*
Lorsque, par exemple, nous fermons les yeux, nous voyons généralement un écran noir et nous avons conscience de nous-mêmes. Comment cette conscience peut-elle soudain devenir l'infini et l'absolu qu'elle est dans son essence même. Commet peut-elle soudain s'étonner d'elle-même ? Difficile de répondre et de donner une recette. Une chose est sûre, cela arrive de temps en temps, et à chaque fois c'est l'éternité qui n'attendait que nous pour recommencer à 0.
*
Dans l'étonnement d'être, le rêve de l'identité peut suspendre son vol et éventuellement le reprendre avec changement de cap.
*
Quand je vois la beauté en MOI, je vois la beauté PARTOUT.
*
Au moment de la compréhension, quelle que soit cette compréhension, il se passe quelque chose. Dans l'eurêka, c'est la lumière infini de la conscience que l'on peut rejoindre. Lorsque j'ai été, j'étais JE SUIS; c'est la raison pour laquelle depuis lors, je me maintiens paradoxalement dans l'être que JE SUIS...
*
Qu'est ce que JE SUIS ? C'est la joie infinie d'exister au delà de la vie et de la mort...
*
- Comment peut-on faire pour s'étonne d'être ?
- En prenant la décision de s'étonner d'être dans quelques jours et au plus tard au moment de la mort.
Apprivoiser JE SUIS , c'est apprivoiser l'habitude d'accomplir l'acte de vigilance pure, instant après instant, dans la perfection et le bon sens absolu du OUI d'accueil à ce qui est.
*
Au moment précis où l'on veut ce que l'on a, on a ce que l'on veut. Ceci est plus qu'un sophisme bas de gamme.
*
L'étonnement d'être se produit toujours maintenant. C'est la raison pour laquelle s'il s'est déclaré au moins une fois dans sa folle intensité extatique, il s'est déclaré pour toujours. Lorsqu'on a le sentiment que l'étonnement d'être ne se déclare plus, c'est à dire que l'on pense qu'il s'est déclaré quelque part dans le passé (quelque part dans le passé, le temps s'est arrêté quelques instants!); nous nous devons de reconnaître que c'est un tour de passe-passe grotesque auquel on peut mettre fin en prenant conscience de l'endroit d'où vient de jaillir la dernière pensée...
*
L'étonnement d'être extatique peut transformer (momentanément) un être humain en une fleur ou en un légume, ça dépend de la graine...
*
Pourquoi toujours répondre par une question ?
Et pourquoi pas ?
*
L'éternel présent, lorsqu'il se présente à nous, ne supporte pas l'intrusion du désir de le faire durer; désir derrière lequel se cache la peur de disparaître à jamais dans le présent. Ce désir introduit la pensée et le temps, et le rêve continue. Il ne supporte pas non plus le désir de le faire naître parce qu'il est déjà. Alors que faire, rien ? Reconnaître que JE SUIS n'est pas la peur ni le désir d'ailleurs ou d'ici...
*
Où donc la beauté prend t'elle sa source ? Où donc existe t'elle ? Où puis-je donc la rejoindre ?
En MOI, bien sûr, et nulle part ailleurs !
Lorsque je l'éprouve, c'est toujours MOI en train de l'éprouver ICI, MOI en train de l'éprouver ICI même en MOI m'aime...
*
On découvre parfois des refrains de chansons qui peuvent être interprétés en termes très métaphysiques et aussi très pratiques en ce qui concerne l'étonnement d'être : Don't think about it, just DO it ! (N'y pensez pas, faites-le !).
*
Penser, imaginer, comprendre, apprendre, rêver sont des choses très miraculeuses et très mystérieuses qui ne demandent qu'une chose : qu'on les fasse consciemment.
*
Lorsque je vois ou lorsque j'entend quelque chose de beau, j'ai la possibilité de reconnaître que cette beauté est en MOI, nulle part ailleurs. La réalité, c'est MOI en train d'avoir conscience en MOI de la beauté. La beauté est toujours disponible en MOI.
*
Tous les discours, toutes les pertinences, sur la conscience d'être est en retard sur cette conscience d'être puisqu'il est un ensemble de pensées qui jaillissent de la source et qui s'y résorbe.
*
Qu'est ce qui peut amener l'étonnement d'être extatique ?
L'imminence de la mort; la conscience très aiguë de la mort; ou un doute très pur et très intense, un doute qui ne doute pas de lui-même, l'acte pur de douter, un doute qui conduit à la certitude d'être le miracle infini de la conscience.
*
CONFIANCE-CONSCIENCE : se confier à l'évidence.
*
Toutes les pensées, tous les désirs, toutes les actions pointent du doigt cela même que nous sommes.
*
On peut trouver une grande liberté dans la reconnaissance du caractère fondamentalement déraisonnable et gratuit d'exister en tant qu'être conscient infiniment conscient de lui-même.
*
Réaliser : rendre réel. Tout simplement.
*
Certains enfants le font lorsqu'il commence à apprécier la lecture : prendre le dictionnaire et ressentir les mots. Ressentir.
*
La sensation du corps, allongé, les yeux fermés. Par exemple à l'endormissement. Dans la mesure où nous sommes identifié à notre corps, on croit être cette sensation, et elle a usurpé la claire présence à nous-mêmes. Ainsi, généralement, ne reconnaît-on pas que l'on est l'espace-sans-espace dans lequel se déploie cette sensation. Qui ressens l'impression du corps ? Où est l'impression du corps, quel est le lieu de l'impression du corps ?
En affûtant sa discrimination, on parvient à délimiter les contours de cette impression, ce qui a pour effet de la dilater et de lui donner de l'espace. Elle commence à respirer, se fait plus légère. On prend conscience qu'elle se fonde nulle part ailleurs qu'en nous-mêmes, et que nous sommes nous-mêmes, dans notre profondeur consciente, fondés nulle part ailleurs qu'en nous-mêmes.
Soudain, toutes les explications à notre propre présence s'évanouisse et se retirent comme la vague au bord de la plage : l'écume dessine JE SUIS sur le sable, et ce dessin s'efface aussitôt...
*
Dans l'étonnement d'être, la conscience de soi devient une entité qui s'absolutise, s'autonomise; espace sans espace dans lequel, soudain, tout se déploie sans heurts. Les images, les formes-pensées-sensations n'adhérent plus au miroir. Ipséité pure.
*
La stupeur soudaine d'être un individu, d'avoir précisément les attributs que l'on a; et dans une foule, d'être ce corps plutôt qu'un autre, à moins que, soudain...
*
La curiosité intense et soudaine...
*
Décrasser l'attention jusqu'à l'étonnement...
*
Jusqu'à l'éveil : s'étonner de ne pas s'étonner d'être. Juste cela.
*
Enquête et doute intense et pur sur les fondements de toutes nos représentations et soudain : le miracle d'être conscient...
*
Il est amusant de remarquer que dans la plupart des dictionnaires philosophiques, le mot être succède directement au mot étonnement...
*
La fréquentation assidue et entêtée des paradoxes et des apories conduit tout droit à l'au-delà de la pensée...
*
On inspire dans le même espace que celui dans lequel on expire : mouvement sur arrière-fond d'immobilité...
*
On est libre de l'identification aux pensées tant qu'on reste conscient de l'endroit d'où elles jaillissent, dans lequel elles se déploient, et dans lequel elles se résorbent. La non-chose pensante ne se confond pas avec ses pensées; elle est un mystère absolu pour elle-même.
*
Une croyance répandue veut que les pensées jaillissent d'une source qui est différente de celle d'où jaillissent les perceptions.
Lorsque cette croyance est reconnue pour ce qu'elle est (une simple croyance, une pensée cristallisée), alors, l'intérieur et l'extérieur fusionnent dans un éclair de conscience pure.
Exprimé différemment, on croit qu'il y a une cloison entre l'intérieur et l'extérieur .
Cette cloison est une illusion et elle a la consistance d'une pensée; le poids du battement d'aile d'un papillon. Cette cloison est généralement associée à la représentation d'une tête au-dessus des épaules et à l'idée que l'on voit avec les yeux. Cette cloison, répétons-le, n'est qu'une pensée; la pensée qu'il y a un intérieur et un extérieur; pensée qui n'est pas, dans l'état de conscience ordinaire, reconnue pour ce qu'elle est.
Tout comme la pure conscience de soi, l'espace n'a ni intérieur, ni extérieur.
*
Qu'est ce qu'une expérience absolue ? C'est une expérience avec personne pour expérimenter; une expérience dans laquelle l'expérimentateur est dissout.
*
La pure conscience de soi (la vie) se révèle à elle-même sans distance, sans médiation, immédiatement, sans qu'il y ait un voir, sans histoire, sans devenir. Elle est un événement absolument spontané sans explications et sans fondements.
*
Il y a, et il n'y a, de toute évidence, que ce qu'il y a ici et maintenant. Tout le reste, c'est à dire tout ce qui n'est pas disparaît dans l'ici et maintenant à la faveur de ce qui est. Si, ce qui n'est pas, réapparaît, cet événement est reconnu pour ce qu'il est : un miracle !
Dans tous les cas, l'étonnement est sauf...
*
Lire en scrutant chaque lettre sur tout son contour et en voyant QUI voit; c'est à dire en voyant qui nous sommes dans l'acte de voir lorsque nous ne sommes plus que VISION.
*
Au moment du rire on peut soudain réaliser qu'il n'y a personne pour rire. Notre attention toute absorbée et unifiée dans le rire reflue vers sa source et la conscience que nous avons de nous-mêmes s'absolutise.
*
Concentrer sur un objet; puis faire s'engloutir cet objet dans sa source. C'est un peu comme faire brûler des ordures, on va plus vite et on y arrive mieux en les regroupant pour un faire un tas.
*
Résoudre un problème ou se faire raconter une histoire drôle en étant extrêmement vigilant, plus que nécessaire. Lorsque le déclic se produit, lorsque l'eurêka cristallise, VOIR qu'il n'y a personne pour comprendre mais que la compréhension se fait sur fond de pure conscience. De ce fait, les jeux de l'esprit peuvent nous amener à prendre conscience de manière vivante de la nature de l'esprit.
D'où vient l'attrait pour les mots croisés ? De la micro-seconde de félicité lorsque nous trouvons le bon mot !
D'où vient l'attrait pour le jeu d'échec ? De la joie très pure qui naît de la certitude absolue que le point de non retour est passé, que l'adversaire est inexorablement acculé à la défaite.
Cette micro-seconde de félicité dans l'au-delà de la pensée est comme une étincelle. Si nous sommes un minimum présent, cette étincelle est à même de mettre le feu à notre essence conscience et d'abolir le temps...
*
Ici et Maintenant, il n'y a pas de problèmes; il peut y avoir de la souffrance mais pas de problèmes. A la rigueur, on peut parfois rencontrer des solutions. Mais la solution suprême dans laquelle les problèmes se dissolvent c'est l'éternité Ici et Maintenant. Ici et Maintenant, l'éternité. Les solutions c'est souvent demain, or tout le monde sait que demain, on rase gratis.
*
Chercher JE SUIS, c'est fuir JE SUIS. Chercher la non-chose, c'est la perdre. Nous sommes déjà cela, Ici et Maintenant et c'est précisément pour cette raison que toute tentative pour être cela est vouée à l'échec. Echec qui permettra la réussite quand tous les efforts pour être auront été dissipés.
*
Une pensée vient ! Mais d'où vient-elle ?
Je décide de penser à telle ou telle chose. Vraiment ? Et juste avant de décider ?
*
Quand je ne suis pas ce que je suis véritablement, que suis-je donc ?
*
Si l'on veut être avec LUI quand il n'est pas là, il faut être au moins une fois pleinement avec LUI quand il est ici.
*
JE SUIS.
QUI pourrait demander plus ?
*
Une pensée : d'où vient-elle, où va t'elle ?
Un orgasme : d'où vient-il, où va t'il ?
Un rêve : d'où vient-il, où va t'il ?
Mon bus : d'où vient-il, où va t'il ?
*
Je suis malheureux.
Peut-être, mais avant d'être malheureux, il faut déjà être. JE SUIS avant d'être malheureux. Comprendre cela est un grand bonheur.
Je n'ai jamais bougé d'un micron. Tout est en moi. JE marche dans mon monde.. Plutôt : la représentation de mon corps marche dans la représentation de mon monde. Ma tête est une représentation dans mon cerveau. Aïe ! mon cerveau, où est-il ? Dans mon cerveau ?
Il a disparu...Juste une idée...
*
Il n'y a de toute évidence aucun effort à faire pour être. N'est ce pas incroyable ?
*
Ce que l'on cherche dans toutes les formes de sécurité, il n'y a que l'UN sécurité qui puisse véritablement nous le donner.
Lorsque tout est MOI, je peux être partout chez moi comme dans un bon bain chaud.
*
Déposer le désir de tout déposer, mais sans rien attendre. Déposer le désir de tout déposer afin que tout se dépose. Se dé-poser, se reconnaître comme sans fondements.
*
Un fou regarde un miroir. Plus exactement un miroir est regardé par un fou. Soudain, il se rapproche du miroir (QUI donc se rapproche ?) et s'écrie : Pourquoi est-ce que tu répètes tout ce que je dis ? .
*
Le sentiment du beau pointe vers sa source, c'est à dire nous-mêmes. Où est le beau ? En MOI !
Plus on voit le beau à l'extérieur, plus on le voit à l'intérieur.
Plus on voit le beau à l'intérieur, plus on peut le voir partout à l'extérieur.
La distinction entre l'intérieur et l'extérieur se délite en beauté...
*
Où vais-JE ? Où va JE ?
Nulle part.
JE ne bouge pas. JE ne va nulle part.
*
Reconnaître la musique comme une pensée jaillissant du Coeur, comme jaillissant du tréfonds de la fontaine MOI, et c'est la reconnaissance du miracle infini de la Conscience. Se réapproprier le niveau d'imagination (de savoirs) qui crée que la musique sort du disque et de la chaîne haute-fidélité. Comme tout le reste (disque, appareillage, espace, etc.), la musique sort de MOI.
Une jouissance très intense peut être en mesure de brûler les représentations transparentes qui nous séparent de la perception pure et qui maintiennent subtilement l'impression de séparation. Pour cela, suivre le fil de la jouissance-énergie comme un fil d'Ariane qui nous conduit dans le Coeur...
*
Dans la pure perception visuelle, il y a vision. La vision se produit sans qu'il n'y ait personne pour voir. Juste la vision. Personne pour s'interposer entre la vision et ce qui est vu, personne pour s'approprier l'acte de voir. De même, la conscience de nous-mêmes, lorsqu'elle est pure conscience absolue qui se sait elle-même, s'étonne de son mystère et de son miracle infini sans qu'il n'y ait personne pour s'approprier l'étonnement...
S'étonner d'être, c'est MOI...
*
S'étonner d'être, c'est quand le miroir de la pure conscience se réfléchit lui-même à vitesse infini, d'une infinité de réflexions par seconde.
*
S'étonner d'être, c'est quand je me fais la courte-échelle à MOI m'aime.
*
S'étonner d'être, c'est la musique que nous écoutons qui, soudain, nous regarde droit dans l'ouïe.
*
S'étonner d'être, c'est lorsque je saisis sur le vif que la pure conscience de moi-même perle et suinte JE SUIS à elle-même, depuis toujours et à chaque instant.
*
S'étonner d'être, c'est comprendre que NOUS SOMMES JE SUIS depuis TOUJOURS (Cela n'a jamais commencé avant MOI), et pour toujours ( Ce qui est EST, et seul le présent existe) !
*
S'étonner d'être, c'est réaliser qu'il y a, qu'il y a toujours eu, et qu'il y aura toujours quelque chose plutôt que rien, et que nous sommes au coeur de cette chose qui est éternelle parce qu'elle existe maintenant, dans le présent pur qui seul existe immédiatement.
*
S'étonner d'être, c'est le CHOC-CONSCIENCE...
*
S'étonner d'être, c'est dé-couvrir (enlever la couverture et se retrouver tout nu) qu'il n'y a pas de plus grand miracle que CELUI QUE JE SUIS...
*
S'étonner d'être, c'est, disons-le sans se gratter plus longtemps, l'union à DIEU...
*
S'étonner d'être, c'est la révélation de l'excédante surabondance qui baigne en MOI...
*
S'étonner d'être, c'est mettre tout le monde d'accord sur la combustion spontanée de l'essence ciel.
*
S'étonner d'être, c'est MAINTENANT ou JAMAIS.
*
S'étonner d'être, c'est se fier à l'évidence CONSCIENCE. Confiance, Conscience...
*
S'étonner d'être, c'est réaliser que l'on peut faire fond sur le vide; c'est à dire sur soi-même; plus précisément sur MOI.
*
S'étonner d'être, c'est faire coïncider la CONSCIENCE et le MYSTERE.
*
S'étonner d'être, c'est un bonheur fracassant et silencieux qui crie "JE SUIS" et qui ajoute "NI CECI, NI CELA".
Un bonheur qui peut venir de la rencontre consciente avec un Coca-Cola...
*
S'étonner d'être, c'est découvrir l'arrière plan de bonté, de beauté, d'humour, de saveur infini, de jouissance infini.
*
S'étonner d'être, c'est faire l'amour avec l'évidence CONSCIENCE...
*
S'étonner d'être, c'est comprendre que quoi que nous nous vivions, quoi que nous fassions, nous sommes toujours au centre, sans dimension, au delà du temps et de l'espace : JE SUIS. Ipséité pure qui est simultanément sans dimensions et de dimensions infinies.
*
S'étonner d'être, c'est S'ENFUIR ICI MEME. Pour s'enfuir d'ici, s'enfuir ici sans fuir ici. Voie directe et sublime.
*
S'étonner d'être, c'est prendre un recul paradoxal et infiniment doux face au film de sa vie.
*
S'étonner d'être, c'est s'asseoir sur soi-même en soi-même.
*
S'étonner d'être, c'est la claque CONSCIENCE qui déclic MOI.
*
S'étonner d'être, c'est la révolution du miroir transparent qui s'invagine coniquement à l'infini.
*
S'étonner d'être, c'est écraser l'espace et arrêter le temps pour se glisser dans l'éternel présent comme dans un bon bain chaud.
*
S'étonner d'être, c'est la joie de l'oubli.
*
S'étonner d'être, c'est la prise de conscience fulgurante et joyeuse que nous baignons de tout notre être et de toute éternité dans de l'excessivement déraisonnable.
*
S'étonner d'être, c'est abandonner et renoncer joyeusement à toutes les explications sur le miracle conscience.
*
S'étonner d'être, c'est écraser l'espace et arrêter le temps.
*
S'étonner d'être, c'est repartir de zéro...
*
S'étonner d'être, c'est la certitude d'ÊTRE CONSCIENCE.
*
S'étonner d'être, c'est, les yeux ouverts, faire coïncider la pointe du cône de projection du champ visuel avec l'insondable profondeur de la conscience de soi.
*
S'étonner d'être, c'est se reconnaître comme CONSCIENCE-MIROIR-VACANCE.
*
S'étonner d'être, c'est sur la plage, l'été, lorsque JE SUIS bien au chaud sous le parasol.
*
S'étonner d'être, c'est reconnaître que TOUT baigne en MOI, comme un poisson dans l'eau.
*
S'étonner d'être, c'est être panoramiquement ICI.
*
S'étonner d'être, c'est le fin mot de l'étrange affaire.
*
S'étonner d'être, c'est réaliser que la pure conscience de soie est infiniment douce...
*
S'étonner d'être, c'est dé-couvrir CELA même qui, au coeur de nous-mêmes, EST, plutôt que de ne pas être...
*
S'étonner d'être, c'est enfoncer la porte ouverte de l'évidence infinie " conscience de soi ".
*
S'étonner d'être, c'est se retrouver ICI, dans le non-endroit que l'on ne peut quitter que par une monstrueuse, paradoxale et insoupçonnable inattention.
*
S'étonner d'être, et c'est la joie nucléaire...
*
S'étonner d'être, c'est quand l'évidence m'aime...
*
S'étonner d'être, c'est quand le tonnerre de l'étonnement éveille à lui-même le silence qui l'a précédé et qui lui succède : ces deux silences ne faisant plus qu'un, on peut en cela parler d'une révélation de l'évidence.
*
S'étonner d'être, c'est le remède souverain à l'absurde. Un bon coup de tonnerre qui débouche les oreilles en un éclair.
*
S'étonner d'être, c'est être Disponible et en Vacance...
*
S'étonner d'être, c'est une détente parfaite dans l'évidence tranquille.
*
S'étonner d'être, c'est ce qui dépasse l'imagination...
*
S'étonner d'être, c'est être sans effort celui qui est de toutes les façons, quoi que l'on fasse et quoi que l'on dise...
*
S'étonner d'être, c'est aussi s'étonner d'avoir toujours été...
*
S'étonner d'être, c'est ce qui est spontané en même temps qu'infiniment calculé...
*
S'étonner d'être, c'est rendre vivant le fait que la conscience que nous avons de nous-mêmes est en ligne directe avec le miracle infini de l'être, avec le mystère d'être.
- Comment ?
- En s'asseyant confortablement, mais sans s'assoupir, au coeur de la conscience de soi immédiate et ordinaire, puis en se disant et en se répétant jusqu'à l'exaspération : " Comme c'est bizarre, tout se passe comme si JE SUIS plutôt que ne pas être ! C'est vraiment une étrange affaire ! ".
- Et ça marche ?!
- Oui.
*
S'étonner d'être, c'est se rendre à l'évidence MOI-VIGILANCE PURE.
*
S'étonner d'être, c'est lorsque soudain tout ce qui était là-bas se retrouve téléporté ici.
*
S'étonner d'être, c'est la réponse à tout, et à rien du tout...
*
S'étonner d'être, c'est un coup de pied dans la fourmilière bien pensante des systèmes philosophiques, mais un coup de pied qui se botte lui-même, et qui donc laisse tout intact en même temps qu'il transforme tout...
*
S'étonner d'être, c'est devancer la mort...
*
S'étonner d'être, c'est la solitude absolue, lorsqu'il n'y a plus que MOI..
*
S'étonner d'être, c'est déjouer le JE de l'oubli...
*
S'étonner d'être, c'est ne plus avoir aucune idée sur ce qu'est l'étonnement d'être...
*
S'étonner d'être, c'est quand on est à bout de forces et que l'on ne sait plus...
*
S'étonner d'être, c'est de temps en temps, de plus en plus souvent, pour de plus en plus longtemps et pourquoi pas tout de suite...
*
S'étonner d'être, c'est lorsque l'évidence conscience devient voluptueuse...
*
S'étonner d'être, c'est comme ça : !
*
S'étonner d'être, c'est un acte d'amour. C'est faire l'amour à la conscience de soi jusqu'à la faire jouir : jusqu'à ce qu'elle crie JE SUIS...
*
S'étonner d'être, c'est le silence transparent qui éradique tous les fondements fallacieux à notre propre présence...
*
S'étonner d'être, c'est cesser de croire en notre naissance par deux parents...
*
S'étonner d'être, c'est être immédiatement suspendu au milieu de nulle part, dans l'infinité inimaginable du temps et de l'espace...
*
S'étonner d'être, c'est la reconnaissance que l'essence de ce que JE SUIS (ainsi que tout le reste d'ailleurs !) est un miracle infini : le miracle infini de la conscience....
*
S'étonner d'être, c'est l'honnêteté absolue et l'humilité absolue avec soi-même...
*
S'étonner d'être, c'est faire monter le volume du silence assourdissant de l'arrière-plan...
*
S'étonner d'être, c'est comprendre que ce qui est devant est comme ce qui est derrière...
*
S'étonner d'être, c'est entendre le cri de l'évidence CONSCIENCE qui hurle à tue-tête, derrière nos yeux : " souviens-toi de MOI ! ".
*
S'étonner d'être, c'est conjuguer le verbe être à la première personne du présent de la conscience...
*
S'étonner d'être, c'est l'accès à la douceur satinée de la pure conscience de soie qui se révèle également être extraordinairement violente...
*
S'étonner d'être, c'est le présent vécu dans son abyssale profondeur et son mystère infini...
*
S'étonner d'être, c'est entrer dans le vif du Sujet...
*
S'étonner d'être, c'est l'ultime et authentique connaissance de soi...
*
S'étonner d'être, c'est renversant...
*
S'étonner d'être, c'est un accomplir un geste alchimique avec la flamme ardente de son attention. Ce geste consiste à faire porter à incandescence, et donc jusqu'à la lumière, ce plomb grisâtre qu'est la conscience de soi...
*
S'étonner d'être, c'est se laisser envahir par l'évidence CONSCIENCE...
*
S'étonner d'être, c'est être très porté sur la non-chose...
*
S'étonner d'être, c'est s'adosser à ce qui est simultanément devant et derrière...
*
S'étonner d'être, c'est la stupéfaction ravie d'être en train d'assister au miracle infini de la création...
*
S'étonner d'être, c'est prendre conscience que les vies dansent dans l'évidence...
*
S'étonner d'être, c'est la découverte sublime et époustouflante que l'on avait perdu la mémoire de l'essentiel d'une manière qui dépasse tout ce que peut concevoir l'imagination...
*
S'étonner d'être, c'est conjuguer l'évidence de la conscience à la première personne du présent pur...
*
S'étonner d'être, c'est quand la présence consciente qu'est la conscience de soi se fond en elle-même dans le présent hyperactuel de l'ici et maintenant tout de suite et sans délais supplémentaires.
*
S'étonner d'être, c'est disparaître...dans l'omniprésence...
*
S'étonner d'être, c'est un geste pour découvrir que nous sommes directement et immédiatement impliqué dans le mystère d'être, que nous sommes à la première loge du miracle infini de la conscience...
*
S'étonner d'être, c'est prendre refuge à la source de la pensée " JE " et y trouver sa demeure, là même où tout n'est qu'ETRE, CONSCIENCE, BEATITUDE, là même où tous les objets rayonnent de la lumière infinie de la CONSCIENCE...
*
S'étonner d'être, c'est la coïncidence essentielle.
*
S'étonner d'être, c'est la perfection du OUI...
*
S'étonner d'être, c'est disparaître...
*
S'étonner d'être, c'est être la conscience-témoin à laquelle on ne peut rien enlever et à laquelle on ne peut rien ajouter...
*
S'étonner d'être, c'est, au delà de toutes pensées, de toutes qualifications, de toutes conclusions, être conscient d'être conscient d'être conscient d'être conscient d'être conscient d'être conscient...d'être conscient...d'être le vortex enivrant de la conscience d'être conscient d'être conscient d'être conscient...d'être conscient...d'être...d'...
*
S'étonner d'être, c'est réaliser qu'au coeur de la sensation de peur (juste une illusion, à peine une sensation, rien qu'une simulation...), il y a le miracle infini de la conscience...
*
S'étonner d'être, c'est lorsqu'il n'y a plus de non-MOI, c'est lorsque il n'y a plus que MOI...
*
S'étonner d'être, c'est être ébloui par le JEU de la CONSCIENCE...
*
S'étonner d'être, c'est l'acte par lequel la conscience s'actualise à sa propre présence, jamais hier et jamais demain : toujours maintenant...
*
S'étonner d'être, c'est la reconnaissance de l'au-delà de la pensée...
*
S'étonner d'être, c'est reconnaître la nature idéelle de toutes connaissances...
*
S'étonner d'être, c'est comprendre que comprendre est une chose qui ne va absolument pas de soi...
*
S'étonner d'être, c'est comprendre que tout comme la lumière, la conscience s'illumine elle-même...
*
S'étonner d'être, c'est ce qui se dévoile dans l'absurde et dans la grâce...
*
S'étonner d'être, c'est comme dans un rêve ou tout semble aller de soi et puis, soudain, on se réveille, au coeur du rêve...
*
S'étonner d'être, c'est être ébloui par le soleil de l'évidence CONSCIENCE...
*
S'étonner d'être, c'est la découverte que le centre et la profondeur de ce que nous sommes rêve et projette le monde, et notamment le penseur que nous croyons être dans l'état de conscience ordinaire.
*
S'étonner d'être, c'est la prise de conscience de l'azur primordial...
*
S'étonner d'être, c'est lorsque cent mille milliard de soleils nous explosent à la tête, donnant à cette dernière la forme du vide.
*
S'étonner d'être
S'étonner d'êtr
S'étonner d'êt
S'étonner d'ê
S'étonner d'
S'étonner...
*
S'étonner d'être, c'est une fleur qui pousse au sommet de la tête...
*
S'étonner d'être, c'est la prise de conscience fulgurante qu'ICI est partout, et que l'on ne peut pas s'enfuir d'ici MAINTENANT...
*
S'étonner d'être, c'est revenir et s'ouvrir à MOI...
*
S'étonner d'être, c'est n'avoir rien en dessous...
*
S'étonner d'être, c'est un lapin bleu qui court dans l'herbe jaune...
*
S'étonner d'être, c'est faire flamber notre essence
*
S'étonner d'être, c'est accéder de manière vivante et vibrante au mystère inouï du quelque chose plutôt que RIEN , ce quelque chose que JE SUIS...
*
S'étonner d'être, c'est la conscience éclatante de l'évidence...
*
S'étonner d'être, c'est faire éternuer l'éternité...
*
S'étonner d'être, c'est le sur place absolu...
*
S'étonner d'être, c'est l'art de se rendre a l'évidence qui danse devant mon non-visage...
*
S'étonner d'être: mon doux vissage en moi-même...
*
S'étonner d'être, c'est heurter de plein front l'évidence discrète qui hurle a tue-tête : Ne m'oublie pas ...
*
S'étonner d'être, c'est avec humilité rendre grâce à l'évidence....
*
S'étonner d'être, c'est la grande forme par le vide...
*
S'étonner d'être, c'est disparaître dans l'aveuglante profondeur du mystère d'exister....
*
S'étonner d'être, c'est moi-conscience d'être conscient...
*
S'étonner d'être, c'est le bruit que fait un livre qui s'envole en battant des pages...
*
S'étonner d'être, c'est la pause universelle en MOI...
Dans l'intervalle entre l'inspir et l'expir : l'étonnement d'être;
Dans l'intervalle entre deux pensées : l'étonnement d'être;
Dans l'intervalle du feu et du poison : l'étonnement d'être;
Dans l'intervalle entre deux vies : l'étonnement d'être;
Dans l'intervalle entre deux rêves : L'étonnement d'être;
Dans l'intervalle entre deux perceptions : l'étonnement d'être;
Dans l'intervalle entre deux battements d'ailes d'un ange ou de paupières d'un nouveau-né : l'étonnement d'être.
*
S'étonner d'être, c'est la prise de conscience émerveillée de soi-même...
*
S'étonner d'être, c'est l'accès direct au sans support....
*
S'étonner d'être, c'est tonner d'être !
*
S'étonner d'être, c'est reconnaître que les vies dansent dans l'évidence...
*
S'étonner d'être, c'est le rafraîchissement infini...
*
S'étonner d'être, c'est reconnaître que l'on est le dépositaire central et principal du miracle et du mystère infini de la conscience d'exister....
*
S'étonner d'être, c'est faire avouer aux pensées, leur néant profond...
*
S'étonner d'être, c'est rattraper l'évidence et enfoncer la porte ouverte de la conscience d'être conscient...
*
S'étonner d'être, c'est sur-rire à l'évidence conscience...
*
S'étonner d'être, c'est se faire la courte échelle de Jacob a soi-même...
*
S'étonner d'être, c'est l'évidence libératrice...
*
S'étonner d'être, c'est renaître à l'évidence conscience éclatante...
*
S'étonner d'être, c'est faire la lumière sur l'évidence 'conscience transparence...
*
S'étonner d'être, c'est l'adoucissement consécutif à l'absorption dans une paire de bottes de jardinage en caoutchouc...
*
S'étonner d'être, c'est le fin mot de l'affaire...
*
S'étonner d'être, c'est reconnaître que l'UN qui est tue deux....
*
S'étonner d'être : c'est le début, le milieu et la fin de l'UN sécurité...
*
S'étonner d'être, c'est se tenir droit et sourire...
*
S'étonner d'être, c'est dépoussiérer le JOYAU de la conscience...
*
S'étonner d'être, c'est l'ivresse des profondeurs...
*
S'étonner d'être, c'est faire fond sur MOI...
*
S'étonner d'être, c'est arrêter de déconner. Allusion à la cessation de la transmigration...
*
S'étonner d'être, c'est pas rien nom d'une pipe !
*
S'étonner d'être, c'est courir vers MOI à la vitesse de la lumière de la pure conscience de soi...
*
S'étonner d'être, c'est quand il n'en reste plus qu'un et qu'en plus c'est MOI !
*
S'étonner d'être, c'est l'évidence dans son intensité sublime...
*
S'étonner d'être, c'est le samadhi et le dimanche aussi...
*
S'étonner d'être, dans sa non-forme intense et délirante c'est un amour brûlant qui consume tout y compris lui-même et dans sa forme respectable en société il est présence dense et discrète au mystère d'être ici et maintenant...
*
S'étonner d'être, c'est faire un non-geste paradoxal, d'une beauté sublime, qui nous propulse énergiquement en amont du langage et du monde des objets là-bas ...
*
S'étonner d'être, c'est suivre l'étrange affaire de très prés...
*
S'étonner d'être, c'est naître Maintenant et ICI, c'est n'être Qu'ici et maintenant depuis le début de l'éternité qui n'attendait que moi pour recommencer....
*
S'étonner d'être, c'est détonant...
*
S'étonner d'être, c'est les oreilles papillon qui m'écoutent...
*
S'étonner d'être, c'est gratuit...
*
S'étonner d'être, c'est : soudain !!!
*
S'étonner d'être, c'est l'incursion au coeur du vide...
*
S'étonner d'être, c'est une disparition de pointe...
*
S'étonner d'être, c'est exagérer d'être...
*
S'étonner d'être, c'est être nourrit par l'amour du vide...
*
S'étonner d'être, c'est faire une trêve lucide...
*
S'étonner d'être, c'est être une humble et absolue succursale de MOI...
*
S'étonner d'être, c'est être plus grand que tout et plus petit que rien...
*
S'étonner d'être, c'est moi-conscience-vigilance inaltérable...
*
S'étonner d'être, c'est voir moi-miroir-vigilance...
*
S'étonner d'être, c'est quand la musique et bonne...
*
S'étonner d'être, c'est la profonde et inimaginable immensité en MOI....
*
S'étonner d'être, c'est s'asseoir dans le coeur et se relaxer en moi...
*
S'étonner d'être, c'est l'inouï qui est plutôt que de ne pas être; qu'il pleuve, qu'il vente, ou qu'il soleille...
*
S'étonner d'être, c'est marcher en moi, dans la rue, sur le sommet de ma tête, en haut et en bas, sur la....TERRE
*
S'étonner d'être, c'est regarder a travers le hublot avec humour et amour...
*
S'étonner d'être, c'est être au coeur du cagibi infini...
*
S'étonner d'être, c'est quand je me bois en prenant de la soupe...
*
S'étonner d'être, c'est quand tout jaillit, tout se fige, et tout se résorbe en moi...
*
S'étonner d'être c'est la fin du cauchemar...
*
S'étonner d'être, c'est être écoute...
*
S'étonner d'être, c'est disparaître...
*
S'étonner d'être, c'est voir le film de sa vie, assis dans le fauteuil du vide, en mangeant des nougats...
*
S'étonner d'être, c'est quand le fleuve des cinq sens se déverse en moi...
*
S'étonner d'être, c'est l'odeur du neuf...
*
S'étonner d'être, c'est tomber amoureux fou du fait inouï qu'il y a quelque chose plutôt que rien et que nous sommes au coeur de étrange affaire
26 mars 2009
Evidence
« En résumé, ce qu'on me conseille de rechercher n'est pas du tout une chose. C'est illimité, libre de tout conditionnement, immobile, intemporel -je répète, intemporel, simple, silencieux et par-dessus tout, d'une évidence éclatante et intensément conscient d'être tout cela ».
"Quittez votre état périphérique de troisième personne et rentrez Chez Vous, au Centre, où vous retrouverez votre nature de Première personne. Laissez la petite personne mortelle là-bas, dans le miroir et revenez vers le Je immortel, Ici, devant le miroir. Soyez l'éternel Moi que vous êtes déjà.»
Douglas Harding
25 mars 2009
Henri Michaux ou le dépouillement par l'espace
Dans un texte de Michaux, on trouve le récit magnifique d'une expérience mystique.
Après une prise de drogue, une nuit, allongé sur un toit, Michaux expérimente l’expansion de sa conscience précisément en contemplant un ciel étoilé.
“ Enfin, avant de rentrer je lève la tête. Un ciel noir s’étendait partout avec beaucoup d’étoiles. Je m’y abîmai. Ce fut extraordinaire. Instantanément dépouillé de tout comme d’un pardessus, j’entrai en espace. J’y étais projeté, j’y étais précipité, j’y coulais. Par lui happé violemment, sans résistance. (...)
Cela aurait pu être épouvantable, c’était rayonnant.
Le statique, le fini, le solide avaient fait leur temps. Il n’en restait rien, ou comme rien. Dépouillé, je filais projeté; dépouillé de possessions et d’attributs, toute localisation, dépouillement invraisemblable qui semblait presque absolu, tant j’étais incapable de trouver quelque chose qu’il ne m’eût pas ôté.
C’est certain, jusqu’ici je n’avais pas vu, pas vraiment vu le ciel. J’y avais résisté, le regardant de l’autre bord, du bord terrestre, du solide, de l’opposé.
Cette fois, la rive effondrée, je m’enfonçais. Vertigineusement je m’enfonçait en haut.(...)
L’uni d’un ciel étoilé, subitement disparu, avait démasqué sa profondeur qui n’a pas de fin. Il ne cessait pas de s’approfondir.(...)
Je recevais le ciel et le ciel me recevait.
Simultanément, j’étais dans une expansion extra-ordinaire. L’espace m’espacifiait...
De quantité d’autres façons encore, il me venait. L’espace était partout.(...)
La tête renversée en arrière pour être face à plus de ciel, j’en sentais la vision, tant elle pénétrait loin et fort en moi, m’entrait “ jusqu’aux oreilles, jusqu’à l’occiput ” (...)La tête à nouveau perdue dans la gueule de l’espace immensément béant qui m’avalait, m’avalait plus avant.(...)
Espace, espace au-delà de tout. Contemplation. ” Henri Michaux, Les grandes épreuves de l’esprit, Ed.Gallimard, 1966, p 118-119.
Si Michaux eut recourt à la drogue pour trouver cette expérience, celle-ci ne fut pas cependant une illusion, une fantasmagorie due à la chimie, mais au contraire un toucher de la vérité de son être.
L’effet de la drogue a, pendant un instant, levé les voiles qui masquaient au Soi sa propre identité.
Mais, Michaux le dit lui-même plus loin, quand ces effets ont disparu, les voiles de l’ignorance ont à nouveau recouvert la conscience pure ; et avec eux la dualité entre un moi et le monde est réapparue replongeant Michaux dans la souffrance de l'existence.
"Mais revenue l'ordinaire réalité était là, pressante, sa pluralité qui fait, qui déjà refait les contradictions, les non-sens, les mille complications et les fatales inappropriations de la conduite, futurs objets de scandale. Multiples sont les attachements. Multiples reviennent les attachements. Invisibles sont les maisons de l'attachement, et forts sont les liens fins, qui font l'âge de l'homme. LOIN, loin maintenant est l'Un, le sansproblèmes, loin l'état souverain de simplicité"
Texte intégral d'Henri_michaux ici
Pour vivre cette ouverture , nul besoin de cet expédient incertain, impermanent et dangereux qu''est la drogue; il suffit de savoir où regarder. Juste ici, dans l'espace au-dessus de mes épaules, et le ciel étoilé est en moi...dans l'éternel.
jlr
23 mars 2009
Angélus silésius : temps et éternité
En notre centre, le temps disparait.
Silésius le formule ainsi:
"Homme, si tu projettes ton esprit par delà l'espace et le temps,
Tu peux à chaque instant te mouvoir dans l'éternel"
Vivre dans l'éternel, c'est voir maintenant que tout passe dans un présent qui ne passe pas.
Projetter son esprit par delà l'espace et le temps signifie qu'il faut opérer une conversion de la conscience, c'est-à-dire retourner son attention vers le centre de soi-même. Quand l'observateur s'évanouit, le temps disparait. Reste un présent éternel, toujours neuf. Incroyable.
Chaque instant est une porte vers le non-temps.
jlr
22 mars 2009
Samedi 21 mars 1992
Hier, c'était le samedi 21 mars 2009. Jour du printemps. Sortie de l'hiver, du froid et de la nuit.
Le samedi 21 mars 1992, à 15 h de l'après-midi, j'ai vu ma vraie nature.
Le voile qui me séparait de moi-même et du monde s'est déchiré soudainement et de manière complètement inattendue.
Il y a 17 ans de cela et pourtant rien n'a changé pour cette vision. C'est toujours le premier jour. L'aurore d'un instant toujours neuf.
Le temps n'existe pas au centre de soi-même ; la conscience n''est pas dans le temps. Elle est la présence du présent éternel en qui tout passe mais qui jamais ne passe.
Voilà comment j'avais décrit cet événement :
"Il se produisit alors un événement inattendu et incompréhensible. Je me trouvais à ce moment-là dans le café Beaubourg à Paris, à la fin du mois de février 1992. J’étais là assis à une table et attendais mon amie. Tout à coup, sans raison apparente, ma perception se modifia. Le café, le décor, les murs, le sol, les tables et les gens furent baignés en un instant dans une transparence et une lumière nouvelle. Les objets m’apparaissaient extrêmement proches et brillants, comme si un voile avait été ôté à ma perception. J’avais percé quelque chose du monde mais je ne savais quoi. Je ne comprenais pas ce qui m’arrivait et pourtant c’était réellement stupéfiant. Ma perception redevint normale au bout d’une demi-heure et je me demandais alors : qu’est-ce qui s’est passé ?
Je laissais de côté cet événement que je ne parvenais pas à reproduire, ignorant ce qui l’avait fait naître, et je me replongeai dans ma quête ininterrompue dans la connaissance de moi-même. Je continuais à lire Maharaj et persévérais à retourner mon attention vers sa source à la recherche de ma véritable identité.
Un samedi après-midi, un événement se produisit dont aucun mot ne peut vraiment rendre compte. Un instant avant, je me croyais un individu ; un instant après…
J’avais disparu du monde.
En fait, je ne reconnu pas ce qui venait d’arriver. Cela ne correspondait pas à l’idée que je m’étais fait de l’Eveil, ou de la connaissance du Soi. Je m’imaginais avant cet événement un individu éveillé, transformé ; or, c’est l’individu qui avait disparu du monde. Je n’étais tout simplement plus là. Volatilisé, évaporé ! Le monde absolument transfiguré, brillait de mille feux, et se tenait, tout seul, là, sans observateur. Vraiment, je venais en une fraction de seconde de renaître en plein paradis." José Le Roy, Éveil et philosophie, Ed. Accarias L’Originel, pp. 19-20.
20 mars 2009
illumination subite : Houei-Neng
Pour Houei-Neng, un des plus grands maitres du T'Chan, l'illumination, c'est-à-dire la vision de la vraie nature de notre esprit, ne peut être que subite. Houei-Neng écrit par exemple :
« Quand tu ne penses ni au bien ni au mal, quel est, à cet instant, ton visage originel ? Et Ming, tout à coup, obtint la grande intelligence claire. »
« Les êtres auront avantage à pratiquer selon la méthode subite. Il est illusoire de rechercher une adéquation progressive."
"Les hommes d'intelligence claire pratiquent la méthode de l'illumination subite. "
Houei-Neng, Le soutra de l'Estrade du don de la loi, trad. par Françoise Morel, La Table Ronde,
La vision de la nature de notre propre esprit correspond à la vision de notre visage originel.
Combien de temps faut-il pour voir que sur la photographie, personne ne regarde le tapis, les pieds, le pantalon ou le pull? Combien de temps ?
N'est-ce pas immédiat, instantané, radical?
Notre visage originel (c'est-à-dire l'espace clair au-dessus de nos épaules) sans couleur, transparent, sans forme, ouvert n'est-il pas évident?
S'éveiller sur l'instant à ce que nous sommes, telle est la voie directe !
josé le roy
18 mars 2009
Jean Bouchard D'Orval : Reflets de la splendeur
Les Editions Almora viennent de publier un remarquable livre de Jean Bouchard D'Orval sur le ShivaÏsme du Cachemire :
Argumentaire
Voici le premier livre en français qui présente de manière générale les fondements du Shivaïsme non-duel du Cachemire ainsi que les principaux courants qui le composent (le Spanda, la Pratyabhijnâ, le Krama, le Kula). Les maîtres apparus au Cachemire entre les IXe et XIIe siècles nous ont légué des textes remarquables. Relativement peu connues en Occident, ces oeuvres témoignent d’une profondeur et d’une beauté encore insurpassées tant en Inde qu’ailleurs dans le monde.
Puisant aux textes des plus grands maitres du Shivaïsme : Vasugupta, Somânanda, Abhinavagupta, Utpaladeva, Ksemarâja, et sans ignorer les meilleurs spécialistes modernes de ces textes comme Lilian Silburn, André Padoux ou Alexis Sanderson, l'auteur réussit magistralement à exposer de manière simple et inspirée l'essence de cette tradition.
Celle-ci nous concerne tous, car elle ramène à l’émotion fondamentale de l’existence, qui est étonnement, joie, ravissement. Les situations de la vie et les émotions qu’elles engendrent n’ont pas à être fuies, encore moins combattues, car elles représentent autant d’occasions pour redécouvrir la liberté profonde. Cette voie de lumière et de pure passion nous parle à partir du cœur, celui de l’existence même : la pure Lumière consciente que nous sommes. Son éclat clairement reconnu fait pâlir et fondre tout ce qui nous attachait à la surface de ce qui « arrive » dans nos vies et dans le monde. Des reflets qui nous invitent à reconnaître la Splendeur en nous et la refléter en retour…
L'étude du shivaïsme non-duel du Cachemire est plus que jamais indiquée à notre époque, et ce n'est pas un hasard si ce courant ressurgit maintenant après un silence de mille ans ; mais que cela soit pour la joie et comme une invitation à aller voir en notre propre coeur, là où la tradition est sans cesse vivante.
Deux traités importants du Shivaisme sont également traduits ici : Le Mahârtha Manjarî (La gerbe de fleurs au sens profond) et le Vijnana Bhairava Tantra.
Ce livre est une somme considérable appelée à devenir un grand classique.
Naguère physicien et ingénieur nucléaire, Jean Bouchart d’Orval a été saisi par l’intuition fondamentale de l’existence, ce qui l’a mené à passer de nombreuses années en Inde. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages qui explorent le pressentiment de la joie sans cause et son actualisation dans la vie.
sommaire
Introduction
La vie comme exploration
Religion et tradition spirituelle
Contexte historique
Reflets du shivaïsme non duel du Cachemire
Non-dualité
Tradition, initiation et maître
La Lumière consciente
La Lumière consciente comme Vibration
La Lumière consciente comme Identité absolue :AHAṂ
La Lumière consciente comme splendeur et réflexion
La Lumière consciente comme liberté absolue
La Lumière consciente comme joie
La Lumière consciente comme Parole
La Lumière consciente comme mantra
La Lumière consciente comme Coeur
La Lumière consciente comme univers
La quintuple activité de Siva
Comment surgit le monde
Le rôle de l’homme
Le retour
Les trois aspects de la perception et de l’action
Madhya: l’ouverture du Coeur
Tout est dans le regard
Le souffle
Les ouvertures
Le centre supérieur
Le vide
Le désir .
La surabondance de félicité
Le désir et l’acte sexuels
La perte des références habituelles
Les sons
L’évidence
La pureté
La liberté
L’action
Beauté
Les trois voies
La voie de l’individu
La voie de l’énergie cognitive
La voie divine
La non-voie
Les courants du shivaïsme non duel du Cachemire
Le Spanda :
la Conscience vibrante
« Le Soi est la conscience »
« Le mantra est la conscience intériorisée (citta) »
« La conscience empirique est le Soi »
La Pratyabhijna : la Reconnaissance instantanée
Lumière et dynamisme
Autonomie et spontanéité
L’apparition lumineuse du monde
Qu’est-ce que percevoir ?
La mémoire
Le pouvoir d’agir
Discernement
Le Krama : la succession des moments dans l’intemporalité
L’inimaginable dynamisme de l’univers
Originalité du Krama
Le jeu de la Splendeur
La véritable adoration
La roue de la Multitude
Le vide et la fonte des résidus
La roue des énergies divines en nous :
Les kulas
Le Trika
Quand le fruit est mûr
Triade
Rituel secret
Tout voir comme l’Infini
Le mantra du Cœur
L’énonciation
Tel est SIVA
Annexe 1 :
La Gerbe de fleurs au sens profond
(Mahartha Manjari)
Annexe 2 :
Le Discernement de la suprême Réalité
(Vijnana Bhairava)
Annexe 3 :
Le Shivaïsme non duel du Cachemire dans son contexte
Annexe 4 :
Les niveaux de l’existence
Annexe 5 :
L’émanation phonématique de l’univers
Annexe 6 :
L’expérience esthétique selon Abhinavagupta
Annexe 7 :
Lignées de transmission
Lexique des mots sanskrits
Quelques ouvrages pour l’exploration
EXTRAIT (p. 54)
La Lumière consciente comme liberté absolue
"Les commentateurs modernes parlent souvent de la liberté absolue de Siva. Mais Siva n’est pas « libre », il est Siva ! Alors pourquoi parle-t-on tant de sa liberté ? Tout simplement parce que nous sommes complètement imprégnés de notre asservissement et que Siva (la Lumière consciente, notre vraie nature) n’est pas asservi ; à cette absence d’asservissement, cette absence de bornes, nous donnons le nom de liberté. Mais de quoi Siva pourrait-il être libre alors que rien n’existe qui n’est Lui ? Même notre asservissement n’est autre qu’une expression de sa spontanéité. Nous ne pouvons imaginer qu’une liberté individuelle, cette caricature si exacerbée à notre époque. La Lumière consciente est liberté-spontanéité (svatantrya) : comment pourrait-il y avoir le moindre obstacle au déploiement de son énergie, puisqu’autre qu’elle n’existe pas ? Notre fantasme de liberté individuelle nous vient, bien sûr, de la nostalgie de notre vraie nature spontanée et de cette énorme confusion entre ce que nous sommes (l’Identité absolue) et l’image de nous-mêmes que nous avons forgée à travers nos années. Nous définissons notre illusoire liberté individuelle en fonction des obstacles possibles, mais quel obstacle pourrait surgir pour l’Unique ?
La liberté absolue est indéfinissable, elle est inhérente à la Réalité. Le monde est possible parce que la Réalité est sans balises et vibrante par nature, donc toute puissante.
Il n’est donc pas question, dans le shivaïsme non duel du Cachemire, d’un dieu ayant créé une fois pour toutes un univers autre que lui et qui, une fois son oeuvre terminée, serait devenu inactif, sauf pour intervenir, au gré de ses sautes d’humeur, dans l’histoire des malheureux pécheurs qu’il regretterait avoir créés et vouerait à la géhenne éternelle quand ceux-ci ne l’écoutent pas…tout cela en prétendant les aimer. Ce sont plutôt les hommes qui ont créé ce dieu piégé dans le devenir, ce dieu frileux, ombrageux, soupe au lait, moralisateur et cruel qui récompense les bons et punit les méchants pour l’éternité. Les maîtres cachemiriens considèrent que le monde est Siva lui-même en déploiement. Pour eux, c’est la nature même de la Lumière consciente qui fait surgir le monde, un monde qui ne perd jamais sa totale intériorité. Cette nature consiste à être conscient, c’est-à-dire en un contact direct, sans fissure, sorte de toucher intérieur. Le shivaïsme non duel du Cachemire ne reconnaît aucun monde « physique » au sens où nous l’entendons généralement, c’est-à-dire qui serait autre chose que la conscience elle-même
Ce qui a pour nature la Conscience se trouve dans tous les corps ; il n’y
a nulle part de singularité. Réalisant que tout est fait de cette Conscience,
l’homme conquiert le devenir.
Vijnana Bhairava 100"



























